La « révolte des macaroni » comme la nomment avec humour ses propres acteurs s’inscrit dans la lignée de la révolution des œufs (30 décembre2017 - 5 janvier 2018) et a pour origine une hausse subite du prix d’un aliment. Elle ne devrait pas bénéficier d’un très fort éclairage médiatique parce qu’elle intervient à contre-temps : son échec probable ne fera pas verser de larmes aux puissances du G7 qui ont désormais pour objectif de découpler l’Iran de la Russie et la Chine. Objectif qui fut déjà celui de Trump mais en sens inversé : des stratèges américains un peu illuminés voulaient alors isoler l’Iran et pour cela amadouer Poutine (que son amitié avec Netanyahu rendait composant), tandis que l’équipe Biden veut au contraire amadouer l’Iran pour isoler la Russie. Les temps ont décidément changé !
Bien entendu, il ne manque pas parmi les élites dirigeantes iraniennes de « modérés / réformateurs/ réalistes » pour saluer ce retournement et appeler à en profiter au plus tôt, à signer un nouveau JPCoA même si ce papier est promis à être chiffonné https://2009-2017.state.gov/e/eb/tfs/spi/iran/jcpoa/index.htm Qu’un retour des Républicains à la Maison Blanche soit inévitablement accompagné d’un nouveau ricochet du traité à la poubelle ne gêne pas la communauté d’affaires qui aimerait profiter au maximum du créneau qui se profile pour 24 mois…
Les « durs » forts du soutien chinois sont moins pressés de lâcher la Russie pour une trop brève embellie qui ne bénéficierait qu’aux Européens. Aussi les débats sont-ils vifs entre les différentes factions du « parti de Dieu » qui gère l’Iran depuis 42 ans. Ces débats sont rendus perceptibles par les campagnes de presse du clan moderniste, acharné à dépeindre la noirceur et perfidie de l’encombrant empire russe. L’histoire les sert tant il est vrai qu’à part Lénine lui-même on ne connaît pas de dirigeant russe et soviétique généreux avec l’Iran, compréhensif à l’égard de ses velléités réformistes et son appétit de libertés. La Russie a dépecé l’Iran puis soutenu tout ce qui était dans ce pays réactionnaire et conformiste. Si elle a joué la carte militariste « moderne » c’est qu’elle ne disposait pas de celle du cléricalisme, restée de tous temps entre les mains de Londres… Que Sa Majesté ait soutenu les Frères Musulmans et le clergé iranien contre Amir Kabir puis Reza Shah n’est plus un secret. La mémoire vive de ces sujets entretient aujourd’hui des disputes sur la position à adopter en face de l’agression russe de l’Ukraine. Ainsi que sur la coopération avec le Qatar qui a permis de gommer le vieux différent avec les Talibans. Une éventuelle chute inopinée du « président » Raïssi rebattrait les cartes en ces matières subtiles et inflammables. Il est donc très curieux mais tout à fait explicable que nos chancelleries ne soient pas plus concernées par la révolte des macaronis. En ces matières, on va laisser comme toujours jouer d’autres grands acteurs : Israël, les Emirats… qui sait ? On aurait certainement trouvé bon que le Grand Sultan de Turquie se mêle des affaires intérieures iraniennes, via ses proxy de Bakou ou de Erbil mais il doit tant au Qatar qu’il ne secouera pas le cocotier avec des envolées saugrenues sur les droits des minorités turcophones… Qatar qui veut que rien ne bouge autour et alentours. Donc le régime de Téhéran pourra se dépatouiller tranquillement de la révolte des pauvres du Zagros et du Khouzestan. La seule chose qui doive nous faire plaisir est que cette révolte affecte des territoires où ce régime a longtemps été plébiscité par une population très chiite et anciennement rétive au pouvoir des shahs. Ainsi l’islamisme gaspille-t-il des pans essentiels de sa base sociale. Cette déperdition jouera contre lui à brève échéance. Divide le 15 mai 2022
