La Turquie est “bien“ gouvernée ! Elle fait l’admiration de beaucoup de régimes despotiques moins huilés, moins aboutis et surtout moins présentables. C’est cette envie universelle qui motive, selon ses propagandistes, les attaques dont elle est cible à intervalles réguliers. Dimanche dernier, un attentat spectaculaire tuait de nombreux civils en plein centre du quartier touristique et commerçant d’Istanbul. Erdogan l’attribua tout de suite à la guérilla kurde qui lui résiste en Syrie et au nord de l’Irak. Les réseaux sociaux kurdophones et persanophones ont émis d’autres hypothèses, notamment celle d’un sale coup du régime iranien qui voudrait poser ainsi des limites aux visées expansionnistes de l’Azerbaïdjan indépendant, pays de l’ex URSS devenu un satellite d’Ankara. Cette thèse semble farfelue, même si la rhétorique de Bakou a sérieusement fâché plusieurs responsables politiques iraniens. Elle n’est pas moins farfelue que d’autres peut-être et toute cette agitation pourrait très bien cacher un crime de l’État profond turc ; c’est que suggère un prisonnier politique notoire dans les colonnes d’un quotidien turc d’opposition, l'ancien député Demirtas : https://fr.wikipedia.org/wiki/Selahattin_Demirta%C5%9F
Ce que nous traduisons ici de Birgün en ligne rappelle les années de plomb de l’Italie des attentats fascistes tels que celui de Bologne, le temps des Brigades rouges :
"Un massacre brutal a eu lieu dimanche dans la rue Istiklal, ce qui nous attriste tous profondément. Nous ne connaîtrons peut-être jamais les auteurs de cet attentat terroriste, les forces derrière eux et leurs véritables objectifs. Tout comme des milliers de massacres brutaux similaires à ceux-là. Il sera oublié dans les ténèbres des tréfonds de la politique que nous simples mortels ne pouvons résoudre. Mon expérience juridique et politique m'a appris ceci : Concentrez-vous sur la vérité cachée, pas sur ce qui vous est montré !
Nous ne pouvons pas gérer ce massacre brutal indépendamment des élections historiques qui se tiendront en 2023, des guerres de pouvoir régionales et mondiales et du choc des centres de pouvoir politiques internes de la Turquie. Il est possible de faire des analyses multidimensionnelles sur chacun de ces titres.
Quand j'ai vu les informations à la télévision, ma mémoire m'a ramené dans le passé récent. Date : 21 mars 2022 Lieu : Yuksekova
A l’occasion de la fouille du véhicule d'un policier, 52 kilogrammes d'explosifs ont été trouvés. Dans la soirée du même jour, le ministre de l'Intérieur Süleyman Soylu a fait une déclaration extrêmement laxiste, simplifiant la situation relative à cet événement grave, la considérant comme une chose ordinaire et passant sous silence la question. "C'est un type très gênant. Dans le genre de ceux qui volent les câbles électriques », dit ce ministre à propos du policier (qui a été arrêté avec 52 kilos d'explosifs ) dans une émission télévisée à laquelle il assistait. Ainsi, il banalise l'événement et clôt le numéro. Je pense que c'est un autre foyer de pouvoir au sein de l'État qui a attrapé ce policier à la sortie de Yuksekova. Peut-être qu'il a été forcé de "se faire prendre" quand ils se sont impliqués. Il est clair qu'il y a là une situation intéressante.
Maintenant je demande juste :
1- De qui le policier a t il reçu 52 kilogrammes d'explosifs ? Pourquoi ça n’a pas encore été révélé ?
2- Qui devait être l'acheteur de 52 kilogrammes d'explosifs à Istanbul ? Pourquoi ça n’a pas encore été révélé ?
3- Pourquoi la police n’a pas suivi la voiture pour l’arrêter avec l'acheteur à Istanbul ?
4- Pourquoi Soylu a-t-il révélé l'information de l'opération dans la soirée du même jour ? La possibilité que des acheteurs d'Istanbul s'enfuient n'a-t-elle jamais été envisagée ? Ou étaient-ils déjà destinés à s'échapper ?
5- En dehors des 52 kilogrammes d'explosifs capturés, y a-t-il d'autres explosifs qui n'ont pas été capturés et qui ont été amenés à Istanbul de la même manière ?
6- À qui était la bombe qui a explosé à Istiklal ?
7- Pourquoi Süleyman Soylu a-t-il révélé à la hâte l’origine de la bombe qui a explosé alors qu'il était à Idleb, où il venait d’atterrir avec la poussière d’Istanbul encore sur ses chaussures, en désignant Kobane et Afrin ? Ou bien souhaite-t-on préparer le terrain d'une opération transfrontalière en Syrie avant les élections ?
8- Qui est vraiment la personne qui s'est fait prendre comme kamikaze, qui a été annoncée avoir reçu une formation au renseignement, qui a dit "me voilà, attrape-moi", et qui, une fois prise, s'est transformée en canard confus et s'est fait photographier avec un tee-shirt new-yorkais ?
9- Au nom de qui a-t-elle commis ce massacre ?
Seules les autorités judiciaires indépendantes et les autorités d'enquête impartiales peuvent révéler les réponses à ces questions. Si tant est qu’on puisse trouver de telles autorités en Turquie.
Il est essentiel de connaître la vérité sous tous ses aspects afin de révéler clairement tous les centres sordides qui veulent bénéficier des conséquences politiques de ce massacre brutal.
Enfin, terminons par deux questions :
10- Un massacre aussi brutal pourrait-il être perpétré au cœur d'Istiklal, sans le soutien de l'État ?
11- Le président Erdoğan ressent-il le besoin de se pencher sur la méthode, le moment et les détails de cet attentat terroriste afin de ne plus dire "Nous avons été trompés" à l'avenir ? Se satisfait-il des explications données ? » Fin de traduction texte original : https://www.birgun.net/haber/selahattin-demirtas-tan-taksim-saldirisina-iliskin-11-soru-410164
