" /> Retour sur 2014 - Dombast

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Si vous fermez la porte à toutes les erreurs, la vérité restera dehors.

Retour sur 2014

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En 2014, au moment où se déclare la guerre du Donbass, un intellectuel russe, écrivain connu et abondamment traduit a publié un texte dont l’original russe ne semble plus disponible sur la Toile. On trouve une traduction médiocre qui pourrait très bien être de la main de l’auteur car il est du tout petit nombre de ceux qui ont vécu enfant en pays francophones et maitrise bien notre langue. Cet écrivain s’appelle Victor Erofeev,  https://en.wikipedia.org/wiki/Viktor_Yerofeyev

On peut craindre qu’une diatribe aussi subjective ne fasse pas sens pour le lecteur européen assagi. Son intérêt est cependant majeur pour deux raisons : 1/ elle est symptomatique d’un excès russe méconnu, la haine de soi ; 2/ elle est dans le ton des échos qui nous parviennent de ceux des Russes qui n’ont pas peur de garder le contact et d’évoquer la douloureuse question d’une guerre plus civile que coloniale. Erofeev a donné en décembre dernier une interview au Figaro dont le ton fracassant n’a pas éveillé l’intérêt du fait peut-être d’un excès de dramatisation qui était mal compris trois mois avant que le vrai drame ne commence. Ce texte-ci, plus ancien, était prémonitoire :

« L’intelligentsia s’épuise toute seule. Ses petits médias oppositionnels ne servent à rien. Seraient-ils interdits que seules les voix « de l’étranger » se feraient entendre. A quoi bon protester ? À moins que vous ne vouliez vous dénoncer vous-mêmes. On peut toujours vous éliminer. La terreur sous les applaudissements populaires. La terreur morale est déjà en action. La Russie ne s’est pas délivré un jugement mais un sauf conduit. Là-dedans, on dit que nous sommes capables de déterminer nous-mêmes notre manière de vivre. Nous payons pour les complexes infantiles et les désirs de vengeance adultes d’UN SEUL homme. Nous payons pour les faiblesses de l’Occident. Pour ceci que l’Occident s’est tourné vers CET homme d’une manière qui laisse loin derrière elle la vénalité d’un Schröder et la dépravation d’un Berlusconi. Cet Occident n’a provoqué que nausée et mépris. Il faut s’en débarrasser en un tour de main. A qui la faute si on n’a montré aucun autre Occident ? Un divorce à la russe. Nous nous trainons dans la plus longue agonie du monde. Encore un record pour le Guinness. Comme c’est hyper-agréable pour CELUI-LA, entouré d’un petit groupe d’amis fidèles et de comparses de sa jeunesse, de faire peur à toute l’Europe et d’effrayer le monde entier. Les Européens sont énervés ; ils téléphonent, l’appellent aussi, l’homme SEUL, l’avertissent, remuent la queue, veulent l’amadouer. Il sait qu’ils ne l’aiment pas mais qu’ils le craignent, et c’est bien ainsi. Les amis fidèles rient de leur bon rire, deviennent tout rouges et se moquent des sanctions idiotes parce qu’ils ont peur de LUI et donc peur d’eux-mêmes.

Les poupées russes gagneront Mais les cadavres ? Ils sont cachés, c’est notre astuce chez les militaires. Quelle guerre n’a pas de cadavres ? Qu’est-ce que ça peut nous faire ? En Europe, ça ne se passe pas comme ça et c’est bien là sa faiblesse. La nouvelle de l’année 2014 est aussi vieille que le monde russe. Nous ne sommes pas des Européens, affirme-t-elle. Et nous en sommes fiers. Mais qui sommes-nous donc ? Des Matriochka déguisées. Les Matriochka gagneront. Car l’âme russe a moins peur de la mort que toutes les autres. Elle craint moins la mort car elle n’est pas liée à une personnalité qui assume la responsabilité pour sa vie, mais à un homme pour qui une telle responsabilité n’est absolument pas imaginable. Qui a dit : la lie de la société ? Il s’agit d’une autre économie de l’âme. On la rencontre par exemple dans les villages africains. J’aime bien aller en Afrique. Les gens là-bas sont des frères et ils regardent les Blancs de haut. Ils ont une religion de l’action directe, comme nous, les Blancs asservis. Et la Chine, où eux non plus n’ont pas peur de la mort ? Nous sommes prêts à prouver aux Chinois que nous avons moins peur de la mort qu’eux. Nous n’aimons pas les Chinois. Nous aimons les chansonnettes européennes ; mais nos chansons sont plus belles, plus nourrissantes qu’elles. ET notre 4x4 militaire est la meilleure Jeep du monde !

Nous nous saoulons à la vodka et aimons les Ferrari L’intelligentsia commet toujours la même erreur. Elle accuse les détenteurs du pouvoir, pas le peuple. De quoi d’ailleurs accuser le peuple ? Du fait qu’il soit le peuple ? La classe éclairée voit dans le peuple un objet de l’Histoire, son enclume, pas un sujet en soi. Nous pensions qu’il était une mine. Il a produit les meilleurs du XIXème siècle, Dostoïevski, Tolstoï. Presque tous nos écrivains, les représentants de la littérature paysanne et Soljenitsyne pensaient ainsi. Mais le peuple s’est révélé être un cercueil plein d’entrailles pourries. En 2014, le cercueil a été ouvert, libérant une odeur à couper la respiration. Que se passera-t-il ? Rien. Ce qui était caché a été montré. Pour une petite minorité. Après un certain temps on pourra de nouveau se tourner vers l’Europe, bien que nous ayons donné de sérieuses raisons aux Polonais et aux Baltes de nous haïr, et même aux Bulgares d’être troublés. Nous n’entrerons pas en Europe, pas même par le chas d’une aiguille, parce que nous, notre petite minorité, nous y allons à contrecœur. Nous nous saoulons à la vodka et nous aimons les Ferrari. Nous aimons notre monstruosité. Nous portons aux nues Flaubert et Moscou sur Vodka. Nous pouvons être un Européen russe ou un demi-Européen, mais ça ne marche pas. Il n’y a pas d’Européen français ou polonais. Nous voulons être Européens, mais emmener avec nous notre monstruosité. Ni naissance, ni Renaissance. Du temps de l’Union soviétique nous survivions parce que notre absence de foi dans l’utopie croissait et multipliait. Nous étions gouvernés par des parasites. C’est seulement maintenant que les vannes ont été ouvertes. Il n’y a pas de mal à cela. Doit-on vraiment être des épigones de l’Europe, rassembler nos forces pour dépasser le Portugal ? Les vannes sont ouvertes. Cependant ce n’est qu’une question de temps avant que nous soyons de nouveau dominés par des parasites et que la vieille guerre entre deux virus, l’impérial et l’européen, reprenne dans l’organisme de la Russie. Seulement, on ne peut guère espérer que notre peuple se laisse infecter par le virus européen. »