" /> Ça passe ou ça casse ? - Dombast

Dombast

Si vous fermez la porte à toutes les erreurs, la vérité restera dehors.

Ça passe ou ça casse ?

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Le régime iranien serait à bout de souffle. Sinon complètement épuisé du moins à court d’idées et de crédibilité, sans perspectives de relance de sa machine sociale et idéologique. C’est le raisonnement qui s’impose quand on suit de près ce qui s’échange entre représentants politiques et militaires, au parlement comme à la télévision : des élus se demandent publiquement pourquoi on ne relève pas certains salaires de misère, pourquoi on oublie de payer les retraites de certains anciens ouvriers et employés, pourquoi on néglige d’irriguer de vastes étendues cultivées et retient l’eau dans des barrages pour ensuite la vendre à de bons payeurs comme le Koweit, et l’offrir à de malheureux « frères » comme les chiites irakiens eux-mêmes très touchés par une sécheresse exceptionnelle. Mais ce raisonnement a-t-il une valeur dans un contexte déraisonnable ? Peut-on considérer que c’est folie de laisser enfler le mécontentement interne au motif qu’il faudrait honorer des engagements externes ? Affamer l’Iran même pour soutenir le Liban défaillant, le Yémen en guerre… Il semble que ce soit cette logique internationaliste qui prévaut, et avec elle les intérêts de « moraux » de l’oligarchie militariste qui travaille à l’expansion : « qui n’avance pas recule » est le raisonnement des Gardiens de la Révolution et par conséquent on peut tout sacrifier aux avancées de la guerre extérieure, à la consolidation d’une sorte de mainmise sur l’Irak. Bien entendu, un nombre significatif de responsables politiques s’oppose à cette logique parce qu’elle sous-entend de renoncer à la prospérité de l’Iran même. Dans la crise qui affecte toutes les villes de la province arabophone du Sud-Ouest, on perçoit clairement une confrontation sans compromis entre les Gardiens et autres paramilitaires d’un côté et les élites locales, les bourgeoisies agricoles et commerçantes, la majorité du bas-clergé, solidaires d’un petit peuple arabophone très en colère contre les décisions de Téhéran et qui s’attaque déjà aux députés mal-élus du dernier scrutin trafiqué, répond aux tirs de sommation d’une police affolée, etc. Cinq morts le 21 juillet. C’est trop peu pour stopper la contestation et assez pour motiver quelques attentats à la vie de flics trop zélés. De tels « dérapages » ont été constatés dans des villes traditionnellement rebelles au pouvoir central.

La politisation des manifestations nocturnes qui mobilisent des cités entières se limitait les premiers jours à quelques imprécations contre le « guide » dictateur. À partir de la nuit du 21-22 juillet on entre dans une autre dimension. La violence est moins contrôlée, on parle de onze morts et plus de cinquante blessés. Comme la police anti-émeutes est très nombreuse et ne se laisse pas déborder, les autorités semblent refuser de faire intervenir la troupe. On parle de soldats mais on n’en voit pas et les meurtres sont le fait d’individus isolés, membres de milices du régime, qui tirent à l’arme de poing. Quelques individus ont tiré sur la police qui compte quatre blessés et un mort. Ces faits sont marginaux et anecdotiques.

Ça ne casse pas, non, mais ne passe pas non plus :

La volonté de faire peur et de réimposer le calme des cimetières se heurte à des doutes sur la stabilité des autres provinces. Et puis il arrive ce qu’on attendait pas : des stars de l’écran et de la scène, jusqu’ici prudemment neutres et compromises avec le régime, haussent le ton. Mohsen Tchavoushi, un chanteur un peu rock, au style rocailleux, se prononce dans deux clips qui font un tabac. Le premier, sorti dimanche pour demander de l’eau, est déjà ferme de ton et son choix d’images sans complaisance ; le second, diffusé ce vendredi, devait avoir été préparé de longue date, il est révolutionnaire : demande tout net la démission du Guide qu’il accuse de tous les maux dont la destruction des acquis du régime impérial antérieur, la mort de son rival Rafsandjani, etc. Du jamais vu en Iran ! Est-il réfugié en Turquie ? On l’espère. À moins qu’il ne prenne tous les risques à un moment où certains croient que la tentation du coup d’Etat effleure une partie des militaires ?

Il serait temps ! il n’y a pas d’issue politique. La chute du beyt (la « maison du Guide ») est l’unique sortie. Mais le tunnel semble sans fin, la crise va durer, elle peut même s’éterniser. On n’est pas au stade révolutionnaire, les opposants en exil se font des illusions. 23/7/21