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Impressions d'Ukraine

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Qu'est-ce que cette guerre d'Ukraine ? 1. c’est une guerre civile, il s’agit d’un même peuple même si les langues et les mentalités ont évolué différemment à divers moments de leur histoire 2. c’est précisément parce qu’il ne s’agit pas d’une guerre coloniale que les enjeux sont essentiels pour la Russie et pour l’Europe On nous présente le conflit comme une guerre d’agression alors qu’il s’agit surtout d’un partage de biens en jouissance par les spoliateurs de ces biens, c'est-à-dire que la guerre naît du désaccord entre ces propriétaires et pas d’un problème affectant les populations. 3. qu’un chef d’Etat se présente comme chef d’orchestre d’une opération de grande envergure en vue d’occuper un territoire voisin n’est pas chose nouvelle dans l’histoire ; qu’il le fasse un an après avoir nié farouchement s’y impliquer l’est déjà moins, qu’il explique qu’il était alors impératif de mentir est encore plus étonnant…


"Dans cette région il y a beaucoup de mines de charbon qui sont très dangereuses. Et il y a aussi une grande concentration des usines métallurgiques construites sous l’URSS. Il y a des familles sur plusieurs générations qui travaillaient sous la terre ou près des fours métallurgiques. Dans les années 30, il y a un autre mythe qui a été très fort et construit au Donbass, c’est celui du héros des mineurs : Stakhanov. Je suis le petit fils d’un mineur. Ma tante vit encore dans une maison de mineur construite au début du siècle et il n’y a qu’elle qui vit à la surface, ses fils et son mari sont en permanence sous la terre. Dans les petites villes et les villages de mineurs aux alentours de Donetsk il y a des gens qui ne sont jamais allés à Donetsk de toute leur vie. L’industrie lourde, surtout quand les usines étaient en construction, était très lié à l’exploitation du travail des prisonniers. Pendant l’URSS, dans la région de Donetsk il y avait trois grandes prisons et presque quarante camps de travail. 20% de tous les gens emprisonnés en Ukraine étaient concentrés à Donetsk. Parmi les cinq millions d’habitant du Donbass, un million deux cent mille sont passés par les prisons. En gros, un homme sur quatre a fait de la prison." (un témoin local)


