"El Murid" à propos d du dauphin de Poutine, lundi 7 juin 2022 :
" La soudaine fébrilité de Medvedev ces derniers temps et ses déclarations de plus en plus dures et stridentes contre un Occident nébuleux sont très probablement un élément de marchandage. Il est clair que Medvedev se met lui-même à l’encan. La question de savoir ce qu'il en est de "l'autre côté" serait plus intéressante (le jugement porté sur lui NdT).
Comme dans toute communauté criminelle (et le Kremlin est un conglomérat de structures criminelles qui se sont emparées du pouvoir politique et étatique), la question de la loyauté est cruciale. La mafia résout le problème par un simple "bain de sang". La loi de l'omerta et la loi de la responsabilité mutuelle constituent un mécanisme pratiquement indestructible pour la loyauté totale des membres d'un gang. Par conséquent, maintenant que le régime est passé à l'agression directe, tout le monde doit prouver sa loyauté absolue envers le leader et sa ligne de conduite. Il suffit de rappeler comment la réunion du Conseil de sécurité a été organisée avant la décision d'attaquer l'Ukraine : tout le monde a été littéralement forcé de dire à haute voix et devant les caméras une phrase d'approbation personnelle de l'"opération spéciale". Poutine ne s'intéressait qu'à cela, la décision elle-même avait déjà été prise, et il ne s'intéressait plus à l'opinion de ses subordonnés. Juste un test de soumission totale.
Medvedev est dans une position particulière : c’est un ancien président, et donc il n'est pas si facile de le pousser sur le gril, et encore moins de le soumettre à la terreur, car certaines analogies indésirables pourraient apparaître. Il est vrai que la présidence Medvedev, c’était il y a longtemps, mais quand même ! Néanmoins, lui aussi fut obligé de prononcer la formule d'obéissance obligatoire. Afin de ne pas être tenté de "déraper". Et en ce sens, son activisme actuel relève de cette nécessité.
Il est vrai qu'il y a un autre côté à la question. Si les auditions pour le "successeur" sont sur le point de commencer, en réalité, la camarilla au pouvoir a peu d'options : nommer un individu gris et discret dont personne n'a entendu parler la veille (comme ce fut le cas pour Poutine lui-même) ne fonctionnera pas dans les circonstances. Pour de nombreuses raisons. Le choix devra donc se faire à partir de l'ensemble déjà en place. Et ce choix, soyons francs, est extrêmement restreint. L'ère des rallyes en calèche est sur le point de s'ouvrir mais la plupart des "coéquipiers" sont des septuagénaires. Alors, bien sûr, on pourrait installer quelqu'un à titre temporaire, mais la question devra quand même être tranchée, et résolue de manière radicale. Et ici, le relativement sans âge Medvedev a une bonne chance. Il est seul, il est couvert de tous les crimes, il pourrait être accusé de haute trahison ne serait-ce que pour avoir cédé les eaux de la mer de Barents, bref, il est un candidat idéal. Mais dans ce cas, il devrait assumer l'entière responsabilité des crimes du régime des deux derniers mandats de Poutine. Juste pour éviter de dénoncer les personnes directement impliquées dans ces affaires.
Il n'est pas certain que Medvedev soit considéré comme un candidat viable, mais on ne peut pas l'exclure. Les autres options ne sont guère meilleures : la politique du personnel du régime en la matière a brûlé les zones rapprochées au napalm. Il n'y a pas beaucoup de choix. Les personnes nommées par Poutine parmi les laquais et les garçons d'honneur à l'intelligence de méduse peuvent seulement symboliser le point de vue consensuel d'un certain "Politburo de l'ombre", mais, et là est le problème de tout despotisme ou conglomérat mafieux, son chef n'est pas seulement un point de rencontre des intérêts des clans, mais aussi l'instance suprême des décisions finales. Ne serait-ce que parce que les intérêts sont toujours frontalement opposés, et que les clans criminels sont souvent incapables de parvenir à un consensus. C'est pourquoi nous avons besoin de quelqu'un qui favorise une faction aujourd'hui et l'autre demain afin d'équilibrer la balance. Ni un aide de camp écervelé, ni une plante verte ne peuvent occuper un tel poste, et il doit être capable de naviguer comme un poisson dans l'eau dans une situation en constante évolution. Une fois de plus, il s’agit d’être complètement et totalement un des "siens". Il n'y a pas d'étrangers parmi nous.
Dans l'ensemble, la frénésie soudaine de Medvedev doit être considérée davantage comme une tentative du système de conserver sa stabilité, et Medvedev lui-même pourrait bien se considérer comme une carte qui n'a pas encore été abattue. Et pour de bonnes raisons. Autre chose est que cela n'aidera pas le régime mourant, mais lorsque le patient est dans les affres de la mort, il est incapable de penser en termes de perspective.
