" /> Obscurantisme - Dombast

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Si vous fermez la porte à toutes les erreurs, la vérité restera dehors.

Obscurantisme

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Au beau milieu d’une vie somme toute assez moderne, d’un univers commun à la mondialisation – pollution effarante, arrivée de la malbouffe et son cortège de burgers et fastfoods, la grossièreté en hausse d'une multitude déboussolée - on tombe sur des isolats de conservatisme. De bon aloi quand il s'agit d'art culinaire ou d'art musical, pas encore perdus. Les mérites nutritifs de la nourriture ont beaucoup baissé mais ses qualités gustatives demeurent supérieure à ce que nous connaissons. On peut aussi trouver à satisfaire une quête de lumières métaphysiques en cherchant bien. A condition de tomber sur des religieux demeurés à l'écart du politique, ce qui n'est pas monnaie courante. Le bon Henri Corbin avait eu dès 1971 l'intuition que l'éviction de la mystique et la prédominance du juridique dans la formation des clercs gommerait la dimension spécifique du Chiisme, le caractère surnaturel de son légitimisme dynastique et tout ce qui inspire le soufisme. Une pratique religieuse canonique plutôt qu'inspirée mènerait à la sécularisation d'une école qui ne se différencie plus beaucoup du sunnisme (En islam iranien Paris Gallimard, ch. III 1).

Corbin craignait que l'abandon de la dimension ésotérique ne dévalorise le ministère du clergé. On peut dire que c'est chose faite désormais, la rigueur d'un discours motivé par la géopolitique laissant s'exprimer sans le moindre frein une réaction froide et déterminée. Pour en prendre la pleine mesure, il faut prêter l’oreille aux émissions radiophoniques qui passent souvent en fond sonore dans les taxis collectifs, du moins quand les chauffeurs appartiennent à la catégorie particulière des mouchards du régime (espèce qui semble se raréfier à moins qu'elle n'ait choisi d'autres outils)… On accède à des contenus du même genre sur les chaînes de télévision officielle dont on peut admirer les programmes vertueux en faisant la queue aux guichets des banques et dans les services publics.

En règle générale, un animateur pétri de respect interroge un mollah vénérable. Le saint homme plutôt bien accoutré et la barbe dûment peignée, énonce d’une voie posée quelques sentences papelardes devant servir à orienter la conduite quotidienne des croyants, avant de répondre à des questions d’auditeurs zélés. Le train-train quotidien tourne autour de la pudeur des femmes – pourquoi il n’est pas convenable pour elles de montrer leurs oreilles et leurs chevilles, ce qui se voit pourtant de plus en plus dans les rues… pourquoi leur chant est une invite au déchaînement des instincts les plus bas – pourtant on entend de plus en plus d'enregistrements de voix féminines, dans les voitures et les boutiques. De manière générale, il y a beaucoup plus de musique, surtout pop, qu’à la fin des années 1990. On a donc l’impression que ces papy font de la résistance mais que l’histoire avance, même quand elle semble faire du sur-place.

Minimiser leur influence serait toutefois une erreur car une bonne part de ce qu'ils disent s'inscrit dans une logique familière pour des couches populaires d'origine rurale ou venues de l'Afghanistan voisin. Or, le mollah qui sermonne les idolâtres de la culture occidentale n’y va jamais par quatre chemins. Exemple : nos civilisations non-islamiques sont pourvoyeuses de pédophilie et la preuve en est la hausse du nombre de condamnations pour ces crimes. L’Iran ne saurait tomber dans ce travers depuis que la sage loi promue par l’Imam Khomeini a rabaissé l’âge de la nuptialité des filles à neuf ans. Et de tonner contre ceux qui veulent faire remonter cet âge à quinze ans car, que feront les malheureuses familles pauvres avec une fille à nourrir six ans en pure perte ? je vous le demande ! mieux vaut encadrer le vice que le laisser prospérer librement : pères chômeurs et/ou toxicomanes, vendez vos filles pour éviter qu’on ne vous les vole et viole… vous perdriez argent et honneur à la fois.