La crise ukrainienne a ceci d’intéressant qu’elle cristallise une part déterminante du discours que le monde politique tient sur lui même et qu’elle impacte donc fortement la compréhension que nous avons des tensions et conflits autour desquels s’agence l’identité politique des sociétés contemporaines. Bien plus que la crise arabe qui est une crise de modernisation inachevée - c‘est à dire de défaut de modernité, la crise ukrainienne est devenue au fil des mois un noeud gordien à partir duquel sont exprimés tous les mensonges proférés sur l’état du monde. La crise du monde musulman ne prête guère à mentir sur l’état réel des pays qui sont affectés par les conflits. Elle suscite au contraire des analyses approfondies des problèmes sociaux et des antagonismes ethniques ou religieux qui motivent le piétinement de presque toutes les sociétés musulmanes dans l’antichambre de la modernité. Par conséquent, bien qu’il y ait des partisans du sunnisme au nom de la modération et d’autres du chiisme au nom de la relecture des dogmes, il n’y a pas en règle générale de polarisations dans les analyses et les propositions exprimées sur ce sujet. Les partisans convaincus d’un camp ou de l’autre sont rejetés aux marge de l’extrémisme tandis que les commentateurs sont presque tous tellement indifférents à l’islam que leurs regards ne divergent pas sur le sujet comme ils le font à propos de l’Ukraine. Si les analyses des crises moyen-orientales admettent des niveaux de gris, celles qui concerne l’actuel théâtre européen de la guerre civile n’admettent que le noir et blanc. Cela tient bien entendu à la projection des commentateurs : quoiqu’on éprouve un soupçon de distance vis-à-vis de Slaves portés à des excès de violence qu’on aimerait croire anachroniques, personne ne peut nier l’identité européenne des protagonistes. Ce qu’ils vivent relève de ce que nos pays ont pu subir et/ou infliger à des époques encore peu éloignées. On n’a aucune peine à s’identifier à certains positionnements, certaines postures. On a plaisir à faire jouer les vieux réflexes : les anciens de la gauche libertaire et trotskiste sont heureux de recroiser le fer avec leurs ennemis de toujours, staliniens et nationalistes grand-russes. L’antienne de l’anti-fascisme que servent jusqu’au dégoût les partisans de la vieille gauche laïque et autoritaire est le révélateur le plus aisément perceptible de cette identification restreignante et par conséquent obscurcissante. Rien de plus navrant que la naïve crédulité d’une certaine gauche à l’égard du discours que tiennent les officiels russes sur le fascisme ukrainien. Cette gauche constituée de marxistes et de souverainistes, qui s’exprime notamment au travers de l’hebdomadaire Marianne, veut ainsi ignorer le caractère presque uniformément réactionnaire et obscurantiste des discours tenus par des rebelles dits « pro-russes » qui ne font pas mystère de tentations impérialistes et de volontés liberticides, au nom d’un Etat fort et d’une Eglise orthodoxe unique. Discours qui flattent les goûts d’une droite auto proclamée populaire et d’une droite plus dure, anciennement qualifiée d’extrême, qui retrouve dans la réthorique russe de larges pans de sa pensée. Partout en Europe, et notamment en France, en Hongrie et en Pologne, cette droite jubile de voir les gauches laïques disqualifiées et les institutions européennes à la peine. Comment ne pas s’enchanter de retrouver ses ennemis enlisés ensemble dans un combat mal conduit ? N’est-il pas comique cet attelage inédit de la droite libérale européenne et de la gauche embourgeoisée, conduit par un Congrès américain unanime ? Que valent les protestations de démocratie, les élans de fraternité envers les chers Ukrainiens épris de liberté quand les événements démontrent, jour après jour, qu’aussi bien le nouveau pouvoir anti-Kremlin que les forces montantes qui tiendront demain la rue sont pour la plupart de fieffés autoritaires, thuriféraires de la dérégulation sociale, nationalistes dirigés par des sectateurs fumeux dont le projet est tout aussi progressiste que celui du Tea-Party américain. Non, décidément, il faut autant se démarquer des aventuriers du Donbass que se garder d’une admiration béate de l’idylle ukrainienne. Faire l’effort de regarder en face ce qui se trame, ce qui fait le quotidien des populations, comment tel empire industriel se défait quand tel autre se consolide, et ne pas se contenter des protestations de belles intentions. Avec toute la rigueur dont nous savons faire preuve lorsqu’il s’agit d’observer le terrible cynisme qui prévaut à Moscou. Le meilleur des combats pour la paix et la démocratie ne saurait être mené sans renoncer à une dangereuse vision consensuelle qui flatte notre certitude d’être plus avancés, réfléchis, organisés… et donc de savoir ce qui est bien pour les autres. Cette illusion n’est pas nouvelle, on en a vu les effets désastreux au Caucase, au Kosovo, en Macédoine. Nourrie de cette polarisation, cette illusion tenace n’a fait l’objet d’aucune analyse sérieuse et surtout d’aucun mea culpa de la part de ceux pour qui tout ennemi du Kremlin est dans le vrai du seul fait qu’il se déclare tel. Bons étaient les Géorgiens, bons les Kosovars et mauvais tous les autres. Au point qu’on se demande comment ces mêmes Géorgiens ont pu choisir sans la moindre contrainte de ne pas rester admirables. Non qu’ils soient vraiment redevenus mauvais. Mais c’est tout comme car ils ont exprimé par les urnes un doute profond sur l’état de béatitude auquel ils étaient censés être parvenus, sur les méthodes employées pour les bonifier et sur la probité des mentors que l’Occident leur avait choisi et avait longtemps maintenu contre toute expression de mauvaise humeur. Pour avoir concédé que leur guide était un peu braque et peu fiable, et pour les avoir autorisé à s’en défaire, on les tient en moindre estime qu’à l’époque glorieuse de leur bras de fer. On les préfère éloignés des feux de la rampe. A moins qu’un hippopotame ne sorte dans les rues et un tigre blanc ne dévore un passant, à quelle occasion entendez-vous parler du petit pays caucasien qui fut notre modèle chéri ? Faire ce constat ne revient pas à céder à une théorie du complot. « Tout passe et tout lasse », voilà la raison majeure. Et lasse d’autant plus que les protagonistes se mettent à tenir des discours plus convenus, à miser sur la négociation plutôt que sur l’antagonisme. Pas plus à dire d’une diplomatie rien à dire à propos des trains qui partent et arrivent à l’heure, les grandes proclamations et les gesticulations guerrières sont plus drôles. Ce constat universel inspire aussi les choix des nouveaux dirigeants ukrainiens. Le peu de publicité désormais réservé à la Géorgie et la baisse drastique des crédits alloués à son développement nourrissent leur méditation… Il ne suffit pas de refuser de se plier aux lubies de Poutine, il faut encore refuser de vendre ses produits en Russie, même s’ils ne trouvent preneur nulle part ailleurs. Il faut renoncer à écouler des millions d’hectolitres de bon vin et des tonnes d’agrumes. Et avant tout mener à terme les « bonnes réformes » d’inspiration libertarienne. Portée à bout de bras sur près de six ans, la Géorgie n’est pas parvenue au terme de la mue et finit abandonnée au sort que lui réserve sa délicate position géographique. Ne doutons pas que les réformes soient conduites avec célérité en Ukraine ; un plan de financement de la purge est prêt. M Georges Soros est prêt à avancer les fonds dont pourraient manquer Bruxelles et les autres grandes instances. Et en l’absence des golden boys de l’Ecole de Chicago qui ont si admirablement dépecé la Russie pour mieux consolider le pouvoir d’une oligarchie prédatrice, on a recours à la seconde génération des ultra-libéraux : Mikhaïl Saakachvili en personne, entouré de trois rescapés de sa garde de fer, et la fille d’Egor Gaïdar, à défaut des anciens alliés de ce grand libéral, presque tous passés à l’ennemi. Le 30 août 2015, non loin de Paris