" /> Voeux de pacifistes - Dombast

Dombast

Si vous fermez la porte à toutes les erreurs, la vérité restera dehors.

Voeux de pacifistes

- Posted in Lettres internationales by

En guise de vœux, nous vous proposons ceux de la chaîne Telegram russe « Nevoïna » (la non-guerre) qui est surtout dédiée au militantisme pacifiste, ancré à gauche, où s’illustrent des jeunes et très jeunes qui prennent des risques non négligeables. Nous ne sommes pas friands de ce type de discours mais il relève de notre devoir de le faire connaître au même titre que d’autres si nous voulons offrir un reflet honnête de ce qui se dit en Russie à voix basse et s’échange sur la Toile à partir de producteurs de contenus désormais basés à l’étranger mais qui interagissent avec la société russe :

« Il y a un an, un mème populaire circulait sur internet à la veille du Nouvel An : Poutine prononçant son discours de réveillon en 2023 affublé d’un casque, sur fond de sacs se sables aux pieds des murs du Kremlin. Peu de gens pensaient que cette prédiction s'avérerait presque exacte.

Tout le monde résume l'étonnant et terrifiant an 2022 en répétant la même chose, incroyable en même temps qu’évidente jusqu'à la banalité. Poutine s'est lancé dans une aventure militaire, mettant en jeu le destin de l'Ukraine et de la Russie. Et, plus important encore, la vie de centaines de milliers et même de millions de personnes.

Le pays a abordé la guerre sans préparation, bien qu’elle n’ait, une décennie et demie durant, rien fait sinon imiter des préparatifs. Mais les biathlons de chars n'ont pas eu d’effet. Au lieu d’une menaçante "seconde armée du monde", tout le monde a vu une troupe démoralisée et spoliée par des généraux incompétents. Tandis que nul n'a jamais vu en vrai les chars « Armat » tant vantés. On a oublié de les produire. Des "Calibres", oui on en faisait, et Shoïgou affirme même qu'ils ne seront jamais épuisés. Mais ils sont utilisés de moins en moins souvent. Il s'est soudain avéré que l'industrie, dont on disait qu’elle ne cessait de se relever, était restée à genoux, incapable d'assurer une guerre d'usure.

L'état moral de la nation n'était pas non plus adapté à la guerre. Quels qu’aient été les efforts de la propagande pour faire valoir l'unité nationale et l'enthousiasme, on n’a rien vu de tel, même en rêve. À l'hystérie belliqueuse de la propagande, le pays répond par un silence maussade et un sabotage massif. On n’a pas trouvé beaucoup de volontaires pour se jeter dans le hachoir à viande, même pour la somme fantastique de 200 mille roubles. La mobilisation a été un coup dur : des centaines de milliers de personnes ont fui le pays, plusieurs millions se sont cachées à l'intérieur des bureaux d'enregistrement et d'enrôlement de l'armée. Ceux qu’on a quand même réussi à revêtir de kaki ont presque immédiatement commencé à se rebeller, rédiger des protestations et pétitions de masse, refusant de se battre.

La Russie est devenue une prison. 20 000 arrestations pour motifs politiques contre 400 affaires criminelles. Brutalités démonstratives contre les dissidents. L'ampleur de la répression a suffi à créer une atmosphère de peur à l'intérieur, et à retarder la hausse des protestations. Toutefois, l'État poutinien ne dispose toujours ni de l'appareil, ni de l'armée d'exécutants nécessaires pour orchestrer une véritable terreur de masse.

L'absence totale de préparation de l'oligarchie dépravée à un défi militaire l'a obligée à recourir au rebus : les fascistes. Ils remplissent l'appareil de propagande, gagnent en influence sur le front et dans la politique intérieure, formant l'ossature du "parti de la guerre". Son chef Eugène Prigojine, à la tête de son armée privée d'assassins, est devenu à la fin de l'année l'homme politique public le plus influent. Alors que, d'un côté, l'État effrité de Poutine est menacé par le silence de plus en plus sinistre de millions d‘individus, silence qui va d’un jour à l’autre se muer en explosion, cet État est d’un autre côté progressivement dévoré par un mouvement de Stormtroopers brun.

Il est probable que le haut commandement russe continue à se battre dans le but de garantir des "positions de négociation" honorables, en organisant quelques "Verdun" et arrosant de sang les steppes près de Bakhmut et Kramatorsk. Mais l'histoire nous enseigne que ce n'est pas le moyen de remporter la victoire. En revanche, cela peut faire sortir l'arrière de sa stupeur. Or le réveil de l’arrière, front de l’intérieur, est le principal espoir qu’a la Russie d’arrêter ce massacre insensé et sanglant.

La monstrueuse année 2022 n'était malheureusement pas une rupture accidentelle dans le programme de la structure étatique russe. Elle découle inévitablement de la construction sans fin d'une société d'inégalité. Cette fin horrible n'était que la conclusion logique d'une trentaine d'années d'horreur. Et si, au milieu de cette tragédie, on peut parler sans cynisme de points positifs, ils résident dans le fait que les cauchemars de la guerre ont révélé l'épuisement complet de la voie sur laquelle la Russie s'est engagée depuis Eltsine. La sale guerre de Poutine sera la marche funèbre accompagnant l'ensemble de l'ordre social et du régime politique qui l'a déclenchée. Et ce n'est maintenant qu’une question de mois.

Nous souhaitons à tous de voir les premières lueurs de lumière et d'espoir dans l'année à venir - qui, dans l'ensemble, ne sera inévitablement pas meilleure que la précédente. Voir la chute d'une oligarchie menteuse, corrompue et sanguinaire dirigée par son suzerain autocratique. Elle s'accompagnera inévitablement de grandes épreuves. Mais plus tôt cette chute adviendra, plus faibles seront nos pertes globales.

Pour le Nouvel An prochain, Poutine ne devrait plus porter de casque, mais des menottes ! » https://t.me/narodpv traduit par Divide