" /> Un spectre - Dombast

Dombast

Si vous fermez la porte à toutes les erreurs, la vérité restera dehors.

Un spectre

- Posted in Sans catégorie by

Le personnage de Bandera fascine les Ukrainiens et les divise. Il faut avouer qu’il sort franchement de l’ordinaire. Dans l’ensemble, son culte est répandu dans la moitié occidentale du pays, suivant un ligne à l’ouest de Jitomir et Vinnitsa. Le reste du pays ne le reconnaît pas forcément pour sien et surtout pas les gens du Sud qui ne sont pas d’ethnie ukrainienne stricto-sensu et dont les aïeux ont pu subir des avanies de la part des partisans de Bandera. Les questions juive et tsigane sont bien-sûr les plus sensibles mais pas seulement. D’ailleurs les premiers combats de Bandera furent livrés contre la Pologne et pas contre les minorités installées en Ukraine. Ce n’est qu’avec la seconde guerre mondiale et les ingérences allemandes que Bandera tourne sa vindicte contre la partie russifiée de l’Ukraine. Encore que ses troupes n’aient guère eu l’occasion d’y agir, les nazis se méfiant de ce nationaliste ombrageux.

Se réclamer de Bandera fut bien porté en Ukraine jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Porochenko qui, sous la pression de ses sponsors allemands, écarta les politiciens trop nationalistes. Avec Zelenski, qui se présente comme Juif et a composé une équipe où les russophones de naissance sont majoritaires et rarement de purs goys, le personnage encore exalté en 2014 se trouve remisé dans un passé qu’on veut révolu. Cependant, il reste beaucoup d’ultras dans l’appareil administratif, policier et même diplomatique. La question Bandera vient d’interférer dans les relations avec la Pologne.

Andriy Melnyk, ambassadeur d'Ukraine en Allemagne, est connu pour ses déclarations acerbes sur les hommes politiques d'autres pays, comme lorsqu'il a déclaré que Berlin laissait tout simplement tomber l'Ukraine, ou tancé Scholz et Macron... Cette fois-ci, le malentendu est venu d'une interview à la TV polonaise, dans l’émission Jung & Naiv Warsaw, où ce qu’il a dit sur Bandera provoqué un tollé.

L'ambassadeur a notamment déclaré que Bandera était un "combattant de la liberté" et qu'il n'avait rien à voir avec le meurtre de masse des Juifs et des Polonais : "J'ai visité sa tombe parce qu'il est important - pas pour moi personnellement, mais pour tellement d'Ukrainiens, car il incarne la lutte pour la liberté. Insoumis, sorte de Robin des Bois est vénéré par nous tous", a déclaré M. Melnyk.

Le journaliste a répondu en disant que les hommes de Bandera avaient quelque chose à voir avec le meurtre de masse des Polonais. "C'était la guerre.... Voudriez-vous politiser ?" - a demandé Andrzej Melnyk. Comme l’interlocuteur objectait que les partisans de Bandera ont été impliqués dans le meurtre de centaines de milliers de Juifs, Melnyk a répondu que c'était faux et qu'il n'y avait "aucune preuve" de cela : "C'est un récit que les Russes imposent jusqu'à ce jour et qui bénéficie d'un soutien en Allemagne, en Pologne et aussi en Israël", a déclaré l'ambassadeur.

Gênant. Zbigniew Rau, ministre polonais des Affaires étrangères, a tenu à faire une note verbale et s’entretenir avec Dmytro Kuleba, son homologue ukrainien, stigmatisant les grossières falsifications de l'ambassadeur d'Ukraine en Allemagne. Oleh Mykolenko, porte-parole du ministère ukrainien des affaires étrangères, a estimé que "rien ne peut diviser les deux pays" et que les propos de M. Melnyk étaient "son opinion personnelle et ne reflètent pas la position de notre ministère".

Cette affaire met en lumière les divisions de l’appareil dirigeant en Ukraine et il est malvenu d’évoquer le guérillero des années 1940 alors que la lutte contre son héritage est un des alibis principaux de Poutine.