" /> Une réplique - Dombast

Dombast

Si vous fermez la porte à toutes les erreurs, la vérité restera dehors.

Une réplique

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Ayant été de ceux qui conservèrent longtemps des illusions sur le caractère subversif de l’art contemporain et attendirent confusément d’une mort déclarée des arts plastiques et visuels qu’elle ouvre la voie d’une sorte d'esthétisation de la vie même, qui, à tout le moins, introduirait une sorte d’ "after" intervenant après la consomption et réduisant à néant la consommation, un « après-art » d’une radicalité inimaginable… Parce que nous avons aussi misé sur les formes musicales de la rébellion des jeunes dans les pays dits développés, avons ausculté les effets sur les publics d’une expression débridée et d’une parole émancipée, dans les pays d’Europe orientale précisément, nous suivons toujours avec attention ce qui s’échange dans les milieux créatifs russes. Le texte ci-dessous est signé par un artiste, théoricien et commissaire d'exposition moscovite, Anatoly Felixovitch Osmolovsky, l'un des plus brillants représentants de l'actionnisme moscovite, connu pour avoir animé le mouvement E.T.I. ("Expropriation du territoire de l'art") de 1989 à 1992. Lauréat du prix Kandinsky dans la catégorie de l'artiste de l'année en 2007. Critique du Pop-Art et très opposé au post-modernisme, Osmolovski défend l'engagement frontal. E.T.I. s’était distingué le 31 décembre 1990 en apportant sur la Place Rouge un réfrigérateur, dans lequel ils ont placé un buste de Lénine, qu’ils ont essayé de vendre en vain. Plus sensationnelle fut la performance TEXT du 18 avril 1991 sur la Place Rouge. Les 14 participants ont utilisé leur corps pour écrire sur le sol pavé une grossièreté en trois lettres qui signifie en principe « couille » mais dans les occurrences de ce genre pourrait se traduire par « on l’a dans le cul ». Ce type d’action a fait école, inspirant les Nez bleus et Oleg Koulik dont les performances publiques ont été similaires jusqu'à la fin de la première décennie du siècle en cours. Dans posle.media ce 15 juin, Osmolovski sous-entend que la liberté artistique était plus grande en 1915 qu'en 2022 : « Poser la question "L'expression artistique est-elle possible en Russie aujourd'hui ?" est en soi un verdict sur la société qui pose cette question. Si une telle question avait été posée dans le passé, l'art en tant que phénomène n'aurait jamais existé. Dans un passé relativement récent, il convient de rappeler que l'exposition historique "0.10", qui présentait le cycle suprématiste de Malevitch avec le "Carré noir" en tête, ainsi que les contre-reliefs de Tatlin, a eu lieu en décembre 1915. À un moment où la civilisation était aux prises avec le constat d'une impasse militaire totale sur les fronts, des pertes sans précédent et l'utilisation d'armes chimiques - la première forme de destruction massive. Sitôt posée, cette question disqualifie l'art, soulignant son insignifiance, et sa perception par la société comme un divertissement. Après tout, qu'est-ce qui ne peut être toléré dans les œuvres de deuil, d'indignation ou de protestation ? Exactement ce qui relève du divertissement. Mais l'art n'est pas un divertissement. Même s'il est aujourd'hui compris exclusivement de cette manière. Bien sûr, l'ère postmoderniste a fortement déplacé l'accent, faisant entrer en scène des auteurs spécifiques et créant une atmosphère de carnaval sans fin. Mais même le carnaval a sa dimension politique. La dégradation universelle se manifeste également par l'incapacité à distinguer et à séparer. C'est une caractéristique des sociétés primitives. Quel genre d'art est l'art si la tribu est affamée ? Mais l'humanité a émergé au moment précis où elle a appris à se diviser. Les points de croissance et la capacité de réflexion dépendent précisément de ces sphères qui sont isolées dans la communauté humaine de manière délibérée (parfois même violente). En ce sens, l'autonomie de l'art était un concept très progressiste. Au lieu du postmodernisme insouciant, un autre art devrait venir, un art dont le poids pourra ignorer de telles questions. C'est ce genre d'art qui donnera sa chance à l'humanité. Et, bien sûr, une conversation sérieuse sur le sujet est attendue depuis longtemps.»