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Si vous fermez la porte à toutes les erreurs, la vérité restera dehors.

Bétail humain

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Nous y avons fait allusion en privé mais en parlons peu : le soviétisme tardif a produit une société de classes dans laquelle les nantis éprouvent un mépris mêlé de haine pour les petites gens, les obscurs et les benêts. C’est une tare ancienne en Russie : déjà les grands écrivains pointaient l’impossibilité de « converser avec un concierge à Pétersbourg » par opposition aux délices de l’échange entre un bourgeois slave immigré et un valet français, un concierge de l’avenue Kléber ou du bd Saint-Germain… ce drame apparaît en filigrane dans Bounine et Nabokov. Un problème qui n’est pas seulement russe stricto-sensu mais balkanique et caucasien (attesté dans les diaspora roumaine et géorgienne par ex) : le peuple serait obtus et dangereux. Les émigrés des années 1917-1923 en étaient certains. Notre cher « Dadakinder » n’est pas issu de ce peuple ignare, il est ce qu’on appelle un créatif, il s’est installé depuis longtemps à Los Angeles, voyage beaucoup en Asie, ne semble manquer de rien. Dans le texte ci-dessous il prend partie contre sa caste et, comme les lecteurs des posts parus les 20 et 21 juin l’ont évidemment remarqué, il fait un peu son auto-critique :

« Oh, ces libéraux russes. L'un parle d’un "bétail cauchemardesque" qui ne craint pas les sanctions et frappe la "partie civilisée de la Russie", l'autre conclut sa chronique des atrocités que commettent les occupants au nom du Kremlin qui ont volé des aimants sur le réfrigérateur d'une maison ukrainienne par ce passage :

" Il n'y a rien de plus dangereux qu'un homme " simple " qui ne sait que consommer et exterminer. Si vous lui en laissez la liberté, bien sûr. Il y a aussi beaucoup d'enculés parmi les créateurs, mais au moins ils ne vous étrangleront pas pour un aimant. Nous avons besoin d'un nouvel Hérode, mais un qui ne détruise pas les bébés au berceau, mais les jeunes gens de province."

Ah, c'est donc ça : il s'avère que les créatures les plus dangereuses ne sont pas les tyrans et les milliardaires dotés d'armes nucléaires avec leurs élites de courtisans, mais les hommes ordinaires de nos provinces. Poutine est un enculé, bien sûr, mais il ne fait pas le poids face aux mendiants bouriates que l'on jette à pleins seaux dans cette guerre honteuse, parce que les larmes de leurs mères ne valent que zéro virgule un centième du marché de la misère de Moscou. Ce sont eux, les "jeunes provinciaux" sans intérêt et sans influence, qui doivent être craints et éliminés, et non les vampires de la classe dirigeante, dont la logique s’exprime par la voix des libéraux russes. Les mêmes qui ont porté Poutine au pouvoir, mais qui rejettent la faute sur les "gens du peuple" et appellent à leur extermination par qui ? Hérode ! Soit un nouveau tsar. Jusqu’à quand, frère Ivanoushka !? Et quoi, n'avez-vous pas toujours besoin d'un tsar ?

Et ces appels à la destruction des gens ordinaires sont écrits par de soi-disant "bons Russes", qui apparemment ne se considèrent pas eux comme ordinaires, mais comme des personnes spéciales, "de qualité", au-dessus des "foules cauchemardesques". Des "créateurs" qui appellent à l'extermination de personnes exactement identiques à celles qui sont gaspillées par leurs rivaux du Kremlin dans la course au trône cannibale. Votre Hérode siège déjà au Kremlin !

Oui, la pauvre viande de l'arrière-pays russe n'a pas l'argent pour prendre l'avion et quitter le poutinisme pour Berlin, Paris ou New York. Parce que contrairement aux "bons Russes", les jeunes gens de l'arrière-pays russe ne se sont pas gavés sous le régime de Poutine, et n'ont pas les moyens matériels qui leur donnent le privilège de chier sur le poutinisme depuis la terrasse d’un café de la Biennale de Venise. D'où ces "bons Russes" seraient chassés avec le même putain de balai, s'ils n'écrivaient pas leur sauvagerie sur la nécessité de détruire les gens ordinaires en russe ; du haut de leur culture, pour ainsi dire.