Autre grand moment de la même veine, un mollah inspiré qui observe la presse étrangère vous commente les faits divers les plus crus. Avec une propension pour la presse canadienne qui peut s’expliquer par le fait que ce pays est la destination préférée des candidats à l’émigration (fuite des cerveaux à flux élevé, essayons de dissuader les candidats au départ !). Parmi les faits divers qui l'émoustillent, le mollah retient à deux ans et demi de distance l'affaire qui a fait grand bruit en 2012, qu'il présente comme suit : un vicieux du nom de Magnotta a racolé un Asiatique sur le net. Après avoir forniqué avec lui, il l’a drogué pour le zigouiller et le dépecer. Une fois son crime affreux terminé, en guise de trophée, il s'est vêtu des habits de sa victime, a jeté son tronc dans les vidanges et a envoyé par la poste certains restes de son corps au premier ministre du pays et à une école. Le mollah rappelle que le "dépeceur de Montréal" est parvenu à fuir en Europe avant d’être arrêté en Allemagne. Pour éviter la prison, ce Magnotta a plaidé la schizophrénie. Et dites-vous bien, il a beaucoup de chance de s’en sortir avec le verdict de non criminellement responsable, en raison de sa schizophrénie. Qu'on nous le donne ! on aura la bonté de le pendre bien qu'il mérite d'être écartelé.

Tout l'intérêt de genre d'intervention est de susciter un dialogue avec les auditeurs. Moment fort : un zélote demande à connaître le cadre légal et la forme admissible du « viol corrigeur » (sic !) Sans se démonter le moins du monde, l’aimable prélat précise en détails qui, quand et comment il convient de violer, par les voies génitales ou postérieures… Mais n'est pas pècher ? Si bien entendu, et c'est bien la raison pour laquelle il n'est pas du ressort de tout quidam d'administrer le plus déshonorant de tous les châtiments ! un certain type de bourreau est requis, homme pieux qui fait le sacrifice de sa pureté. Et de préciser enfin que ce viol doit être public parce qu'il est exclu que celui qui administre cette peine en éprouve vraie jouissance.

Un autre orateur enturbanné vous parle un jour avec des accents touchants de la misère sexuelle des jeunes hommes, particulièrement scandaleuse quand il s'agit de héros risquant le martyre. Et la péroraison culmine avec un appel aux femmes à se donner à ces garçons : « apaiser un héros de notre guerre en Syrie vaut plus que deux pèlerinages à La Mecque ! »

Moharram et Ramadan sont deux périodes où la fréquence de ces discours augmente. Ces jours-ci une homélie pendant la prière du vendredi conspue les mécréants qui ne jeûnent pas : "oh, infidèles et hypocrites ! vous qui buvez et mangez en secret ! vous portez la responsabilité des malheurs qui tombent sur le monde ! la faim et la soif qui affectent les enfants, le bétail et la femme enceinte ! son sein qui se dessèche et ne peut allaiter ! l'eau qui vient à manquer au paysan... vous êtes la cause de ces fléaux et leurs sanctions retomberont sur vos épaules !" Biblique.

Pour finir sur une note réjouissante : ce prêche sur les mécréants assoiffant le pauvre monde circule sur la toile, notamment grâce à l'application Telegram qui a trente millions d'utilisateurs ici. On se l'échange pour en rire, comme on rit des sorties de vieillards séniles. Il y a plus que l'échange de ces témoignages d'obscurantisme, des humoristes s'y mettent. Grimés et déguisés, ils proposent sur ce réseau des dizaines de sketchs outranciers où de faux mollahs suivent jusqu'à l'absurde une logique délirante. On frise le blasphème en ânonnant des versets abscons. Le frisson de la vie virtuelle !