" /> Maccarthysme ukrainien - Dombast

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Si vous fermez la porte à toutes les erreurs, la vérité restera dehors.

Maccarthysme ukrainien

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Il est clair comme de l’eau de roche que le régime de Kiev a fait un choix d’alignement sur l’Europe démocratique et tolère généralement mieux les dissidences, dissonances internes et conflits de politiciens que ne le fait l’autocratie moscovite, que la Rada est une arène de vrais débats (non sans voies de faits) alors que la Douma est une simple chambre d’enregistrement. Cette évidence ne doit pas masquer un phénomène patent : la justice ukrainienne, toujours fortement imprégnée d’usages et méthodologie soviétiques, se sert d’outils répressifs d’un autre âge pour faire la chasse aux séquelles de … soviétismes dans la société ukrainienne, à l’instar de la police, connue pour être plus brutale et corrompue que celles des nations voisines. Police et justice semblent vouloir se dédouaner et faire la preuve de leur alignement sur les motifs idéologiques qui constituent la seule doxa admise. Un maccarthysme à faire pâlir des Américains est ainsi en vogue en Ukraine, surtout à l’ouest du pays, là où l’occupation par les troupes de Staline n’est pas encore digérée. Un récent arrêt d’une cour de Ivano-Frankovsk met en colère notre ami Dadakinder https://ifr.gp.gov.ua/ua/news.html?_m=publications&_c=view&_t=rec&id=316148

« Pour le plus grand bonheur des propagandistes du Kremlin, une citoyenne ukrainienne a été condamnée à cinq ans de détention : de 2019 à 2022, elle a "distribué systématiquement" et "utilisé publiquement des matériaux représentant des symboles du régime totalitaire communiste" "sur le réseau social interdit VKontakte".

Quel genre de signal cela envoie-t-il à la société ?

Qu'il est possible d'être condamné en Ukraine pour des publications sur les réseaux sociaux. Et cela signifie que l'on ne peut pas exprimer ses opinions ouvertement. On peut même aller en prison pour de vieux messages.

L'objectif de ce verdict - effrayer les personnes indésirables - est atteint en restreignant les droits civiques partagés : la liberté d'expression et de conscience.

Quel message envoie-t-il aux habitants des territoires du sud-est temporairement occupés, aux personnes issues de familles soviétiques dont les vues peuvent être nuancées sur la période concernée, mais qui, d'une manière ou d'une autre, ne veulent pas se dissocier de leur histoire et des symboles hérités de leurs parents ?

En Ukraine, leur identité et sa manifestation sont criminalisées. Des millions de nos concitoyens sont placés devant un choix angoissant, dans lequel ils doivent soit renier eux-mêmes et leur identité, se faire passer pour quelqu'un d'autre et vivre dans une armoire, soit collaborer, ou du moins ne pas interférer avec la promotion d'un occupant qui leur montre un dessin animé compréhensible les informant que, sous la botte des ogres de Poutine, ils n'auront du moins pas à jeter l'étoile de leur grand-père dans les toilettes.

On peut discuter de tout cela pendant longtemps, mais il est évident qu'il n'y a aucune intelligence derrière de tels verdicts, car elle suffirait à se rendre compte qu'en situation de guerre, avec un ennemi qui avance et la menace d'une occupation, il n'est pas indispensable de jouer avec ces questions délicates et d'affaiblir le pays. L'effet pourrait être très désagréable pour l'Ukraine. Et la Russie ne fera que rafler la mise. Ou bien est-ce que la chose n'est jamais arrivée ?

Comment un résident conditionnel de Kherson occupé doit-il réagir à cette nouvelle ? Qu'attendront les populations de Donetsk et de Louhansk en Ukraine avec de tels verdicts ? Des verdicts qui servent l'agresseur et sont la forge du pro russisme. Est-ce notre façon de montrer ce que nous entendons par réintégration ? (du Donbass NdT)

Disons la Crimée reprise, le Sud et l'Est sont les prochains sur la liste, mais le bureau du procureur régional d'Ivano-Frankivsk est imperturbable : une nana a affiché sa nostalgie sur cassette et maintenant elle va aller en prison pour 5 ans ? Sérieusement ? Qu'est-ce que ça veut dire ? "L'activité illégale a été découverte par des agents du service de sécurité avec la participation de la police nationale". Vous appelez ça combat contre le "sovok" ? (la pelle à ordure, terme désignant l’URSS NdT)

Tout ceci est à courte vue. Plus il surgit de nouvelles de ce type des fronts de la lutte pour notre démocratie, plus nos partenaires occidentaux auront de raisons de la qualifier de nid de crapauds et vipères, et de s'en aller régler leurs problèmes seuls, continuant à condamner de loin l'agresseur mais à moindre coûts.

