" /> Au miroir de l’Histoire - Dombast

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Si vous fermez la porte à toutes les erreurs, la vérité restera dehors.

Au miroir de l’Histoire

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On ne saurait reprocher aux Russes de tous s’illusionner sur eux-mêmes, beaucoup excellent dans l’exercice du regard sans complaisance sur soi et la société dont on est issu. L’auto-flagellation un art consommé dans les milieux intellectuels. On peut certes se demander à quoi rime de s’accuser quand le pays continue de reproduire des régimes politiques brutaux et malfaisants. Cette question ne nous revient pas, nous la laissons aux Russes qui ne cautionnent pas le régime. Certains font de bons diagnostics, comme l’économiste Yakov Mirkine. https://roscongress.org/en/speakers/mirkin-yakov/biography/ Ses idées ne sont pas neuves, ce qui importe c’est qu’elle soient exprimées aujourd’hui, que ce contestataire ait été publié à Moscou en décembre dernier :

« Qu'est-ce que j'attendais en 1990 ? 1. la grande puissance 2.0 2. la facilité : liberté de parole, de mouvement, de choix. 3. assez de nourriture pour tous. 4. ne plus jamais entendre les mots "Nous avons 10 à 15 ans de retard". Ces évaluations ont été universellement acceptées. 5. nous allions créer un grand marché financier. Moscou serait le numéro 2 de New York. 6. économie sociale de marché. Le bien-être pour tous. Un miracle économique. Je m'étouffais avec Erhard. 7. nous serons compris. Nous serons acceptés à l'Ouest. Nous supprimons les frontières comme ils suppriment les frontières. 8. prudence, attention. À petis pas ! Le juste milieu. Une économie à deux secteurs. 9. tous ensemble, un grand pays. Bon pour tous.

Mon superviseur, Moïse Markovich Yampolsky, un sage septuagénaire qui a traversé toute la guerre, a regardé toute cette liste, a fait un signe de la main et a dit : "De toute façon, tout va rester pareil".

Je me souviens souvent de lui. L'ancienne génération était spéciale. Ils comprenaient tout, ils étaient passés par tout. Ceux d'entre eux qui étaient restés humains.

Nous n'avons plus le droit de dire : "Tout va rester pareil". Dans l’obscurité même, nous sommes obligés de songer à ces choses : a) Tirer des leçons : pourquoi donc l'intelligentsia russe perd toujours ? b) Conserver un stock d'idées : comment, au lieu du "ferme ta gueule", génération après génération, bâtir des sociétés dans lesquelles on peut respirer librement et où la majorité absolue peut manger. c) Comment le faire, non pas par un raisonnement abstrait, mais par l'ingénierie, en recourant à l'expérience internationale d) Reconstruire des économies en faillite, des sociétés embourbées dans leurs propres malheurs - cela vaut la peine d'y consacrer tout son temps. e) Et surtout, cela se produira certainement - tôt ou tard. Nous devons le faire tôt ou tard ! f) Où aller ? Nous devons faire de gros efforts pour ne pas nous égarer n'importe où.

https://t.me/ymirkin

Extrait de mon nouveau livre "Une brève histoire du stress russe" : Leçon 1 - ce qui fut, est et sera en Russie tout comme ce qui s'est passé en 1917, en 1991 et plus tard, c'est nous-mêmes. C’est fonction de nos traditions, de notre caractère collectif, de la manière dont nos "émotions collectives" s’agencent, dont est organisée depuis des siècles notre logique commune, les formes de la vie dans les grandes plaines du Nord et de l'Est. Fonction de la façon dont ici on a lutté pour survivre. De ce qu’est notre "nous" en tant qu'être collectif.

Le caractère russe est une mosaïque. D'une part, il y a la tradition séculaire d'être rivé, chevillé, former la base d'une pyramide étatique étroitement centralisée, constituée de verticales, et privé de propriété. D'autre part, seules la liberté, la haute énergie, la mobilité, la tolérance (environ 200 nationalités) et la patience pourraient tenir ensemble le plus grand État du monde, "de bout en bout". Les emprunts (linguistiques, idéologiques, technologiques) sont importants ainsi que l'adaptabilité à ceux-ci. Grande langue à multiples niveaux, avec des masses d'inclusions étrangères, permettant une grande flexibilité de pensée. Le sacrifice et l'incroyable propension aux extrêmes, aux "dérapages", un coup à gauche, un coup à droite, aux formes extrêmes dans les modèles de société, à d’immenses sacrifices pour rattraper le retard.

Leçon n° 2 - Il semble que depuis des siècles, nous ayons affaire au même homme collectif, reproduisant des formes similaires de structures socio-économiques. Son caractère est lourd. Il est habitué à être subordonné, habitué à s'adosser à des verticales dont la plus forte, l'État, entre autres choses, habitué à tenter d'être protégé, c'est un homme éphémère, capable de vivre sans propriété, édifiant des bâtiments temporaires pendant des siècles et, génération après génération, les détruisant et les réorganisant. Essayez de trouver des structures civiques datant des XVIe et XVIIe siècles ! Il est habitué à servir, habitué à se dissoudre, à ne pas subordonner sa vie à sa maison et sa famille en vue de quelques générations à venir.

