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Dombast

Si vous fermez la porte à toutes les erreurs, la vérité restera dehors.

Alarmiste

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Deux billets d’Anatoly Nesmiyan, dit El-Murid, particulièrement pessimistes :

1er juin 2022 « La chaîne Sauveur (RPTs/ROC Eglise Orthodoxe Russe) a suggéré de créer un "musée des traîtres à la patrie" sur le site du Centre Eltsine. "Il est nécessaire de monter une exposition consacrée à la trahison des élites : sélectionner des traîtres de l'histoire russe et mondiale et parler d'eux et des conséquences de leur trahison pour leur patrie". C'est faire du Centre Eltsine un musée des traîtres, un musée de la cinquième colonne. Je pense que ce serait très instructif", a déclaré le philosophe Alexandre Chtchipkov, chef adjoint du Conseil mondial du peuple russe, à l'antenne de la chaîne Sauveur.

On dirait que l'ennemi intérieur a été trouvé. Il ne reste plus qu'à détourner soigneusement l'attention de l'ennemi extérieur. Déclarer toute la région comme un ennemi ? Que faire d’autre puisque si les entités sociales sont évanouies ? Les "libéraux" abstraits sont désormais difficiles à trouver.

À dire vrai, la situation n'a rien d’unique. En 2001, après l'attaque des tours, les États-Unis ont anéanti l'Afghanistan, déclaré nid d'Al-Qaïda, mais c'était trop rapide, l'échelle était trop petite et la société américaine, excitée par une attaque terroriste sans précédent, a avalé la victoire sans s'en rendre compte. La peur de la terreur de la lettre à l'anthrax était aussi un peu mesquine, alors pour continuer sur cette lancée, il fallut sortir de derrière les fagots un ennemi éprouvé et pas encore complètement oublié : Saddam Hussein. Il a juste eu la malchance d'être au mauvais endroit au mauvais moment. La tâche des États-Unis était tout à fait rationnelle : ils avaient besoin d'une guerre sérieuse (sérieuse au sens médiatique du terme) afin d'injecter une énorme quantité d'argent dans une économie en déclin. Choix hautement pertinent après le crash des dot-com au début des années 2000. Mais ils sont allés trop loin dans le raisonnement ; l'attaque des tours était trop choquante et ils ne pouvaient donc pas se passer d'un certain Oussama ben Laden, dont personne n'avait même entendu parler avant le 11 septembre.

Le même problème existe pour le Kremlin d'aujourd'hui. Il lui faut distraire le public de l'infâme opération spéciale, qui a été présentée comme une guerre mondiale. En même temps, le régime doit réorienter le degré croissant de mécontentement et de perplexité vers un ennemi habituel et à la fois suffisamment sérieux (du moins pour les médias). Or, il n'y a pas d'ennemi. Il faudra donc le créer à la volée, et Ekaterinbourg, bon gré mal gré, est maintenant liée à un tel ennemi simplement parce qu'il faut désigner quelqu'un...

La propagande conduira rapidement au fait que tout résident d'Ekaterinbourg soit automatiquement considéré comme une personne douteuse et déloyale, suspectée de libéralisme et de trahison. L'effet secondaire pourrait être une forte augmentation des sentiments séparatistes dans l'Oural, simplement parce que les gens ne seront probablement pas heureux d'être désignés pour ennemis sans motifs et devront se défendre. Jusqu'à présent, cette défense s'est résumée à une défense contre le discours de haine de Solovyov. Mais la situation est bien plus grave. De plus en plus de nouveaux participants se joignent au sabbat. Les propagandistes de l'église sont déjà sur la brèche. Si c'est effectivement la tendance, nous verrons bientôt toute une série de personnages des plus répugnants se jeter sur Ekaterinbourg.

--- le 6 juin :

J'ai déjà écrit que le régime du Kremlin, pris au sens littéral dans une impasse existentielle, face à son effondrement complet et à la faillite du modèle de développement basé sur la croissance continue des revenus du pétrole, du gaz et des autres matières premières, s'est trouvé dans un couloir de solutions très étroit. Après 2019, lorsque l'effondrement du modèle et, par conséquent, de l'ensemble du système de gouvernance est passé d'un état de crises à une véritable catastrophe, le "couloir des solutions" est devenu littéralement déterministe : il a perdu toute bifurcation et est devenu si étroit qu'il n'était plus possible de faire demi-tour et d'essayer de revenir au moins à un état de crise. Il s'agit toutefois d'une histoire tout à fait habituelle dans tout processus catastrophique : l'impossibilité fondamentale de s'en sortir. A partir de 2019, le régime ne pouvait aller que dans une seule direction - celle de l'effondrement. Avant 19, il avait des options ; après 19, il n'en a aucune.