-- suite le 21 juin Les "bons Russes" qui appellent à la destruction des "gens ordinaires", en les rendant responsables des crimes de l'oligarchie de Poutine, ne devraient pas oublier la responsabilité des élites - leur propre responsabilité - dans la condition des "gens ordinaires".

Le libertarisme,liberal-foutoir russe, a échoué dans son rôle culturel-formateur. Au lieu d'utiliser leurs intellects, leurs ressources et leurs compétences pour éduquer les "gens ordinaires", ils ont publié des livres vaseux destinés à trois geeks disposant de beaucoup de temps libre, et ont lancé des projets soi-disant éducatifs qui décrivent dans un langage d'oiseau l'intersectionnalité et l'identité.

Tout ce public s'est servi lui-même, sa propre classe et la classe qui le nourrit en mangeant dans leurs mains des éclairs à l'ouverture d'expositions d'art contemporain, tandis qu'autour de ce petit monde, l'"homme du commun", abandonné et trompé par tous, se délectait dans les décombres de l'État soviétique et vautrait dans la tyrannie et le ressentiment. Et maintenant, toute cette meute de dégénérés à l'identité de genre indéfinie s’effraie des maudits qu'ils ont eux-mêmes abandonné à la merci du poutinisme.

Ils pensaient être l'Ouest. Il leur semblait vivre en Europe. Etre la "partie civilisée de la Russie". Et sur cette vague, ils reproduisent la culture comme "là-bas", sans se rendre compte que "là-bas", cette culture a des fondements matériels, et que n'importe quel diplômé de l'école publique du ghetto américain le plus délabré sait ce que signifie l'inclusion. Parce que c'est une éducation de base, JUSTE, pas un Institut Arrowhead. Parce qu'il y a des intellectuels de gauche aux États-Unis qui ne vont pas à Venise pour assister à une soirée de charité pour des salauds portant des foulards, mais qui vont travailler dans le ghetto. Et c'est pourquoi le ghetto connaît l'inclusion. Le Bouriate n'en a pas idée. On ne lui dit rien de ça au Bouriate. Et qui pourrait lui dire ça ? Qui veut travailler comme enseignant à Oulan-Oudé ? Les hipsters moscovites aux noms à la Angela Karate qui rêvent de vivre à Berlin et d'être les conservateurs de la Biennale de la NFT ?

Non, ce ne sont pas les gens ordinaires, mais les personnes disposant de ressources, de connaissances et d'autorité qui sont responsables du poutinisme. Tout d'abord, la génération née dans les années 60 et 70, qui a réussi à manger son gras et qui écrit maintenant sur la destruction des gens ordinaires. Après avoir réussi à détruire un pays obscur, ils en ont mené un autre au fascisme, et ont foutu le camp à l'Ouest... D'où l'on nous dit que leur pelage est blanc et que le cappuccino de Barcelone est délicieux. C'est d'eux que nous avons hérité le monde russe actuel.

Pendant que nous lisions leurs anthologies de putains de poètes savourant les délices de la bestialité, le monde était en gestation de la guerre. Maintenant on est couvert de morve, de merde et de sang. Et pourtant, nous osons dire que nous devons détruire les gens du peuple ? Ceux qui sont toujours morts à notre place, et qui meurent maintenant à notre place. Ceux qui, contrairement à nous, n'ont pas d'autre choix que de mourir - soit dans la guerre, soit en combattant la guerre...

Voulez-vous détruire quelqu'un ? Commencez par les bâtards narcissiques arrogants qui, en leur sein, n'ont rien fait pour arrêter le fascisme russe et écrivent maintenant depuis l'opéra leurs appels au génocide de la majorité.

Les autres personnes "non ordinaires" feraient bien de prendre conscience de leur privilège et de consacrer le reste de leur vie future à travailler avec et pour les gens ordinaires. Parce que sinon, à quoi tu sers, bordel ?