" /> Elections iraniennes - Dombast

Dombast

Si vous fermez la porte à toutes les erreurs, la vérité restera dehors.

Elections iraniennes

- Posted in Sans catégorie by

L’Iran est moderne, il en donne des preuves très claires depuis une quinzaine d’années. Il est étrange que nos experts aient l’œil vissé sur les reliquats de son arriération séculaire et pas sur ce qui confirme qu’il est aussi moderne que le Liban et que la Turquie -hors d’Istanbul et des côtes touristiques- n’a rien à lui remontrer. Cette puissance n’a rien de commun avec la plus grande partie de son voisinage, ni avec la Syrie, l’Egypte ou les Emirats dont l’évolution est bien plus retardée car les mentalités n’y ont rien de comparable. L’Iran doit cette modernité à un grand volontarisme politique  - nationalisme militariste de la dynastie Pahlavi et ensuite islamisme militant ; ni l’un ni l’autre de ces régimes n’ont été conservateurs. Juste très mauvais gestionnaires, corrompus et dissolus, gâchés par la manne pétrolière.

Les systèmes scolaires et universitaires sont de loin les plus performants de la région. Ce pays n’est pas un monolithe, son dynamisme repose sur des peuples qui pensent global et veulent agir globalement, ni plus ni moins que leur rivaux turcs.

Dans ces conditions, la ‘démocratie islamique’ limitée, et même franchement verrouillée, peut parfois démontrer une efficacité supérieure aux dictatures et aux autocraties que le printemps arabe a déboulonné. Le système est vicieux et le jeu faussé mais pas au point d’obliger le pouvoir à trahir à tout instant son propre cadre légal. On bourre les urnes, oui, mais moins que dans beaucoup de pays. On peut réprimer sauvagement et assassiner des centaines de prisonniers politiques mais on sait reculer devant le risque de guerre civile, ménager les clans, préserver un certain niveau de dialogue intérieur. Le sortant Ahmadinejad ne pouvait se représenter mais il avait une sorte d’héritier, Mohsen Rezaï, qui a obtenu moins de 11 % des suffrages. Ce qui n’a pas pas payé chez ces populistes, c’est la rudesse et la grossièreté. Les clans conservateurs qui ont voulu la chute d’Ahmadinejad, que son approche d’illuminé rendait ingérable, paient leur solidarité initiale avec sa violence. Ces cliques se sont aussi trompées sur l’endurance et le goût du sacrifice d’un peuple que les sanctions économiques ont beaucoup appauvri. L’affairiste Ghalibaf de la faction nommée « Société islamique des ingénieurs » n’atteint pas 17 % des voix. Ali Akbar Velayati, puissant conseiller du Guide Khamenei obtient 6 %. Ainsi le conservatisme politique et religieux ne convient qu’au tiers de la population.

Rohani est présenté par le Parti des bâtisseurs, une structure établie par le très riche et puissant Rafsandjani. Il est élu avec plus de 50 % des suffrages parce qu’il a vraiment beaucoup plu. Et qu’il est cautionné par Khatami et Rafsandjani. Civil, urbain, très calme, sans trémolos. On le dit parfait anglophone, du moins a-t-il passé de longues années au Royaume Uni. Il est probable que la population se fasse sur lui des illusions infondées et qu’elle veuille plus qu’il ne se promet de faire. La tendance moderniste ne lui demande rien moins que le démontage des institutions islamiques, un frein aux agissements inqualifiables de la police des mœurs.

Une aile ‘gauche’ étatique aurait plutôt voté pour Moussavi s’il n’avait pas été privé de droits et n’était confiné à domicile depuis 2009. Cette ‘gauche’ se fait entendre samedi soir à Tabriz et Mashhad en chantant « Ya Hossein Ya Mir-Hossein » c'est-à-dire en assimilant cet homme politique falot et brouillon au plus exemplaire des martyrs du chiisme ! Habilement caché sous sa couleur de ralliement, le violet, Rohani ne fait guère référence au mouvement vert qui rejaillit et le porte au pouvoir. Mais il devra des comptes à ces supporters là et sans doute faudra-t-il libérer Moussavi et Karoubi de même que des dizaines de prisonniers politiques. Processus complexe qui ne peut se faire trop vite pour éviter de donner à la rue le moyen d’exiger vengeance des bourreaux qui ont martyrisé les révoltés de 2009. Si le Guide ne permet pas cet élargissement et n’ouvre pas la voie à une détente authentique, la vie politique sera paralysée et les élus décrédibilisés. Le régime tient par une jeu de balancier entre un Beyt (la “maison“ du Guide) emprunt de rigidité conservatrice et des administrations présidentielles plus malléables, tributaires des majorités. 19 juin 2013