" /> Tombstone - OK Corral - Dombast

Dombast

Si vous fermez la porte à toutes les erreurs, la vérité restera dehors.

Tombstone - OK Corral

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Lundi 14 novembre, toute la Russie débattait de la véracité d’images très choquantes, venant du front d’Ukraine et tournées a priori par des exécuteurs du corps mercenaire russe « Wagner » : un bourreau armé d’une masse va écraser sur un billot de fortune la tête d’un condamné qui reconnaît ses torts juste avant le coup fatal. Dans un premier temps, Prigojine, notoire « cuisinier de l’autocrate » et patron de la société de mercenariat, a favorisé la thèse de la nécessaire mise en scène d’un châtiment justifié. Le condamné était un ancien policier assassin repris de justice qui aurait déserté et se serait rendu aux Ukrainiens mais que ceux-ci auraient échangé ensuite contre quelques uns de leurs combattants faits prisonniers. Ce flic véreux au passé plus qu’obscur se serait engagé pour ne pas rester en camp de travail et devait savoir que la règle énoncée lors de son engagement allait être appliquée : « pas de reddition ni désertion ! pas de recul même devant le feu, au risque d’être fusillé ».

Le fait divers est d’abord monté en épingle mais la thèse de l’exécution d’un déserteur sera vite contestée, quelques larbins de la propagande poutinienne allant jusqu’à soutenir que le bras du bourreau appartient à la CIA. Dans la journée du 15 novembre, le « cuisinier » se rallie soudain à la thèse d’un coup de la CIA alors que la vidéo lui avait servi un peu plus tôt de prétexte à une diatribe très violente que commente ici le politologue Anatoli Nesmiyan dit el-Murid, qui (comme bien d’autres) craint à l'issue de la guerre une purge sanglante de l’appareil de gouvernement :

« Les mots et les choses Prigojine s’est lâché : Il a qualifié de traîtres ceux qui ont quitté la Russie à bord de "leurs propres jets d'affaires" à cause de la guerre, ainsi que "ceux qui se terrent dans des bureaux", et les a comparés à Evgeny Noujine, que le corps paramilitaire Wagner a exécuté devant les caméras d'un coup de marteau sur la tête. Voici sa déclaration :

"La trahison se suffit à elle-même. Les gens peuvent faire des erreurs, les gens peuvent faire des choses désagréables, et, oui, on peut discuter pendant longtemps de ce qu'est la trahison. Mais il y a le plus haut degré de trahison, la trahison ultime : la trahison de son peuple. Aujourd'hui, que nous le voulions ou non, une partie de notre peuple est en guerre, dans les tranchées, sur le champ de bataille. Ils sont nos parents, nos pères, nos frères et nos fils. Noujine a trahi son peuple, a trahi ses camarades, a trahi consciemment. Il n'a pas fait de prisonniers ni ne s'est rendu, mais a planifié son évasion. Noujine est un traître. Le peuple russe, les Russes perçoivent génétiquement la trahison, d'où les commentaires sur les réseaux sociaux. Mais n'oubliez pas qu'il n'y a pas que des traîtres, qui jettent leur arme et passent à l'ennemi, trahissant leur peuple et leur patrie. Certains traîtres restent assis dans leur bureau, oublieux de leur propre peuple. Certains d'entre eux volent dans leurs propres jets d'affaires vers des pays qui nous semblent jusqu'à présent neutres. Ils s'envolent pour ne pas participer aux problèmes d'aujourd'hui. Ce sont aussi des traîtres. » (fin de citation)

Il s'agit ici d'une sorte de requête pour obtenir un rôle dans la purge de la noblesse. Les outils juridiques ne fonctionnent pas en Russie, mais il existe désormais un outil d'un autre type : le marteau des représailles.

Il est possible que la vidéo d'hier ne se soit pas adressée uniquement et pas tellement à la corporation recrutée par les fameux paramilitaires mais exclusivement à un unique spectateur essentiel. Avec une suggestion : voir comment on peut résoudre le problème de la fermentation (et donc de la trahison) parmi tes "verticaux". Rapidement, efficacement et effectivement. Ce n'est pas pour rien que Prigojine cite ce spectateur le plus important, en attirant son attention.

En fait, il s'agit d'une proposition visant à introduire un analogue de l'opritchnina avec une indication explicite du type d’individu qui se promènera dans le pays avec une tête de chien sur la selle (la police politique du tsar Ivan IV le terrible avait pour signe distinctif une vraie tête de chien attachée à l’arrière de la selle ou à l’étrivière ndT)

Il est vrai que l'équipe de balayage connaît généralement un sort standard : une fois tous les Juifs abattus, la couche supérieure de Babi Yar doit être recouverte à son tour. Dans les cas particulièrement compliqués, l'équipe qui a mis à terre l'équipe précédente sera ajoutée encore plus haut. Yejov a épongé les hommes de Yagoda, puis il a dû être épongé par Beria, parce qu'il y avait tellement de héros de la guerre civile qu'ils n’a pas pu les gérer en une saison, ils ont dû changer de réalisateur et d'équipe et en tourner une deuxième.

Notre cas est encore plus compliqué. Toutes nos élites sont des voleurs et des bandits. Il n'y a, par principe, personne d'autre. Il est logique qu'au cours de la première saison, ils soient épongés de la même manière. Et il sera donc obligatoire de se débarrasser des suivants également. Donc, deux saisons ne suffiront pas non plus cette fois-ci.

Le problème est que le système est trop faible pour faire "feu sur le quartier général" systémique. Il a complètement perdu la capacité de gérer des projets, de sorte que la terreur proposée par Prigojine peut soit achever le système, soit se transformer en une terreur désordonnée contre tous, qui tuera non seulement le système de gouvernement mais aussi le pays. La Chine, qui avait annoncé une révolution culturelle et libéré son élite révolutionnaire de jeunes Hongweibins, a eu beaucoup de mal à faire face à l'enthousiasme de cette jeunesse qui a failli détruire le pays. Cela dit, la Chine de l'époque était dans une position beaucoup plus confortable que la Russie de Poutine d'aujourd'hui, jouissant d’une meilleure stabilité.

Les méthodes simples dans la situation actuelle ne fonctionneront plus. Et il n'y a personne non seulement pour en mettre de complexes en œuvre, mais même seulement pour les formuler.

Les motivations propres de Prigojine, aussi étrange que cela puisse paraître, ne jouent pratiquement aucun rôle ici : si ce n'était pas lui, on trouverait quelqu'un d'autre.

Le système social commence à se conformer aux circonstances objectives existantes : il lui faut trouver une position stable (bien qu'intermédiaire) pour traverser la catastrophe en cours, qui l'ancrera en quelque sorte et éliminera un certain nombre de contradictions qui le tirent vers le bas comme une bassine de ciment. L'élite dirigeante (alias le circuit de gestion) est l'un de ces paniers. Ils doivent s'en débarrasser et trouver à la place un tronc, ou mieux encore, une bouée de sauvetage ou un bateau entier sur lequel ils pourront tenir le coup ou même rester à la surface.

C’est pourquoi Prigojine et sa proposition ne portent pas sur un tronc, mais sur la manière de procéder au délestage. S'il réussit, l'équipe suivante cherchera ses billes, tandis que l'équipe qui a immédiatement précédé sera coulée après la bassine de lest. On ne va pas s’ennuyer.

Le système de Poutine a dépassé toutes les étapes de son existence et commence à s'éteindre, se désintégrant morceau par morceau comme un lépreux. Il semble que l'année à venir sera encore plus spectaculaire que celle-ci. » https://el-murid.livejournal.com/5253169.html