Quelle est la différence fondamentale entre un état de catastrophe et tout type de crise (structurelle ou systémique) ? C’est que lors d'une crise, le système dispose soit d'une ressource libre (crise structurelle), soit d'une opportunité de manœuvrer avec la ressource (crise systémique) en la redistribuant entre ses fonctions internes, réduisant la ressource pour toutes ses structures non directement responsables de la stabilité. En Russie, cette redistribution a commencé sur la base des "décrets de mai", lorsqu'ils ont commencé à réduire impitoyablement les soins de santé, la science, la culture, l'éducation, la sylviculture, les programmes sociaux, etc.

Il n'y a pas de ressources gratuites ni de marge de manœuvre en cas de catastrophe. Les structures responsables de la durabilité commencent à se désintégrer. Par conséquent, le système ne peut obtenir une ressource que de l'une des deux façons suivantes (ou en combinant des deux) : soit la terreur interne, qui amène les gens à fuir, en réduisant leur propre consommation au minimum et même au dessous (ce qui libère une partie de la ressource du système, qui est réaffectée pour maintenir sa stabilité), soit une agression externe pour s'emparer de la ressource de quelqu'un d'autre.

Nous pouvons constater que la Russie combine ces deux méthodes. Cependant, chacun d'entre eux nécessite (comme tout projet anti-crise) un effort démesuré de l'appareil de gestion, qui est lui-même en état de catastrophe (dans une situation de catastrophe, tous les sous-systèmes et toutes les structures s'y mettent, il est impossible de maintenir quoi que ce soit dans un état "normal" lorsque l'ensemble du système se trouve pris dans une intrigue de ce genre. C'est d'ailleurs la raison qui fait soupçonner à juste titre que le "bouclier nucléaire" russe, bien qu’il semble se maintenir dans son ensemble, peut aussi bien, dans les circonstances actuelles, être à l’état de ruine).

Cela veut dire que le régime va être contraint de passer continuellement de la terreur interne à l'agression externe, pour revenir à la terreur interne, des cycles qui se réduisent et se contractent avec le temps pour former une spirale de plus en plus serrée. Plus les efforts et les ressources consacrés à chaque processus sont importants, plus cette spirale sera rapide et rétrécie, plus rapidement le système parviendra à un stade phénoménal d'effondrement.

Maintenant que la défaite dans la "non-guerre" en Ukraine n'est plus qu'une question de temps, la terreur intérieure est le prochain objectif. L'objet de cette terreur a déjà été choisi : ce qu’on a convenu d’appeler "famille", c'est-à-dire la caste dirigeante, qui va se dévorer elle-même. Après quoi, la question de l'agression extérieure et d'une nouvelle guerre se posera à nouveau. Les possibilités d'un nouveau conflit militaire sont là - un deuxième round du conflit en Ukraine, une agression contre le Kazakhstan et (ce qui n'est pas encore très probable, mais pas du tout exclu) un conflit avec la Turquie. Avec l'OTAN, c'est peu probable, car dans un tel conflit la défaite serait rapide et, surtout, irréversible. Ensuite, si le régime est toujours en vie, une nouvelle itération de terreur intérieure suivra. Il peut s'agir de n'importe quoi : une nouvelle "épidémie", un nouvel "ennemi interne" - peu importe. Ce qui compte, c'est que le système devra trouver le sous-système qui doit être déconnecté de la ressource et le redistribuer. Le point d'orgue de ce qui se passe sera sans doute le départ de Poutine. Un régime despotique personnifié est conçu de telle sorte que tous les équilibres sont liés à la personnalité du despote, et que son départ les détruira définitivement et irrévocablement. Vient ensuite le moment du choix, qui déterminera si le système continuera à rester dans un état désastreux ou s'il tentera de passer à une source fondamentalement nouvelle de son développement par son propre démantèlement.