V. Pastoukhov commente les images de la conférence de presse de Poutine au SPIEF : « Apparaissant au Forum économique de St-Pétersbourg, Poutine avait l'air d'un homme revenu dans la zone de confort psychologique dont il était sorti depuis trois mois. Il était visiblement soulagé. Il a recommencé à "numériser" l'auditoire : sa méthode personnelle pour obscurcir un problème en noyant l'auditeur dans un océan de chiffres et de faits peu vérifiables, démontrant ainsi son hyper-compétence ("compétence", soit dit en passant, est le mot parasite fétiche du président, qui sonne à nouveau aussi fort et hargneux qu'autrefois).
Je vois plusieurs raisons à la résurrection de Poutine :
• Premièrement, on lui a expliqué et il y croit, le "Plan B" (une guerre longue et épuisante) est même MEILLEUR que le "plan A" (une guerre éclair avec un changement de gouvernement à Kiev). Il attendra maintenant que non pas l'Ukraine mais l'ensemble de l'Occident collectif, dirigé par les États-Unis, s'effondre épuisé sous le poids des sanctions contre la Russie et se mette à genoux pour implorer sa pitié. Ce n'est pas près d'arriver, nous pouvons donc nous détendre pour l'instant.
• Deuxièmement, il s'est rendu compte - et c'est vrai - que le premier seuil de trois mois, où les sanctions occidentales auraient dû commencer à avoir un certain effet, est passé sans qu'aucune catastrophe ne se produise. Son équipe a maintenu l'économie à flot et l'Occident s'est abstenu de prendre des mesures à double tranchant qui étaient grosses de réactions rapides. Les choses évoluent vers un concours de strangulation, un sport dans lequel la Russie a quelques compétences. Les prochaines échéances sont la fin de l'année, lorsque les problèmes d'infrastructures critiques s'aggraveront, et dans trois ans, lorsque l'Europe évincera la Russie de ses marchés énergétiques à un rythme confortable. Mais ce n'est pas demain la veille, donc nous pouvons nous permettre de jouer le jeu des chiffres.
• Troisièmement, il est devenu évident que la Russie peut encore se permettre une guerre régionale prolongée, comme furent les guerres afghane ou tchétchène. L'essentiel est que cette guerre n'attire pas trop l'attention sur elle. Par conséquent, le principal message idéologique du discours de Poutine consiste à faire de la guerre un "événement de fond", à la faire ronronner comme une mélodie d'"Autoradio" ; tout en disant que nous suivons notre grande voie de modernisation, alors qu'en même temps, quelque part en fond, on entend chanter des chansons de soldats.