Cet homme collectif est conscient de sa faible valeur personnelle. Et pourtant, dans sa propre vie, même adossé aux verticales, il ne croit pas qu'il sera en fin de compte protégé et se comporte comme un "loup dans les bois". D'où le "take and run", les horizons temporels courts, la soudaineté et l'extrémisme des décisions. Le nombre de personnes qui veulent fusiller tous les coupables, tous ceux qui sont à blâmer de ce que la vie soit ce qu’elle est, ne diminue jamais en Russie. Entre un quart et un tiers des gens ont "souvent ressenti ce désir" (enquêtes menées par l'Institut de sociologie de l'Académie des sciences de Russie en 1995-2011). Et d'une manière étrange, bien que peu mobile et peu enclin au risque et à l'innovation, cet homme collectif, se déplaçant par bonds, a maîtrisé les plus grands espaces du monde et pris les plus grands risques dans des expériences socio-économiques et lors de guerres mondiales.

La leçon n°3 est que, sans une rupture des stéréotypes comportementaux de cet homme collectif, de sa pensée collective, il reproduira sans fin des verticales, des hiérarchies rigides, une économie gouvernementale, des soubresauts, sa maîtrise de la vie comme un espace temporaire et, finalement, une société de gens serviles, soumis, figés, de faible valeur et ne pouvant innover que sur instruction ferme de leur maître. Cela ne signifie pas, bien sûr, que les talents multiples ne se manifesteront pas dans cette société, mais leur efficacité se manifestera plutôt sous la forme de fissures dans l’asphalte.

La leçon n°4 est que cet homme collectif est enclin au sado-masochisme, à l'auto-torture, car toute réforme de la société (particulièrement ce qui s’est vu depuis l'époque de Pierre Ier), il la porte à l'extrême et la pousse à l'extrême, avec les plus grandes pertes pour la population et l'économie. Bien que les grandes réformes des années 1860 aient eu une autre allure, mais elles ont pris fin avec le meurtre du tsar libérateur suivi de la réaction la plus extrême. En tout cas, les réformes forcées du début des années 1900, le bouleversement social qui a débuté en 1917 et le passage à l'économie de marché dans les années 1990 s'inscrivent parfaitement dans cette logique.

Leçon n° 5 - Toute expérience de miracle économique ou social (les 10 à 15 pays qui l'ont réalisé depuis la Seconde Guerre mondiale le démontrent bien) implique une révolution des modèles de "comportement collectif" et une rupture du caractère de "l'homme collectif". Seule la détermination d'un peuple à refaire son monde génère l'effet de transition rapide d'une société arriérée à une société développée et en croissance.

Mais pour cela, toute réforme, même si elle vient d'en haut, doit être subordonnée non seulement à la croissance et à la modernisation, aux tonnes ou aux barils, mais surtout aux intérêts de la qualité de la vie. Toute décision macroéconomique ou institutionnelle doit être soigneusement pesée du point de vue de l'existence de la population, de la préservation de ses actifs et de ses revenus, et de son espérance de vie. Ce n'est qu'alors qu'il sera possible de "refaire" l'être humain collectif, de créer des sociétés subordonnées au développement plutôt qu'aux hiérarchies, à la redistribution et aux temporalités.

Nous devons changer afin d'être plus légers, plus mobiles, plus innovants. Pour être plus libre, pour communiquer plus facilement avec d'autres "personnes collectives". Pour que chaque vie humaine ait une réelle valeur. Et enfin, mettre le bien-être des familles, l'espérance de vie, non pas en paroles, mais en actes, au centre de tout et au milieu de tous.

Leçon n°6 - les cycles, les tendances (malgré toute l'ambiguïté de ce qui se passait à l'intérieur) sont clairement visibles : 1797 - 1801. - Paul Ier, resserrement, structuration ; 1801 - 1825. - Alexandre Ier, libéralisation, projets parlementaires ; 1825 - 1855. - Nicolas Ier, centralisation, enroulement du pouvoir dans un garrot ; 1855 - 1881. - Alexandre II, libéralisation, réformes, représentativité ; 1881 - 1894. - Alexandre III, réduction, pression administrative ; 1894 - 1917. - Nicolas II, libéralisation forcée, parlement, février ; 1917 - 1921 - octobre, communisme de guerre, le tout-administratif ; 1921 - 1931 - NEP. - libéralisation, nouvelle économie ; 1931-1953. - Staline concentre tout dans un poing, système administratif ; 1954-1970. - libéralisation, dégel, réforme économique ; 1970-1985. - centralisation, bureaucratisation, concentration ; 1985 - 1998. - libéralisation, décentralisation, dénationalisation, dissolution ; de 1998 à aujourd'hui. - concentration progressive du pouvoir, condensation de l'État. Si on tient compte de ces cycles, cela veut dire qu’une période de libéralisation est à venir et qu'il est très important d’en faire usage, si la vie vous en donne la chance, pour produire un changement irréversible.

Leçon n° 7 - l'intelligentsia, une fois au pouvoir, est incapable de le conserver ou renaît dans son contraire. Les intellectuels ont un autre mode d'existence que ceux qui vivent dans le pouvoir. Mais seuls les intellectuels peuvent créer les écoles et le stock d'idées capables de changer les modèles de comportement collectifs. Et cela signifie que l'intelligentsia doit mener sa propre guerre à l'intérieur de la Russie.

C'est une guerre pour la conscience de masse, pour la rationalité et la liberté de l'homme collectif, pour les valeurs d' indépendance, mobilité, capacité de produire l'innovation et de prendre les risques dans le comportement collectif comme dans le privé. C'est une guerre d'évolution et non de révolution. Et cette guerre n'a pas encore été gagnée. Jusqu'à présent, l'intelligentsia russe (l'intelligentsia au sens propre du terme) a été perdante dans cette guerre.