D’obédience plutôt patriote, el-Murid s’exaspère :
« Une conséquence implicite de l'opération spéciale est une réduction significative et très rapide de la gamme de distribution du soi-disant standard soviétique d'armement.
En Ukraine, avant le 24 février, la proportion d'armes standard de l' OTAN n'était que de quelques pour cent ; aujourd'hui, elle a été multipliée par dix. Les pays de l'ancien Pacte de Varsovie, dans le cadre de leur aide à l'Ukraine, ont littéralement jeté les restes de l'ancien équipement soviétique encore en service ou stocké.
Tout cet équipement, ces armes et ces munitions disparaissent rapidement dans les flammes de la bataille. En fait, un énorme marché se libère, qui sera rempli - et naturellement rempli d'armes au standard dit "OTAN".
Si l'on recourt à la classification des guerres de Peresleguin, la guerre d'Arès (guerre sur le champ de bataille), bien que son résultat ne soit pas encore tout à fait clair, a déjà clairement conduit à une victoire de l'Occident dans sa guerre d'Athènes : une guerre sur les terrains de la technologie et les normes. Le standard soviétique réduit fortement sa présence dans le monde, perdant non seulement son territoire mais aussi son attrait pour les acheteurs, car la fantastique médiocrité des chefs militaires russes qui utilisent les armes de la manière la plus primitive fait la preuve de problèmes considérables par rapport aux armements occidentaux. Et, bien sûr, les clients potentiels tireront inévitablement des conclusions de l'expérience de ce conflit.
Les plus gros acheteurs d'armements russes des pays technologiquement avancés (suffisamment) comme l'Inde ou l'Indonésie sont susceptibles de réduire considérablement leurs achats d'armements russes. Il ne restera que des pays semi-primitifs tout à fait sauvages, qui se contentent de quelque chose de légèrement plus sophistiqué qu'une lance ou un arc.
Le complexe militaro-industriel occidental (principalement, bien sûr, le complexe américain) a l'occasion d'étendre considérablement les marchés pour ses produits sans investir un centime dans une campagne publicitaire. Le Kremlin a tout fait pour lui, et a payé la campagne de publicité sur ses propres deniers. » 18 aout 2022
C’est bien en effet à quoi on aboutit dans un premier temps. Alors qu’en outre on dépense sans compter des réserves immenses de matériel ancien qui ne sera plus remplacé puisque la capacité industrielle du pays est très inférieure à ce qu’elle était il y a trente ans. En ce sens, même si l’Ukraine est défaite ou du moins trop ravagée pour se croire victorieuse, l’Occident sortira dans l’ensemble vainqueur car le vieux déséquilibre en termes d’armes conventionnelles se trouvera combé et la Russie cessera d’être une menace ; la Chine n’en étant pas encore vraiment une. La chose a du bon. Mais le revers de la médaille n’est pas le même pour nous qu’aux yeux du patriote russe lambda : nous devons craindre que des pays émergents et conquérants, acheteurs d’armes occidentales en même temps que constructeurs de leurs propres outils ne se sentent pousser des ailes et se lancent à l’attaque de leurs faibles voisins dotés de vieux matériel soviétique. La Turquie a ouvert la voie au Caucase, elle pourrait pousser son avantage ailleurs, et donner de mauvaises idées à d’autres pays à la démographie ascensionnelle.