2 Une présentatrice ukrainienne est assise et, une heure durant, explique aux patriotes du clavier pourquoi ses streams sont en russe, "oui j’apprends l'ukrainien, mais je ne l'ai pas encore en bouche, je veux le faire, j’y suis presque, n’allez pas croire que"… bref elle improvise. C'est un spectacle vraiment horrible et humiliant. Ce n'est pas elle qui devrait avoir honte, ce sont ceux qui mettent quelqu'un sur la sellette comme ça.

La vraie réponse est simple : elle diffuse ses streams en russe, car c'est sa langue maternelle. Une des langues de la diversité culturelle ukrainienne. Et de communication internationale. Qu'est-ce qui n'est pas clair ? Pourtant "clair" que ça ne change rien au fait que Poutine soit un connard.

La langue maternelle est votre maison. Qui n'est pas la Russie et ne lui appartient pas. Tout comme l'anglais n'appartient pas à la Grande-Bretagne. La langue maternelle est la langue de vos parents. De vos pensées. De votre cœur, le Moi. Qui peut et doit être augmenté par toutes sortes de langues, enrichi par elles, mais il ne peut pas être tout bonnement effacé pour des raisons d'opportunité politique ou par patriotisme.

Toutes ces transitions brusques et démonstratives vers l'ukrainien sont du théâtre digne d'une réunion de parti. Si les geeks sociaux vous disent que votre langue maternelle est la langue de l'ennemi et que, par conséquent, on remet en question votre épanouissement social et économique dans cette langue dans votre pays, votre désir d'adhérer à un tel pays et ce pays lui-même seront remis en question.

On ne souffre pas assez ? Ça ne fait pas assez mal ? Multiplions cette souffrance ! punissons-en certains, emprisonnons-les, faisons-les taire, forçons les à implorer le pardon à genoux. C’est de cala qu’il s'agit, mes amis ?

Tu ne peux pas jeter grand-père aux chiottes. Tu ne peux pas non plus annuler maman et papa. Peu importe à quel point ils sont ‘soviétiques’ et ‘ouatés’. Ça reste votre famille, votre sang, votre culture, votre histoire. Et aucune loi ne peut faire qu'un simple individu puisse, à sa guise, la traquer en vous.


Au sujet de la conscription :

Il ne peut y avoir de patriotisme sous le fouet ; seulement volontaire. Et ce n'est que dans ce cas que celui-ci est sincère. Lorsque l'État interdit aux hommes de quitter le territoire de leur pays, on ne parle plus de patriotisme ni de héros, mais d’escouades d’obstruction et d'otages.

Si l'État insinue que le succès de son armée dépend des défenseurs déchaînés et forcés de la patrie, cet État et cette patrie ont de sérieux problèmes. De telles insinuations ne favorisent en rien un sentiment patriotique vif.

Comme la démocratie, la lutte de libération nationale ne peut pas descendre d'en haut. Sa source est le peuple, qui n'a pas besoin d'ordres. Et il se bat pour la liberté sur la base de sa propre volonté. Sinon, c'est une autre histoire.

Si mon pays me dit que ma volonté ne compte pas, que ma patrie est plus importante que ma vie, alors je me pose un certain nombre de questions sur l'opportunité de mon sacrifice pour ce pays.

Après tout, quel est l'objet de la protection si ce n'est la vie des citoyens ukrainiens ?

Je vois les choses ainsi : quelle que soit la quantité de terre que la pieuvre de Poutine a arrachée, elle ne peut pas détruire l'Ukraine, qui est vivante et vivra dans son peuple.

Le statut d'État ? Oui, en mordant sur la terre, on peut l'enlever. Mais comme des siècles d'histoire ukrainienne l'ont montré, cela n'arrête pas le peuple ukrainien en soi. Tandis que la mort, oui.

Moins il y a d'Ukrainiens, moins il y a d'Ukraine. Je veux dire que la valeur la plus élevée de l'Ukraine est l’homme ukrainien porteur d’Ukraine, et pas l’hectare ukrainien.

D'autre part, l'hectare ukrainien permet à l'Ukrainien de manger à sa façon et d'être à sa façon. Organiser son monde à sa façon. Et la personne ukrainienne ne vit pas dans un espace verbal, mais sur un hectare ukrainien, qui, s'il est saisi, peut priver la personne ukrainienne de sa vie. Ce qui est, en fait, ce que la Russie fait...

En somme, la question est compliquée et je n'ai pas de réponse universelle. Il reste à y répondre en privé - chacun pour soi. Mais c'est là le problème.

L'État refuse à un Ukrainien le droit de décider lui-même comment sauver l'Ukraine du fascisme du Kremlin : en se sauvant avec sa famille loin de l'entonnoir sanglant, ou en sautant dedans ? En travaillant dans un institut à Berlin, ou en agressant les occupants ? La réponse dialectique est : les deux.

Chaque Ukrainien devrait avoir le choix de l'action. Soit nous créons un pays où la vie humaine est au-dessus de tout et, par conséquent, nous respectons la subjectivité de chaque personne, soit nous aurons un conflit d'intérêts, de valeurs et, je dirais même, d'instincts.

https://t.me/dadakinder