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Territoires

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Le territoire russe s’est fragmenté avant même que le pays n’ait été dépecé : près des deux-tiers du pays est entré dans un processus de décroissance et retour aux conditions pré-modernes, « dé-modernisation » qui accompagne la sur-modernisation des métropoles comme l’explique Boris Rodoman dans « Novaya polarizatsya russkogo prostrantsva » (la nouvelle polarisation de l’espace russe) Moscou 1998. On parle ici de très vastes régions laissées à l’abandon ; nouveaux territoires de chasse et pêche où la faune réapparait en nombre et se multiplie rapidement… La culture des céréales a été complètement abandonnée, comme la production de fruits, laissant la place à un élevage extensif sur terrains en jachères qui est le plus souvent un élevage de subsistance pour les populations laissées sur place, âgées en règle générale. Parfois cet élevage est stimulé par des acheteurs de viande qui ont encore le moyen d’acheminer les bêtes vers les abattoirs et faire acheter cette viande par la grande distribution, parfois ces exploitants suscitent la venue d’un nouveau type d’éleveurs capable d’organiser la production pour répondre plus vite et mieux aux besoins de quelques gros clients. De même que les maraîchers qui s’établissent le long de la Volga, ces éleveurs plus dynamiques sont souvent des migrants d’Asie centrale ou du Caucase. Ils suppléent à la disparition de la paysannerie qui est atomisée et privée de moyen, se maintenant efficacement là où les structures socialistes ont été conservées – les Kolkhozes honnis mais encore tolérés vingt ans après la fin du collectivisme (NB en Biélorussie ils ont subsisté). À partir des années 2005-2010, ces anciennes structures collectives sont transformées en véritables entreprises privées par un patronat soudain soucieux de productivité agricole et d’autarcie. Le rendement de ces entreprises est en effet satisfaisant pour ce qui concerne les céréales : la Russie exporte autant que l’Ukraine alors qu’elle en dépendait auparavant pour ses propres besoins. Les deux pays sont exportateurs alors que l’URSS ne subvenait pas à ses besoins. En l’absence d’ouvriers agricoles c’est un prolétariat importé et dépourvu de droits sociaux qui travaille la terre : essentiellement des Ouzbeks et des Tadjiks. Si les formes de l’exploitation industrielle des terres arables inquiètent les écologistes, ils se focalisent à raison sur le problème bien plus préoccupant de la non-gestion des forêts, de l’abatage massif en Sibérie (pour les besoins de la Chine), des incendies ravageurs d’étendues immenses. Dans le contexte de ce qui est qualifié d’opération spéciale extérieure et qui sert entre autres à limiter toute expression de désapprobation des politiques conduites en quelque domaine que ce soit, les mobilisations pour la défense de la forêt semblent le seul espace laissé à une expression citoyenne. Un combat âpre et interminable est livré avec les municipalités pour une gestion plus propres des déchets. Les militants contre des extensions urbaines ou industrielles sont bien-sûr inquiétés mais en général laissés en liberté ou relâchés. Quelques ONG poursuivent leurs activités comme celle qui publie ce communiqué :

« 14.06.2022 14:03 La culture forestière sur les terres agricoles à nouveau interdite Un décret du gouvernement russe du 8 juin a introduit des modifications "prohibitives" aux règles de la culture forestière sur les terres agricoles abandonnées. Selon le Forum forestier de Greenpeace Russie, le potentiel nuisible de ces amendements peut être comparé au Code forestier destructeur de 2006 ou à l'élimination du Service forestier fédéral en 2000. Comme "Ecoborona" l'a déjà écrit à maintes reprises (https://vk.com/ecoborona), les écologistes ont réussi à faire légaliser la culture forestière sur les terres agricoles désaffectées. En 2021, sous la pression des écologistes, le législateur a adopté la réglementation la plus favorable à ce type d'activité : notification, réglementation administrative minimale et possibilité de travailler avec des forêts ayant déjà poussé sur des terres arables ainsi qu'à la création de nouvelles forêts. Aujourd'hui, tous ces efforts herculéens déployés pendant de nombreuses années ont été réduits à néant : d'un seul trait de plume, le gouvernement a remplacé le caractère déclaratif de la sylviculture par une sylviculture permissive et a imposé une série de restrictions sévères dans ce domaine, qui rendent la culture de la forêt presque impossible. Le résultat de cette "réforme", comme le pense Greenpeace, sera les tendances négatives suivantes : - Un retour des propriétaires de champs agricoles envahis par la végétation à l'ancienne pratique consistant à les brûler (afin de ne pas encourir le risque d'amendes), et à la clef une nouvelle propagation incontrôlée des incendies du fonds forestier ; - pénurie et augmentation du coût du bois de chauffe ; - privation de perspectives de développement économique et de sources de revenus pour de nombreuses zones, où l'agriculture ne peut se développer en raison d'un climat rigoureux, - Incapacité de mettre en œuvre des projets forestiers. Ce qu’on vient d’énumérer concerne d'immenses zones - selon les calculs des écologistes, environ 75 millions d'hectares de terres agricoles en Russie ont été mis hors d'usage et pourraient être mis à profit pour la reforestation. "Et ensuite ? Quoi qu'il en soit, nous n'abandonnons pas. L'époque est aux interdictions stupides, mais cela ne peut pas durer éternellement", estime Greenpeace. - Tôt ou tard, le bon sens reviendra et la futilité de l'approche restrictive et répressive de la sylviculture et du développement rural en général deviendra évidente. Nous nous efforcerons de faire en sorte que cela se produise le plus rapidement possible, et que le moins de forêts et de personnes possible souffrent de cette interdiction néfaste. »