1/ "Dadakinder" Ukraine : charité bien ordonnée et pacifisme bien compris. Je ne vois pas grand monde mais du peu qu’il m’est donné de croiser je n’entends rien qui aille à l’encontre des déclarations officielles. On a rarement vu une telle unanimité ! Je reviendrai sur les raisons de ce consensus, généré pas un vague pressentiment d’apocalypse. Essaierai de philosopher un peu mais pas aujourd’hui ! Là je me contente de vous proposer deux textes de commentateur que je vous ai déjà présenté : « Pourquoi dans les rangs des partenaires occidentaux de l'Ukraine se trouve-t-il des gens qui appellent à céder à l'agresseur et à arrêter la guerre au prix de la perte d'une partie du territoire ukrainien ?
Parce que le temps presse, le monde est en ébullition, mais la percée militaire n’arrive pas et ne viendra probablement pas tant que l'Occident n'aura pas franchi une ligne qu'il n'a pas l'intention de franchir en termes de degré d'implication dans cette guerre. A l'heure actuelle, tous les espoirs militaires sont associés au prêt-bail, mais tous les Occidentaux ne les partagent pas...
Pour comprendre l'ampleur de ce qui se passe, il faut sortir la tête de l'Ukraine et regarder la situation dans son ensemble.
La Russie, l'Ukraine et le Belarus, qui sont maintenant noyés dans un nuage de guerre, jouent un rôle fondamental dans l'économie mondiale. Si vous les considérez comme un groupe, ils se classent au PREMIER rang mondial pour les exportations de gaz naturel, de combustible nucléaire, de néon, de nickel transformé, de fer semi-fini, de blé, d'engrais et de potasse ; au DEUXIÈME rang pour les exportations de pétrole brut, de produits pétroliers raffinés et de cuivre, de 7 métaux PGM (platinum group metals), d'acier, d'huile de graines, d'ammonium et de bois ; et au TROISIÈME rang pour les exportations de charbon, d'aluminium, de titane et de turbines à gaz.
En d'autres termes, cette région est le leader mondial de l'exportation des matériaux dont dépend ce que nous appelons la civilisation moderne. Sans ces exportations, le monde manquera de chaleur, d'électricité, de nourriture...
La révolution verte ? Oublie ça. Elle a été reportée. Contrairement au réchauffement de la planète, qui menace l'ensemble de l'humanité. Et d’ailleurs elle ne pourrait se faire en coupant la Russie quand chacun est dépendant des ressources de l'autre. Et chacun va maintenant tenter de se libérer de cette dépendance en forant dans la terre, en faisant reculer la mondialisation et en déployant ses nationalismes. En d'autres termes, l'ordre mondial de l'après-guerre froide vit ses dernières années.
La production alimentaire au Brésil, au Moyen-Orient et en Asie du Sud (notamment au Pakistan et en Inde) et en Afrique tropicale dépend des importations d'engrais post-soviétiques. Nous parlons de centaines de millions de personnes menacées par des pénuries alimentaires et la famine à cause de la guerre de Poutine en Ukraine. Les tensions politiques dans ces régions vont s'intensifier. La dernière fois, la famine a pris fin avec le printemps arabe et tout ce qui a suivi. Cette fois, la menace est dix fois plus grande. Nous ne sommes qu'au début de ce qui est à venir.
Tout cela est plus grand que l'Ukraine, pour laquelle le monde ne va pas se noyer. Il est désagréable de s'en rendre compte. Mais il est important pour Kiev de le réaliser sobrement, quand elle établit des plans d’avenir et des relations avec ses partenaires, à qui elle montre un doigt d’honneur d'une main tandis qu’elle demande de l'argent et des armes de l'autre.
2/ El-Murid Миротворческие усилия Efforts de consolidation de la paix
Les déclarations faites hier par des responsables politiques occidentaux et la réaction immédiate de Kiev à ces déclarations ont montré que, maintenant que l'Occident est fermement convaincu que la défaite militaire de l'Ukraine n'aura pas lieu, les objectifs de ce conflit, du point de vue de ceux qui en sont les instigateurs, changent également. Demeure jusqu'à présent évidente la détermination à la faire traîner le plus longtemps possible, en asséchant la Russie, mais en même temps d’empêcher Kiev d'exploiter la faiblesse croissante de son adversaire. Les livraisons urgentes d'équipements, d'armes et de munitions commencent à ralentir, ce que notifie immédiatement Kiev, sans naturellement rien y pouvoir changer.
Concrètement, cela signifie que Kiev devra reconsidérer le calendrier d'une éventuelle contre-offensive et abaisser la barre de ses objectifs. Si, au rythme antérieur d'armement de l'Ukraine, on pouvait supposer qu'elle serait prête à attaquer les positions russes vers la mi-juin (à peu près à ce moment-là, les actions offensives de l'armée russe s'essouffleraient et la Russie serait obligée de faire une pause), Kiev sera maintenant obligée de retarder ses opérations offensives, à moins, bien sûr, qu'elle ne veuille régler son mouvement sur celui de son adversaire et mettre au point un plan aventureux. Une telle démarche ne peut être exclue, mais si nous prenons des considérations rationnelles, il serait très imprudent pour Kiev de décider de lancer une offensive sans avoir atteint un certain niveau.
Si la tendance se poursuit et que l'Occident, sous couvert d'efforts de pacification (pourtant notoirement impossibles), commence réellement à faire traîner le conflit en réduisant l'aide à Kiev, on peut supposer que le moment d'une éventuelle offensive de Kiev a été décalé de quelques semaines à un mois, c'est-à-dire dès juillet. Ce qui, pour l'Ukraine, signifiera un résultat beaucoup moins décisif de toute action - naturellement, l'armée russe parviendra à utiliser ce temps pour créer un semblant de retranchement. Il est vrai qu'autour de Kherson et dans une partie de l'oblast de Zaporizhzhya, la fortification est une notion relative, car il s'agit d'un territoire steppique, que toutes les opérations de combat des guerres précédentes ont généralement "sauté" en vitesse, où il est difficile de créer quelque chose qui mérite l’attention à partir de rien, mais il est certain que dans tous les autres endroits, l'efficacité d'une contre-offensive de Kiev, si elle est retardée d'au moins deux semaines, sera beaucoup moins nette.
L'Occident pourrait continuer à jouer ce jeu, ce qui signifie qu'il tentera de retarder encore davantage l'action active de Kiev, à l'approche du mois d'août. Toute contre-offensive tournerait alors au pur hachoir à viande, ce qui pourrait être l'objectif des partenaires de Kiev et de Moscou. Car la boucherie est aussi une garantie supplémentaire d'exaspération et donc diminution des chances de pourparlers de paix. Dans l'ensemble, c'est un gagnant-gagnant.
