Deux choses essentielles, grandioses, sont constitutives de la Russie : la grandiose langue russe et l'immense espace russe. A l'un comme l'autre on est parvenu par miracle. On est en train de perdre les deux. Je précise : on les perd à grande vitesse En une vingtaine d’années, des dizaines de millions de gens ont cessé de parler en russe. Les anciennes républiques d'URSS – qui mollement, qui sévèrement – ont proscrit et continuent de proscrire le russe, - en Ukraine on a décidé il y a peu d’enlever les noms russes des gares et stations de transports ; les droits des russophones ? on s’en fout, se démerderont! Qui est coupable ? Nous bien sûr, la Russie. Un pays riche et puissant qui dépense des milliards pour des tremplins (jeux olympiques de Sotchi NdT) et des violoncelles (allusion aux "Panama papers" qui engagent un violoncelliste NdT) n’a pas été en mesure de rendre sa langue attirante. N’a pas su faire de sorte que sa pleine possession ait une utilité ou un intérêt. Et que dis-je faire ? non, il suffisait de conserver. N’a pas pu ou bien n’a pas voulu ? N’en a a pas compris l’importance ? Ou bien tout ceci ensemble… en tous cas, le résultat est évident. Et dans le pays même, la chère langue se rabougrit, se dégrade à grande vitesse. Pouchkine, Dostoïevski, Tchekhov, il faudrait déjà les traduire. Savoir l’anglais est bien plus valorisé. Et se dire que la population de la Russie parle le russe, c’est une illusion. Parce que demander combien ça coûte et envoyer balader, c’est du niveau de miaou-miaou et Ouah-ouah. D’ailleurs l’anglais est à peu près arrivé au même point. Les géniales traductions que firent de Shakespeare, un Lozinski, un Marshak, un Pasternak, elles sont devenues inutiles. Et Shakespeare est trop ardu pour qui a appris l’anglais Le deuxième miracle est l'espace. Lui aussi abandonné. Végétant à l'est de l'Oural. Où se sont installés les colons ? Dans les endroits sauvages et peu peuplés. Des migrants venus de l'Europe étriquée se sont installés dans les vastes étendues sauvages de l'Amérique du Nord. C'est maintenant l'endroit le plus riche, avec des centaines de millions de citoyens. Les enthousiastes de l'idée sont allés en Palestine, dans le désert. Maintenant, Israël est un jardin fleuri, qui nous fournit non seulement des drones et des oranges, mais aussi des pommes de terre et des carottes... Et vers où vont les Russes ? Vers les pays les plus peuplés : en Allemagne, en Angleterre... Bref, en Europe et aux États-Unis. Les sondages d'opinion montrent que près de la moitié des jeunes veulent aller là-bas, à l'Ouest. Les personnes intelligentes, éduquées et entreprenantes y vont. 120 000 par an ! (rapport du Comité pour les initiatives civiles d'Alexei Koudrine). Est-ce l'idée nationale qui les a emportés ? Non, c'est un choix de personne, indépendant, sans rapport avec la Russie. Un intérêt personnel, pour dire les choses crûment. Et, pour ne pas dire plus, sans idéologie. Les Loups de la nuit (Bikers partisans de Poutine NdT), ces "patriotes" prêts à égorger n'importe qui pour la Russie - où sont-ils en train de piloter leurs Harleys Davidson ? A l'Ouest ! Tout ce que vous devez en faire, c'est de les emmener en Pologne. Ils ne les aiment pas là-bas, mais il y a des magasins et des stations-service à chaque tournant. Et en Russie, ces loups et leur Kourginyan s'emparent de biens immobiliers dans la capitale, la chaussée Rublevka et sur la côte de la chaude Crimée. Ce sont tous ces gens qui hurlent dans toutes les directions et qui font leur métier auprès du tsar, des gouverneurs et qui disent qu'ils sont des patriotes et ceci et cela : le loyer, le bail, voilà ce que ces patriotes veulent ! Ils vendront leur mère, leur père, leur Dieu pour de l'argent, ils sont ambitieux, des vendeurs de Christ ! (Les deux dernières phrases appartiennent à Nikolai Vasilievich Gogol). Regardez l'Est, la Sibérie orientale - quel vaste endroit ! Prenez vos jeunes filles, émigrez là-bas (au lieu de faire la chasse aux artistes en exil), prosternez-vous, construisez des routes - celles qui vous permettent de rouler à 300 km à l'heure. Résistez à l'expansion chinoise, cultivez quelques pommes de terre au lieu de vivre dans des pays chauds. Car pour finir il ne restera de vous que des motos rouillées, si vous, les loups, ne construisez rien. Et les Tchétchènes ? Courageux, incroyablement déterminés. Certains d'entre eux résolvent courageusement des affaires à Moscou, en lâchant leur pistolet d'or de temps à autre ; d'autres (ceux qui ont fui le Ramzan) solutionnent des affaires en Europe, dans les Émirats, voire en Amérique du Sud. Les gars, regardez : des millions de kilomètres carrés vides - il y a de l'or, des pierres précieuses, du pétrole, du gaz, et pas de rivaux. Vous ne devez pas demander de visa ou de permis de séjour. Tout cela est déjà à vous. Assez de résoudre les affaires des autres. Créez la vôtre - une entreprise libre et prospère. Bonjour, garçons et filles russes ! Arrêtez de sucer le narguilé et de vous bastonner dans les clubs (beaucoup s'y comportent comme du bétail), arrêtez de jeûner et de jouer. Construisez un pays ! Il n'est même pas nécessaire de réclamer l'espace aux Indiens assoiffés de sang, aux Bédouins militants, il n'est pas nécessaire d'irriguer les sables arides. Il n'y a aucun intérêt à faire appel aux caïds et à leurs nanas. Ils n'ont pas de patrie ici, seulement un espace de safari ; ils se comportent ici comme des envahisseurs, ils méprisent les esclaves et les lois. Il semble qu'ils ne veulent pas de leur propre pays. Ils veulent vivre dans celui d'un autre. Alexandre Minkine, Moskovskyi Komsomolets
