Samedi 22 octobre, une petite colonne n’est pas passée inaperçue dans le le quotidien moscovite KOMMERSANT : Sergueï Kiriyenko, Premier chef adjoint de l'administration présidentielle a déclaré que la Russie gagnera certainement "cette guerre", mais pour y parvenir, elle doit en faire une guerre du peuple.
"La Russie a toujours gagné n'importe quelle guerre dès lors que cette guerre devenait une guerre du peuple. Ça a toujours été comme ça. Nous sommes sûrs de gagner cette guerre, la « chaude » aussi bien que l'économique, et la très psychologique guerre de l'information qui est menée contre nous. Mais pour ce faire, il faut que ce soit une guerre du peuple. La guerre doit être une guerre populaire, afin que chacun se sente impliqué", a déclaré M. Kiriyenko. "Pour que chacun ait la possibilité de contribuer à notre victoire commune", a-t-il ajouté s'exprimant au Forum panrusse des leaders d’exception ».
Ce petit article a été beaucoup lu. Parce qu’il n’est pas anodin qu’un tel personnage parle de « guerre » alors que le mot même est prohibé, parce que le personnage n’a pas semblé appartenir au clan des faucons et que beaucoup considéraient que, dans la fameuse “guerre des tours“ que se livrent différents clans au Kremlin, Kiriyenko, venu de droite libérale à la fin des années 1990, était parmi les plus critiques des méthodes de bandits que privilégient les alliés de Poutine extérieurs à l’appareil militaire (son “ami“ tchétchène Kadyrov et son “cuisinier“ Prigojine). Ce Kiriyenko ne semblait pas susceptible de suivre Dmitri Medvedev dans ses outrances verbales. https://fr.wikipedia.org/wiki/Sergue%C3%AF_Kirienko
Comme quoi les apparences sont trompeuses ! Dimanche 23, el-Murid grinçait : « Kiriyenko a finalement trouvé comment gagner la guerre hier. Suffit d’en faire une guerre du peuple. Zou ! et puis hop, on verra un étendard flotter sur le Reichstag.
Ce qui est intéressant ici, c'est tout d'abord qu'il ne s'agit plus d'une opération spéciale, mais d'une guerre - on entend rarement quelque chose de direct de la bouche d'un officiel, mais ici, c’est on ne peut plus direct.
Deuxièmement, pour la première fois, des doutes sur l'issue de la guerre ont été exprimés. Nous allons gagner, mais seulement, à condition que...
Troisièmement, si la guerre doit DEVENIR une guerre du peuple, ce n'est donc pas le cas actuellement. De quel genre de guerre s'agit-il ? Impérialiste ?
Le problème est qu'une guerre populaire est par définition une guerre de libération. Le seul format dans lequel une guerre impérialiste peut devenir une guerre de libération est quand il s’agit de se libérer des impérialistes qui l'ont déclenchée. Des voleurs du Kremlin, pour faire simple.
Je me demande si Kiriyenko savait ce qu'il disait ou bien s'il meublait juste la conversation ? »
Sous ce billet, un anonyme répond à el-Murid : « Compte tenu du rôle de Kiriyenko dans la structure étatique actuelle de la Russie, je pense que tout a été arrangé à l'avance, avec son patron. Ils jouent ce jeu ensemble. Tous les autres, du moins ceux de la sphère publique, ont plutôt un rôle de "têtes parlantes" (hérauts), plutôt de clowns (bouffons). Kiriyenko, à en juger par de nombreux facteurs (et à ce que je vois, l'Occident n'est pas le dernier à y prêter attention), n'est pas un fonctionnaire ordinaire, dont la tâche, dans la Russie de Poutine, n'est jamais de réfléchir (ou discuter/suggérer quelque chose), mais d'exécuter docilement les décisions déjà prises. Il est le bras droit du Führer. Quelque chose comme Martin Bormann (à propos, le rôle de ce dernier est grandement sous-estimé par de nombreux historiens, alors que tous les péchés majeurs du Reich ont été exécutés précisément sur ses instructions et directives officielles, le Führer était presque toujours "dans l'ombre").
Et Kiriyenko est probablement bien conscient qu'il sera le premier à entrer dans le sarcophage, avec son pharaon. Donc, pour lui, c'est une question de survie, physique. Et donc il réfléchit probablement très fort avant de dire quoi que ce soit à voix haute. Bien sûr, il y a beaucoup d'absurdités là-dedans, provenant de leur "méta-univers", qu'eux seuls comprennent. Mais, malheureusement, cette "absurdité" règne sur la Russie d'aujourd'hui. »
Nesmiyan et son ami anonyme posent la bonne question : jusqu’où ira la spirale de la surenchère verbale ? Ce lundi, nous sommes entrés dans la polémique sur la “bombe sale“ dont les Européens craignent qu’elle ne soit jetée sur Kherson désertée et ne serve de prétexte à une sorte de levée en masse qui ferait monter au front des centaines de milliers de sacrifiés pour déborder les Forces ukrainiennes. On ne peut exclure aucune folie.
