L’un des axes majeurs de la propagande du Kremlin est la mise en valeur d’un sentiment antirusse dont les soutiers de la presse gouvernementale estiment avoir identifié de longue date les vecteurs et les propagateurs dans toutes les nations rivales ou ennemies de la Russie. Le russophobe est en règle générale un Occidental ou un Extrême-Oriental très imbu de sa civilisation supposée supérieure à celle des bouseux de la steppe et de la taïga. Son archétype est le Marquis de Custine, voyageur français qui s’effraya de la dureté, des justifications mensongères et des mensonges par omissions du régime de Nicolas Ier. Les intellectuels russes issus des classes aisés qui ont par la suite approuvé les critiques de Custine sont russophobes par imprégnation. Pour les conservateurs, l'église et tous les partisans de Poutine, la honte de soi est un effet de l’interpénétration avec la culture occidentale et l’urgence est donc de couper tous les ponts de manière à éviter l’effet des modes et des flux d’informations.
La question qui mérite d’être posée est celle-ci : la véritable russophobie n’est-elle pas le fait d’une élite qui a placé tous ses avoirs en devises fortes en banques internationales et fait résider ses familles hors du pays ? Ne s’avère-t-elle pas une des vicissitudes essentielles d’un exécutif militarisé qui dépense sans compter les vies humaines ? Et ravage des territoires dont le repeuplement sera lent et probablement plus mélangé de populations d’origine asiatique ? Car les reconstructeurs de la vaste région que Moscou veut soustraire à l’Ukraine, la Novorossiya https://fr.wikipedia.org/wiki/Nouvelle-Russie_(projet_d%27%C3%89tat) seront recrutés dans les régions à démographie dynamique du Caucase et d’Asie centrale.
Ainsi, contrairement à l’idée erronée que se font les droites européennes d’un régime poutinien authentiquement nationaliste et attaché à l’idée de restaurer une Russie puissante et peuplée, ressouder les populations de trois pays slaves et orthodoxes en un ensemble unique, etc. la réalité démontre qu’au contraire la catastrophe démographique des Slaves laissant la Russie sans main d’oeuvre est en partie comblée par le flux de migrants sans perspectives dans leurs pays d’origine. Outre la carence de main d’oeuvre pour le bâtiment et l’agriculture, le manque de recrues pour l’armée est très sensible au moment où la Russie entend relancer des conflits frontaliers afin d’arrondir son territoire pourtant dèjà très vaste… on cherche des soldats dans les prisons comme le déplore la chaîne VTchK OGPU :
« Une source de VTChK-OGPU a fait savoir que le recrutement pour la guerre en Ukraine était devenu actif non seulement dans les quartiers de haute sécurité, mais aussi dans les colonies pénitentiaires de régime commun. En particulier, le recrutement se fait actuellement dans la colonie pénitentiaire n° 6 de la région de Toula. Auparavant, le recrutement était effectué dans la colonie correctionnelle n° 1 et la colonie correctionnelle n° 5 (toutes deux à régime strict) de la région. Selon nos données, un total de 500 prisonniers de la région de Toula ont écrit une demande pour devenir volontaires. Environ le même nombre de demandes a été rédigé dans les colonies de l'Oblast de Ryazan. Si ces chiffres ne sont pas très bons, c’est qu’après tout, les colonies de ces régions sont considérées comme relativement confortables par rapport au temps de service militaire. Autre climat dans les colonies en Sibérie, dont beaucoup sont spécialisées dans la "rééducation" des prisonniers. Il y a là-bas beaucoup plus de personnes prêtes à faire du bénévolat. Mais tous les "records" sont battus par les colonies d'anciens employés en Mordovie, à Nijni Taguil, dans la région de Riazan et à Nijni Novgorod. Selon la source, en général, deux personnes qui se présentent comme des employés du Service pénitentiaire fédéral parlent au prisonnier. Cependant, on soupçonne qu'ils servent en réalité dans une autre agence (Wagner NdT). Les prisonniers ont une "chance unique" de quitter les murs de la colonie, de partir au combat, puis de revenir non pas à la colonie pénitentiaire, mais à une vie de liberté. En outre, il est garanti que le casier judiciaire sera effacé. La nécessité de protéger la patrie, ses enfants et ses proches est également mentionnée. »
Autre source, de toute autre obédience politique, le canal Tolkovatel de Pavel Pryannikov : « On nous rapporte les premières impressions de ceux qui viennent d'arriver à Donetsk et à Louhansk : on n'y voit plus d'hommes dans les rues. La plupart ont été emmenés au front, certains se sont enfuis en Russie ou se cachent pour éviter la mobilisation. C’est de toute évidence un miroir éclairant du monde russe : un royaume de femmes. Qui est principalement le domaine des femmes âgées. Le monde unisexe. On l'a déjà vu dans la partie la plus centrale du pays : dans les villages et les townships mourants. Mais dans les entités DNR et LNR, ce monde des femmes russes s’est étendu à de grandes surfaces et sur des zones autrefois urbaines. Le leadership, cependant, reste toujours masculin. Mais nous allons voir si des changements vont être observés ici aussi - comme on a vu dans un autre espace de catastrophe humanitaire - au Rwanda, où le pouvoir de la base a été transféré aux femmes. Si j'étais féministe, j'étudierais ce processus d’extension du territoire des femmes. »
Le corps expéditionnaire russe semble épuisé. Mais pas avachi : il subit de gros revers et perd le moral mais ne plie pas, ne se débande pas. Et il va être gonflé de 90 mille nouvelles recrues qui quiteront dans les prochains jours les cmaps d’entrainement de l’Oural et de la Volga, notamment la région de Nijni-Novgorod. Ces qatre-vingt-dix mille nouveaux combattant sont censés effectuer une percée pour encercler Zaporojiya.
