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Elites et peuple

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Ne vous méprenez pas ! Nous ne sommes ni populistes ni nostalgiques du prolétariat imaginaire dont le régime soviétique voulait faire croire qu’il tenait la tête de l’État. S’il est arrivé que d’authentiques prolétaires prennent les rênes après Staline, le bilan de leur pouvoir n’est pas assez honorable pour qu’on regrette leur effacement. L’ascenseur social qui entre en service après les purges qui ont frappé les milieux instruits amène au sommet des dirigeants incultes et imperméables projet de dépassement de la sombre condition humaine dont s’étaient réclamés les Bolcheviks. La sensation d’étouffement qui en résulte explique largement le désir de vengeance qu’exprimera l’intelligentsia en même temps qu’elle pousse la société entière à rejeter l’idéologie égalitariste. Une nouvelle bourgeoisie émerge qui ne cachera aucunement son profond mépris du peuple. Se faisant, elle oublie que les termes dont elle use ne lui viennent pas des élites éclairées de l’époque tsariste mais des bourreaux de l’ère des purges. Ainsi du mot “bétail“ que la bonne société moscovite emploie pour désigner les masses, qui est entré en usage pendant les grandes déportations, le Holodomor etc. C’est du moins ce que relate le transfuge Viktor Andreïevitch Kravchenko dans son fameux “j’ai choisi la liberté“ paru en 1947, corroborant le témoignage antérieur du général Krivistki https://fr.wikipedia.org/wiki/Walter_Krivitsky

Ayant mesuré les abysses de la veulerie moutonnière, de l’alcoolisme endémique et de l’irresponsabilité sociale des masses soviétiques, nous nous garderons de faire la morale aux intellos, nous contentant de suggérer qu’il ne serait pas mauvais de réfléchir enfin aux raisons de l’échec de leurs conceptions politiques et notamment de s’interroger sur l’incommunicabilité entre les couches sociales dans un pays où les différences de classes furent un temps partiellement gommées… Cette réflexion s’impose parce que sans un minimum d’unité entre composantes du peuple, il ne sera pas possible de se débarrasser de la dictature. Cette évidence semble échapper aux quinquagénaires parvenus au faîte de leurs gloires. De plus âgés, tels que les monuments littéraires vivants V. Erofeev et V. Sorokine, ont traîné dans la boue l’odieux prolétariat abruti et considéré que le fascisme ne pouvait se consolider que grâce à une majorité de Russes trop mal dégrossis, négligeant au passage le caractère prolétarien du mouvement rock, un des vecteurs de la chute du régime. Leur satire a du bon et ne manque pas de fondement, mais il nous semble opportun que de plus jeunes plumes fassent enfin comprendre que le temps du divorce avec les masses est désormais loin et que, continuant à se fonder sur une situation post-soviétique déjà ancienne, la pensée sociale et politique des libéraux moscovites est indigente. La Russie vit depuis trente ans dans une autre système, elle ne paie plus aux mineurs de fond des vacances de rêve en sanatoriums, elle aime l’entreprise. Dadakinder, lui même instruit, émigré et artiste émancipé, secoue ici les libéraux éberlués qu’il connaît de très près :

« De temps en temps, je jette un oeil dans la boîte à idées des élites libérales russes et me convaincs que c'est toujours la même histoire : tout est de la faute du "troupeau" et du "sovok" ; ce "bétail" qu'ils ont trompé, volé et abandonné, préférant manger au restaurant après le vernissage, et la faute du "sovok" (esprit soviétique, collectivisme & misérabilisme NdT), lequel est mort depuis trente ans, remplacé par ce qu'ils ont eux-mêmes apporté pour le remplacer. Et non seulement ils l'ont fait entrer, mais ils ont aussi obtenu que Poutine leur donne la possibilité de se poser à Londres et de parler de là-bas de ce "bétail" qu'ils "ne plaignent pas" parce que "c'est leur propre faute".

Leurs conclusions, elles aussi, sont prévisibles : laissons le "bétail" souffrir d'être poutinisé ; quand il en aura assez de lécher la botte du tsar, il renversera le poutinisme, et alors nous reviendrons de Londres pour les diriger tous et leur apprendre à penser, à comprendre "leur" fascisme. Depuis un bon restaurant, bien sûr.

Ceux-là sont plutôt les libéraux de l'ancienne génération, le sommet étoilé de ce parti, qui ont la capacité financière de tenir sous le choc et dans la perplexité. Pour ce qui est des plus jeunes, qui n'ont pas eu le temps de manger des côtelettes comparables, de s'asseoir à la bonne table dans les institutions de la société bourgeoise de l'Ouest, ou de devenir experts en informatique, comme il advient de gens vraiment intelligents, ces jeunes font maintenant la queue au seuil du "paradis" qu'ils ont eux-mêmes prêché. Ils se lèvent et découvrent qu'il y a déjà bien assez de conservateurs d'art contemporain dans ce "paradis" qui ne les attend pas, que désormais les seuls scénarios disponibles pour leur survie sont de retourner dans le camp de concentration, ou alors de devenir des "déchets" et goûter aux charmes de leur propre médecine ; cet ensemble de démarcations que la nécessité et la classe sociale imposent aux humains.

