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Quelle relève pour remplacer Poutine ?

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La presse francophone produit des articles sur le phénomène Navalny. Dans les organes de droite, ces papiers relèvent du « people-larmoyant » qui est une recette traditionnelle du misérabilisme usuel depuis les années 1970 dans le traitement des réalités russes. Depuis peu, cette teinte people exalte l’épouse modèle du héros résistant. On dirait du Troyat à propos des Décembristes et de leurs compagnes… La gauche n’est pas sensible à cette recette et seul le fameux traducteur André Markowicz fait résonner cette corde, en écho à la glorification du courage physique de l’opposant qui prend des risques depuis 2011. Cette gauche s’était détournée de lui jusqu’à 2019. Le tournant venant avec la neutralité de la chronique du Monde en septembre ce cette année-là : https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2019/09/13/qui-est-vraiment-alexei-navalny_5510007_4500055.html Avant cette neutralité, Navalny relevait de la droite dure et de la xénophobie, donc presque du fascisme dans le schéma de pensée des gauches. Ce qui révulsait Mélenchon et fit beaucoup gloser sur un antisémitisme difficile à prouver (Navalny est anti-migrants surtout). Navalny et son frère avaient au demeurant des casseroles dans le domaine des affaires et le procès intenté par la direction locale de la société Yves Rocher n’est pas un pur montage du Kremlin comme on l’a dit un peu trop vite. Xénophobe, Navalny aurait pu plaire à nos nationalistes français mais Le Pen préféra toujours le Kremlin à son opposition, fut-elle idéologiquement plus nettement de son coté. Sans surprise, Jadot et Gluksmann sont partisans d’une posture de défi contre Poutine. Ils exigent la liberté du trublion sans faire de morale mal placée. Au contraire d’ Amnesty Int. qui démontra sur ce sujet son absence d’expertise et incompétence crasse quant à la nature du régime russe, ses origines, les modalités de sa perpétuation. Gluksmann est un peu plus compétent par le biais des fréquentations dont il a hérité de son père qui lui ont inspiré un long séjour « de travail » auprès d’un dirigeant géorgien en lutte frontale contre Moscou. Cependant son ignorance du russe n’en fait pas un grand clerc quant à la nature des diverses chapelles d’opposition en Russie, ni quant à l’origine sociale et politique des dirigeants nationalistes entrés en résistance légitime contre Moscou : que sait notre classe politique des vraies opinions de la nomenklatura ukrainienne engagée dans une résistance soi-disant inspirée par nos « valeurs » ? Pas beaucoup plus qu’elle n’en sait sur la famille Sobtchak et quelques autres ténors de la démocratie dans l’espace post-soviétique. D’où sortent les grands journalistes libéraux et les patrons de presse ? Les grands condottières de la finance et les entrepreneurs qui « choisissent la liberté » via Malte ou Chypre pour aller vieillir tranquillement à Londres ou Zürich ? Tant qu’on ne se posera pas la question de qui ils sont, de quelles familles ils sont issus, du métier de leurs pères et grand-pères, de la manière dont ils eurent accès aux informations cruciales dans les années 1990-96… comment pourra-t-on trier parmi eux le bon grain de l’ivraie ? Dans l’URSS des années 1985-90 ils se saisissent de manettes qui leur sont tendues, ils ne font pas de révolution ! Au mieux, certains fondent des organes de presse vraiment ouverts comme la radio Echo de Moscou. Mais sur quel entregent fallait-il compter pour y parvenir ? C’est bien simple : il fallait avoir de la famille dans les hautes sphères de la police, de l’armée, des organisme de surveillance et répartition. Il fallait être de la bonne bande, de ceux qui voulait muer, changer d’épiderme sans changer de corps ni remettre en cause leur suzeraineté sur le commun des citoyens soviétiques. À compter du milieu des années 1970, il est clair que la classe dirigeante se lasse de son discours collectiviste et se cherche une nouvelle idéologie, une identité a-politique ou du moins a-communiste. Des gens confessent librement leur rejet du marxisme, ils conversent sans être inquiétés. Pourquoi ? Parce que leurs parents et grand-parents ont données gages. Pour avoir les coudées franches et promouvoir avec Gorbatchev puis avec Eltsine une toute nouvelle approche des choses, il faut des reins solides et résider dans des lieux où la police n’a pas le droit de pénétrer. Souvent, on a simplement un grand-père parfaitement inconnu du grand public mais absolument intouchable. Ce peut-être un tortionnaire du NKVD, de ceux auxquels personne de nos experts ne s’est jamais intéressé parce qu’ils sont sortis des radars à une moment clef. De ceux qui ont vécu vieux sans jamais être jugés, qui ont transmis des biens à leur descendance. J’entends hurler : « nul ne peut être rendu responsable des choix d’un grand-père ! » Non c’est certain, mais quand on a été élevé par certaines personnes, une certaine vision du monde vous est transmise. Exemple ? Je prends un général comme Beltchenko Сергей Бельченко parce qu'il est inconnu et qu’on recense des centaines de types comme lui. Né paysan et soldat dans la guerre civile, il monte doucement les échelons jusqu’à 1939, date où Béria le charge avec d’autres jeunes de liquider les cadres de la vieille GPU, choisis par le trop sanguinaire Ejov. Ensuite il est nommé ministre de l’Intérieur de la Biélorussie, dès 1943 et pour 10 ans. Chef du KGB de Leningrad ensuite puis adjoint du directeur du KGB auprès du conseil des ministres. Il s’est chargé de réprimer les Staliniens de Géorgie qui s’étaient rebellés contre Moscou en 1956. Impeccable donc, il n’a pas seulement réprimé la dissidence mais aussi maté les « enragés »… En 1969, Brejnev le pousse vers la sortie mais il ne sera jamais inquiété pour aucun crime et mourra centenaire en 2002 au milieu d’une famille aisée… J’ai pris cet exemple d’une famille que je n’ai pas fréquenté mais dont j’apprends qu’elle est demeurée très aisée comme beaucoup d’autres du même type. Exemple qui me permet d’éviter de salir les mémoires de ceux de mes anciens jeunes amis artistes remuants ou journalistes impertinents qui se permirent toutes les excentricités dans les années 1980 sans jamais passer par la case prison. Je n’ai pas vocation à fouiller la merde et moins encore à condamner des personnes que l’on veut respecter faute de meilleurs candidats à un éventuelle relève du « poutinisme » … Simplement, quand on me dit que Navalny est un petit aventurier, un avocaillon ambitieux dont le talent est très maigre, j’acquiesce. En même temps, ne lui voyant aucun remplaçant crédible, je mets au défi de proposer à la société russe un leader vraiment démocrate et vraiment « propre sur lui ». Mes amis « fils de familles dirigeantes » ne sont pas en cause : ils ont protégé d’autres artistes moins nantis et qui prenaient de plus grands risques. J’aimerais qu’aujourd’hui quelques fils à papa prennent ces risques pour Navalny et plus encore pour beaucoup de jeunes gens moisissant dans les geôles et camps russes. Mais ce coup-ci, plus personne ne lève le doigt !