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Regard sur la Chine

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Les dirigeants russes manifestent une confiance aveugle en les capacités de la Chine et c’est cette certitude qui les conduit à adosser leur pays à un géant pour lequel ils n’ont pas beaucoup de sympathie. La population de croit pas en l’amitié des Chinois, les intellectuels craignent leur cruauté, leur rapacité en affaires et surtout leur rancune, la mémoire longue d’une nation plurimillénaire. Ils n’oublient ni ne pardonnent, ils ne laisseront pas les frontières inchangées… Cependant, l’inquiétante Chine a ceci de rassurant qu’elle est ordonnée comme un régiment et pas du tout divagante, comme peuvent l’être les peuples d’Inde et du Moyen-Orient. La Chine livre ponctuellement des biens manufacturés, la plupart des Russes doutent que l’Inde en soit capable et pensent que les USA sont coincés. El-Murid, qui semble connaître un peu la Chine, n’est pas de cet avis :

« Apple produira la série des iPhone 14, y compris l'iPhone Max et l'iPhone 14 Pro Max, en Inde dans l'usine de Foxconn.

Ce n'est pas une bonne nouvelle pour la Chine. Le processus de déplacement de l'industrie manufacturière de haute technologie hors de son territoire n'est pas rapide, mais s'il prend de l'ampleur, la Chine va se muer en expéditeur mondial, mais les grappes de haute technologie vont migrer vers des pays dont les dirigeants ne se font pas tant d'illusions sur leur grandeur et leur droit à la domination mondiale.

Il n'y a rien de mal à la grandeur. Mais elle va de pair avec la marche en rangs et les éternels conflits avec ceux que votre grandeur n’intéresse pas. Et dans ces conditions, les systèmes complexes (qui font aujourd'hui de la haute technologie quelque chose qui se situe à la frontière entre la science, l'art, le rationnel et l'irrationnel) sont très inconfortables.

Paradoxalement, les systèmes autoritaires font des percées dont profitent les systèmes démocratiques et libéraux. Dans les systèmes totalitaires, vous ne pouvez ni les créer ni les utiliser. Les sociétés sont des systèmes de gouvernance purement autoritaires, mais dès qu'une société ne parvient pas à trouver un équilibre entre les deux modèles de gouvernance, elle plonge très rapidement. Maintenant, par exemple, Meta (anciennement Facebook) s'est rapproché de cet état. La Chine est une société d'État et ces règles s'appliquent à elle aussi.

La différence entre l'autoritarisme et le totalitarisme est que l'autoritarisme spécifie ce qui est interdit, tandis que le totalitarisme spécifie ce qui est autorisé. En fait, cela signifie que la gouvernance autoritaire a un modèle éthique (toute éthique est toujours un ensemble de restrictions, les Dix Commandements qui définissent le "code moral" d'un vrai chrétien sont un ensemble d'interdictions de base). La gouvernance totalitaire, en revanche, perd son fondement éthique et ses repères psychologiques.

La Chine, avec son mélange infernal entre le projet d'une percée permettant la maîtrise du monde et le maintien de sa base propre de camp de concentration interne et de "crédit social", glisse objectivement vers le totalitarisme. Et il ne s'agit même pas d'une question d'idéologie (en Chine, l'idéologie s'est depuis longtemps transformée en un rituel sans rapport avec la vie), mais précisément des conditions préalables objectives. Les deux projets de la Chine - externe et interne - la conduisent directement soit au totalitarisme avec un arrêt de son développement, soit à son effondrement au cours de la transition vers cet état. Quoi qu’il en soit, toute victoire de la Chine sera inévitablement une défaite différée, car elle implique une stagnation inévitable à la fin. »