C'est le moment précis où les jeunes "Atlantes" doivent enclencher leur propre cassette rabâchant que chacun a ce qu'il mérite, et seulement ce qu'il mérite, à la mesure de ses talents et de ses efforts... Alors, ça vous a quelle tête maintenant ?

Oui, aucun d'entre nous ne veut faire ce que le "bétail" a toujours fait pour nous : laver, servir, nettoyer, pendant que le gentleman sirote son petit vin et réfléchit sur les âmes, sur les destins, sur l'époque et l'homme qui la peuple. Nous déclarons au monde que notre devoir est de créer la culture, de produire des significations, alors que le lot des "corvéables" est de récurer la cuvette des toilettes. Mais pourquoi ? Qui nous a titularisé comme "conscience de la nation" ? Qui a dit que nous n’étions pas sa merde ? Nous l'avons dit. Nous nous le sommes dit, à nous-mêmes.

En tant que personne issue d'un milieu libéral, et ayant vécu la majeure partie de ma vie consciente sur la graisse que m’offrait ma classe, je comprends tous ces désirs et ces maux de rassasiés. Mais la vérité est que ceux que la racaille appelle le bétail ne veulent pas non plus nettoyer les toilettes. Personne ne veut rien nettoyer du tout. Pourtant ça doit être nettoyé et il faut que ça tombe sur quelqu'un. Et ce quelqu'un devra le laver, non pas parce que c'est sa vocation, mais en raison de l’humiliante nécessité qui pousse toute personne à survivre, ce dans quoi s'engouffre la classe dirigeante, dont l'intermédiaire est l'intelligentsia libérale, cette bonne conscience de la classe dirigeante, qui fournit la bonne dose de soupirs sur le chagrin des autres.

Non, bande de putes ! le monde n'a pas besoin de vos livres sur le fascisme. Votre art. Vos pensées. Le monde a besoin que, pour une fois, vous quittiez le restaurant, que vous vous mettiez dans la peau du "rustaud" pour comprendre que le "bétail" est humain. Comme nous tous et chacun. Avec les mêmes rêves de bonne nourriture, de passer du bon temps et de faire ce que vous aimez, au lieu de servir quelqu'un qui boit votre sang.

Aujourd'hui, un segment brisé de la bourgeoisie libérale a une occasion unique de faire un voyage de classe dans la réalité du capitalisme ; de faire l'expérience de la position de "bétail clochardisé", et du système qui place l'homme dans cette position. Sur vous-même. Enfin, sur vous-même !

Je suis sûr que cette expérience sera une véritable école pour les humanistes et les révolutionnaires. Ce qui était blanc va devenir rouge. Ce n'est qu'alors qu'elle pourra racheter ses années de rêve privilégié au sujet du fascisme. Racheter son arrogance. Son hypocrisie à l’égard de ceux devraient apprendre et devenir l’honneur de quelqu’un. Dadakinder le 10/08/2022

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« Qu'est-ce qui pourrait être plus russe que les élites libérales russes écrivant depuis l'immigration européenne à quel point leurs compatriotes fuyant la dictature de Poutine vers l'Europe sont dégoûtants ? "Ne les laissez pas entrer !", couine ce salaud de "blanc", qui n'a survécu que parce qu'on les a, le moment venu, laissés entrer, leur donnant l'occasion de manger des côtelettes laminées comme des êtres humains, qu’on a mis sur les ondes des "voix" et des "libertés" pour exprimer les intérêts de l'empire au nom des peuples (allusions aux radios financées par les Etats-Unis NdT). Des nations dont les représentants ordinaires sont privés de leur voix. Les gros bonnets, vers lesquels se tourne le projecteur des vampires, en parlent.

Ils se moquent également du fait que la dictature de Poutine empiète sur l'Afrique, sans réaliser à quel point cela est bénéfique pour tous les impérialismes, et peuvent à peine contenir l'implication raciste du sarcasme sur "l'amitié avec les Papous" qui est si typique de leur public. Genre : nous sommes ici à Berlin et à Londres, parmi les maîtres blancs, et il ne leur reste à eux autres que l'Afrique du Sud et l'Éthiopie. Ce qui, pour un humaniste post-soviétique, n'est pas très plaisant, car il n'a aucune idée des ressources que recèle le sol africain et des perspectives démographiques des Berlinois.

La persistance aveugle avec laquelle toute cette diaspora bavarde s'imagine faire partie de la race maîtresse, tout en étant, aux yeux de tout occidental, de simples outsiders, des mendiants étrangers. D'ailleurs, ce public particulier n'est pas pauvre, et ne court mendier en Occident parce qu'il est poussé par le besoin, mais parce que Jean-Jacques est fermé chez lui (bar moscovite de l’intelligentsia NdT). Dans l'espoir de trouver un remplaçant le plus rapidement possible, ils sont doublement désireux de lécher le casque de liège de leurs clients. Ils font d'excellents kapos...

Et ensuite, tous ces gens sur la passerelle des "leaders d'opinion" loyaux qui plaisantent sur "l'amitié avec les Papous" se réuniront pour un "symposium humaniste" près de Varsovie, où ils discuteront de "l'avenir démocratique" de leur pays ; et ils attendront que ceux qu'ils appellent à garder dans le camp de concentration évincent Poutine, et rappellent ces snobs immigrés qui nagent dans le formol à rentrer chez eux pour diriger le "bovidé" natal. » Dadakinder le 21/08/2022