Un certain Kozitsyne, parfait inconnu, a le plaisir rare de posséder une société de télécom très prospère en Russie https://ut-b2b.ru/ On parle ici d’un fournisseur d’Internet et télévision numérique, donc de câble et de fibre en zones urbanisées. Mais aussi d’ingénierie, multimédia, gestion de production, contrôle des usinages, vidéosurveillance et systèmes de sécurité informatique… OuGMK est donc un opérateur régional de premier plan dans une région industrielle comme l’Oural qui inclut la Bachkirie (le Bashkortostan), une partie de la Sibérie occidentale et déborde sur la Russie centrale le long de la Volga. 20 grandes villes sont concernées. La firme dit être âgée de 14 ans mais son essor a surtout été sensible depuis 2015. C’est un acheteur important de technologie occidentale. En 2016, la police française a placé Kozitsyne sous surveillance parce qu’il venait de s’offrir un charmant pied-à terre entre Nice et Cannes pour la modeste somme de 70 millions d’Euros. https://www.lazeragencement.fr/fr/château-soligny C’est un peu plus que la valeur du bien parce qu’on loge des domestiques dans un immeuble voisin.
Ce monsieur disposerait d’autres actifs d’importance dans divers pays d’Europe. Et des actionnaires de son groupe aussi. Une société ad-hoc a été créée en France la SCI IRBIS Le ministère de la justice vient de placer les actifs de ce petit oligarque sous séquestre dans le cadre des sanctions. Parce qu’on s'étonne qu’il soit devenu riche en si peu de temps. C’est qu’on ne connaît pas bien le fonctionnement des affaires dans le pays dont il vient, on ne mesure pas les plus-values, les bénéfices, les formidables gains… La chambre de commerce et d’industrie bilatérale que préside à Moscou un Français installé depuis trente ans n’en fait pourtant pas mystère.
Le fisc et la justice sont affairés en ce moment à débusquer les innombrables propriétés achetées par des Russes en France, dans lesquelles résident souvent en permanence quelques membres de leurs familles, ascendants ou descendants… On parle maintenant de « mini-garques » ; riches invisibles dont les noms ne sont en principe reliés à aucune des familles régnantes du Kremlin. Ces « mini » sont bien plus nombreux en Angleterre qu’en France et très nombreux aussi en Espagne, surtout en Catalogne, où leur venue a permis de surmonter la difficile crise immobilière. https://fr.wikipedia.org/wiki/Bulle_immobili%C3%A8re_espagnole https://www.latribune.fr/vos-finances/immobilier/20130319trib000754849/crise-de-l-immobilier-l-espagne-en-a-pour-10-ans-de-galere-.html Le deal était en gros : vous achetez un appartement pour 300 mille euros et plus et vous obtiendrez droit de résidence en quelques mois. Pour 500 mille ça ira plus vite, et pour deux millions on fera fissa. Dans le cas de l’Espagne, on a assisté à une véritable ruée de malfrats, surtout d’origine géorgienne, mais souvent liés à la mafia russe et à ce titre expulsés de Géorgie entre 2006 et 2013. Des parrains en retraite qui ont souvent fait de l’ombre aux clans italiens qui contrôlaient Barcelone auparavant.
En mai 2022, plusieurs journaux espagnols ont publié les résultats d’investigations d’un pool nommé OCCRP, Organized crime and corruption reporting project. Selon ces investigations journalistiques, rapportées par El Mundo, un "envoyé de Poutine", ancien diplomate russe, a rencontré Carles Puigdemont, alors président de la Generalitat de Catalogne, afin de proposer aux séparatistes catalans non seulement "500 milliards d'euros" mais aussi "10 000 soldats russes". Cet homme a été identifié comme étant Nikolaï Sadovnikov, un homme d'affaires moscovite aux multiples sociétés domiciliées sur la Place Rouge. Sadovnikov, présenté comme proche du président russe, aurait déjà agi au nom du Kremlin dans d'autres affaires. Cette information, déjà évoquée en 2020 connaît des rebondissements du fait des nombreuses précisions apportées par ce travail de l'OCCRP.
