Deux billets de Pavel Pryannikov, quinquagénaire influent dans la gauche démocratique (canal Telegram « Tolkovatel »)
- sociologie « J'ai écrit à plusieurs reprises qu'il n'y a pas eu d'isolement de l'URSS. L'Union soviétique était ouverte au monde en termes de commerce, important infatigablement des technologies, des équipements et même des spécialistes de l'Ouest tout au long de son existence. Des banques soviétiques extérieures sont apparues dans les années 1920 et ont opéré à l'Ouest (avec des dizaines de succursales) jusqu'à la fin de l'Union, tout en étant un acteur actif sur le marché de l'or et même sur les bourses et les marchés de devises occidentales.
Et je ne suis pas d'accord avec Pastoukhov pour dire que les dirigeants d'aujourd'hui héritent du type du personnage de Bazarov dans Tourgueniev. Car ce personnage était très instruit pour son époque, avec un mode de vie urbain (il n'y avait pas plus de 1 % de gens comme ça en Russie au milieu du XIXe siècle, époque à laquelle se déroule l'action du livre). Et puis un tel homme ne rejoindrait pas l'Armée rouge. Savinkov et les socialistes-révolutionnaires qui ont combattu les Soviets, seraient plus susceptibles de correspondre à un tel type.
Le type actuel de notre élite dirigeante (nos papys d’Etat) correspond plutôt au koulak du début du vingtième siècle. La petite bourgeoisie de village. Les cadres de l'État sont des citadins et des intellectuels de première, rarement de deuxième génération (comme Dmitry Medvedev, issu d'une famille de professeurs). Poutine, quant à lui, ne cache pas sa fierté d'être le fils d'un ouvrier agricole.
Pendant la guerre civile, le plus probable aurait été qu'il soit le fils d'un petit blanc. Comme, par exemple, le grand-père d'Eltsine, qui fut aussi koulak, a combattu pour les Blancs avec Koltchak. Eltsine en général a très clairement incarné l'esprit koulak. C'est pourquoi ils ne se trompent pas eux-mêmes lorsqu'ils expriment leurs opinions de droite. Oui, ils suivent une voie de droite, de droite-traditionnelle.
C'est pourquoi les Papys-Koulaks d’Etat sont si proches mentalement de la majorité des Russes, qui sont également issus de la paysannerie à la première, seconde ou troisième génération. Ainsi s’explique que les taux d'audience soient si élevés, quand "nos gens au pouvoir" se proclament : "pas des myopes, pas des pédés, des kékés, pas des délirants, ni des pendules du genre des Allemands". On peut ajouter qu’une fois au pouvoir, de nombreux prolos agiraient de la même manière que les démocrates d'État - en particulier, ils feraient preuve de brutalité et supprimeraient leurs opposants - surtout les plus faibles. "Nous devons obéir au grand homme" est leur façon de projeter les usages de la grande famille paysanne vers l'extérieur.
Oui, la Russie possède une petite classe urbaine qui ont quelques habitudes européennes, mais sa masse n'est pas critique. Les sociologues montrent que cette strate urbaine européanisée représente 15 à 20 %, que c’est d’elle dont provient la majeure partie de l'émigration, laquelle empêche de surcroît l'expansion de cette strate. La ville, bien sûr, digère lentement le village, mais cette chaudière est petite. De plus, des millions de nouveaux paysans y sont injectés depuis les villages et les kishlaks, depuis les pays voisins.
- à propos de la campagne de certains intellectuels du régime contre les émigrés récents :
« Il est intéressant de noter qu'une campagne a également été menée dans l'Allemagne nazie en direction des personnalités culturelles pour savoir si certaines d'entre elles avaient correctement émigré ou si elles étaient des traîtres à la nation. L'un des premiers à s'élever contre ses collègues éloignés est le célèbre écrivain et poète Gottfried Benn, médecin de profession. Il a participé à la Première Guerre mondiale (en tant que médecin militaire) et, dans les années 1920, il s'est inscrit dans le sillage de ses collègues futuristes-fascistes italiens. Plus tard, il est devenu membre du NSDAP.
En mai 1933, Gottfried Benn lit à la radio de Berlin la "Réponse aux émigrants littéraires". En particulier, il a dit : "Vous m'écrivez des environs de Marseille. Vous, les jeunes Allemands, mes anciens admirateurs, qui êtes maintenant des fugitifs, êtes assis au bord de la mer chaude, ou dans des hôtels à Zurich, Prague ou Paris. Vous avez appris par les journaux que j'ai déclaré mes sympathies pour le nouveau régime, qu'en tant que membre de l'Académie des Arts, je suis prêt à participer à la nouvelle politique culturelle. Vous demandez ce qui m'a poussé, moi dont le nom était pour vous l'étendard du plus haut niveau et de la pureté quasi fanatique, à rejoindre ceux à qui le reste de l'Europe refusait ces qualités.... Alors, écoutez-moi !
Tout d'abord, je dois dire que les processus qui se déroulent aujourd'hui en Allemagne ne peuvent être abordés qu'avec ceux qui les ont vécus avec leur pays, qui ont vécu ces événements heure par heure, jour après jour. Avec ceux qui ont fui à l'étranger, il est impossible de parler ! Vous avez manqué l'occasion de faire l'expérience de la nation qui vous est si étrangère, de saisir le sens du national que vous dénigrez avec tant d'arrogance ; vous avez manqué l'occasion de vivre de vos propres yeux le cours formateur et parfois tragique, mais toujours fatidique de l'histoire. Comment imaginez-vous le cours de l'histoire ? Je pense que vous comprendriez mieux les choses si vous ne regardiez pas l'histoire comme un compte en banque imposé à la création par vos cerveaux bourgeois, votre XIXe siècle libéral. L'histoire ne vous doit rien, mais vous lui devez tout. L'histoire ne connaît pas votre démocratie, votre rationalisme, et elle n'a d'autre méthode et d'autre style que de libérer, aux moments cruciaux, un nouveau type d'homme du sein inépuisable de la race. Qui doit percer et incarner ses idées dans la matière de son temps et de sa génération - avec persévérance, sans pitié, tragiquement, comme l'exigent les lois de la vie.
Personnellement, je soutiens le nouvel État, car c'est mon peuple qui essaie de faire son chemin ici. Une nation, c'est beaucoup ! Je dois mon existence spirituelle et économique, ma langue, ma vie, mes relations avec les gens, toutes mes pensées et mes perceptions avant tout à mon peuple. Mes ancêtres en sont sortis, et mes descendants y retourneront !
Mais à la fin des années 1930, Benn s'était déjà brouillé avec le régime nazi. "Je suis toujours un fasciste, pas un national-socialiste", a-t-il expliqué. Il a été exclu du NSDAP et de l'Académie et accusé d'homosexualité. Mais ils ont tenu compte de ses mérites antérieurs et n'ont pas utilisé les méthodes de la Gestapo. Il lui est interdit d'écrire, mais sa profession principale le sauve - il travaille comme médecin jusqu'à la fin de la guerre.
Après la Seconde Guerre mondiale, les autorités d'occupation se souviennent du soutien de Benn au nazisme au début des années 1930. Il est interdit de publication, comme un certain nombre d'autres intellectuels de droite tels qu'Ernst Jünger, et est soumis à un programme de dénazification. Mais Benn continuait à publier, toujours sous pseudonyme, en dehors de l'Allemagne. Il est décédé en 1956. »
Commentaire de Divide : dans le cas russe, on trouvera Z. Prilepine du côté des Benn de notre temps, et V. Sorokine parmi les évadés.