Tout a paru rocambolesque et même imaginaire jusqu’au moment où la justice s’en est saisie et où des membres du cabinet de Puigdemont ont confirmé que l'entrevue entre le Russe et le Catalan avait eu lieu le 26 octobre 2017 à Barcelone, soit la veille de la déclaration unilatérale d'indépendance, faite par Carles Puigdemont le 27 octobre. Puigdemont aurait rejeté l’offre dont l’objet réel était la légalisation des crypto-monnaies en Catalogne. Le Russe promettait qu’avec "une législation permissive pour les crypto-monnaies, la Catalogne aurait été changée en une nouvelle Suisse". Parmi les inculpés de cette affaire retentissante figure un ancien responsable des relations internationales du parti Convergencià : Victor Terradellas, politicien sous le coup d'une enquête pour détournement d'argent public. En principe, mis à part un gros appétit financier, rien ne prédestinait cet homme à travailler pour la Russie ; il avait d’abord été un militant sincère du petit parti indépendantiste de centre droit qui entrait dans la coalition de Puigdemont. https://fr.wikipedia.org/wiki/Convergence_et_Union En principe, Terradellas n’était pas un subversif avide de crise révolutionnaire. Il n’avait nullement pour objectif de faire exploser l’UE ou l’OTAN. Wiki nous précise: « Défenseur de l'indépendance de la Catalogne, il défend une alliance stratégique sans réserve entre la Catalogne et Israël[1]. Il défend la nécessité pour une éventuelle Catalogne indépendante de disposer d'une armée. 2] Il a été l'un des signataires, en octobre 2017, du manifeste intitulé Per la República Catalana, aixequem la suspensió de la Declaració d'Independència (Pour la République catalane, suspendons la Déclaration d'indépendance), qui exhortait la Catalogne à ignorer la demande du gouvernement espagnol, avant l'activation de l'article 155 de la Constitution espagnole » fin de citation
En gros terradellas était simplement de ceux qui voulaient emboîter le pas aux Ecossais. Il ne fait donc aucune difficulté à se remémorer de vieux tracas : Les Russes se sont particulièrement intéressés à la réglementation des crypto-monnaies. "Il y avait beaucoup de spéculations sur le fait que la crypto-monnaie serait une monnaie d'avenir, et ils ont demandé que, si nous parvenions à un accord après la proclamation de la république, ils aimeraient pouvoir se mettre d'accord sur une loi qui pourrait réglementer la crypto-monnaie ici", explique l'ancien chef de la CDC. »
Mais, selon sa déclaration judiciaire, les Russes ont été déçus de voir le peu de préparatifs de l'indépendance. "Lorsque ces messieurs sont arrivés, ils ont proposé une rencontre télématique avec Poutine. Quand ils ont vu qu'il n'y avait rien de préparé ici, ...., le modèle de financement du nouvel État catalan, la question de la banque centrale..... Ils étaient très réticents. Nikolaï n'est resté que deux jours car il a vu que tout cela n'était qu'une blague", dit-il. Cf : https://www.epe.es/es/politica/20220520/victor-terradellas-juez-puigdemont-rusos-13683062
Cette mise en bouche catalane est un peu agaçante et n’offre pas de perspectives de distraction ? Il y a un peu plus consistant, et c’est lié : “Dossier“ est un pool de journalistes russes désormais en exil pour leur sécurité. Il publient leurs enquêtes sur une site nommé Nastoyashoe Vremya / Temps Présent. Voici ce qu’on y trouve en date du 7 septembre 2022 21:05 heure de Moscou :
« Des oligarques russes ont offert au président russe Vladimir Poutine le yacht Shéhérazade pour le nouvel an. Sa construction a coûté 583 millions d'euros, selon le centre d'enquête Dossier.
En mai de cette année, le navire a été arrêté dans le port italien de Marina di Carrara. Les autorités italiennes ont déclaré que, aux termes d’une enquête de la police financière italienne, le yacht était lié à un Russe de haut rang qui fait l'objet de sanctions. Dans une lettre adressée aux autorités italiennes, Khoudaïnatov a revendiqué la propriété du navire.
Bien qu'il soit un homme riche, Khoudaïnatov n'est pas assez riche pour se permettre l'achat de plusieurs super-yachts à la fois, écrit Dossier, citant une enquête des autorités européennes.
L'homme d'affaires aurait "agi comme un homme de paille pour Vladimir Poutine et des personnes de son entourage, avec des navires coûteux à son nom qu'il n'utilisait pas lui-même". Il est également le propriétaire officiel du yacht Amadea, qui, selon les autorités américaines, est la propriété du milliardaire Suleiman Kerimov, et du navire de 135 mètres Crescent, que les autorités espagnoles ont arrêté comme étant la propriété d'Igor Setchin.
Les autorités de l'UE ont établi que la valeur du yacht de Shéhérazade était légèrement supérieure à 583,1 millions d'euros. La construction du yacht a été financée par cinq entreprises :
Alera Assets - 225,9 millions d'euros ;
Diams Overseas - 288,4 millions d'euros ;
Haute définition - 60 millions d'euros ;
Imperial Yachts - 3,9 millions d'euros ;
Onda Mare - 3,9 millions d'euros.
L'expéditeur de deux transferts complémentaires d'une valeur de 1,1 million d'euros n'est pas connu.
Selon Temps Présent, le milliardaire Gennady Timchenko a réuni des fonds pour le yacht. Les partisans de l'homme politique Alexei Navalny ont également écrit que le yacht pourrait appartenir à Poutine. Ils ont découvert que la plupart des personnes figurant sur la liste d'équipage du yacht étaient des employés du Service fédéral de sécurité. Certains d'entre eux ont travaillé dans les résidences du président et sur un autre yacht, Graceful, qui était également lié à Poutine. https://www.currenttime.tv/a/yahta-putin-shaherezada/32023114.html
Rien de tout cela n’était vraiment caché avant la guerre. Il était compliqué de démêler les fils mais pas plus difficile que ça ne l’est depuis que le conflit a éclaté et ouvert les yeux de tout un petit monde intéressé à les garder bien fermés. Et qui ne les ouvre pas sur les propriétaires venant d’Azerbaïdjan ou du Kazakkstan.
