Comme nous l’avions supposé au lendemain de l’attaque de drones sur certaines usines du complexe militaro-industriel iranien, les autorités ne pouvaient sans danger majeur pour elles-mêmes imputer la faute aux bases américaines disséminées dans le Golfe et en Irak ni accuser l’Azerbaïdjan de connivence. Un émissaire du Qatar leur a tout de suite suggéré de s’abstenir. Par conséquent, il ne leur restait qu’un accusé tout désigné : les groupes de résistances kurdes retranchés dans le nord-est de l’Irak. L’agence iranienne Nour News explique aujourd’hui :"les pièces des drones utilisés il y a quelques jours dans l'attaque contre les installations du ministère de la Défense à Ispahan, ainsi que les explosifs, sont arrivés en Iran grâce à la complicité et aux conseils de groupes contre-révolutionnaires kurdes basés au Kurdistan irakien". Ces groupes auraient reçu d’Israël les pièces de drones et les explosifs, les auraient introduites en Iran sur ordre de forces étrangères à travers une zone montagneuse isolée et les auraient remis à un client basé dans l'une des villes frontalières. Les drones auraient été assemblés par du personnel qualifié dans un atelier spécialement équipé… Ensuite, ils ont été rapprochés des cibles dans des véhicules et lâchés à moins de 200km, derrière les dispositif de défense aérienne. Tout cela est expliqué mais rien n’est produit : pas de prisonniers passés aux aveux, pas d’ateliers clandestins.
Officiellement il n’y a qu’une attaque réussie et son bilan est modeste. Elle a été conduite au moyen de drones kamikazes constitués de quadcoptères. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il ne s'agit pas d'une technologie de pointe. Faire passer toutes les pièces en contrebande en Iran et les assembler sur place ne pose aucun problème. Le renseignement iranien accuse des militants kurdes d’avoir aidé des services de renseignement étrangers à transporter les composants. Ce n’est pas exclu tant le désir de vengeance est exacerbé au sein de cette population, en raison surtout de la cruauté de la répression menée depuis septembre dernier. La capacité de faire entrer clandestinement des armes en Iran depuis le Kurdistan irakien ne fait aucun doute.
Des drones similaires ont été utilisés ces dernières années pour d'autres opérations de sabotage de faible envergure en Iran, celle conduite l'année dernière contre l'un des bâtiments du centre de recherche du ministère iranien de la défense dans le district de Partchine, près de Téhéran, et contre un hangar d'un petit aérodrome militaire utilisé pour le stationnement de certains drones iraniens dans la province de Kermanshah. Ces quadcoptères ont été utilisés par Israël pour attaquer une installation du Hezbollah au Liban en 2019. Ils sont imparables en termes de pénétration mais la faible quantité d'explosifs transportés ne permet pas de destructions massives.
Bien que certains journaux israéliens aient claironné victoire et que beaucoup de commentateurs ukrainiens aient voulu croire un peu vite que les capacités productives iraniennes étaient entamées, le bilan de l’opération est très faible. Une explosion majeure a eu lieu à Tabriz, probablement imputable à un objet volant qui a touché des réserves de combustible, mais le fait n’est pas reconnu. Le seul sabotage qui ait été confirmé par l’Iran concerne le bâtiment d’Ispahan. Nul n’explique ce qui se passe dans ce hangar, mais à en juger par le fait qu'il dispose de défenses aériennes, que les gardes sont armés de drones et que le bâtiment lui-même est protégé par un blindage passif sous forme de grilles métalliques et de filets de toit, il ne s'agit clairement pas d'une installation ordinaire et la possibilité d’une tentative de sabotage était pour ainsi dire anticipée.
Des drones auraient été vus et abattus dans quatre autres lieux. La DCA a été déclenchée ici et là comme par automatisme. Les avions photographiés étaient iraniens, dépêchés pour contrer cette attaque groupée que l’on a dû craindre bien plus massive. Tout porte à croire qu’il n’a jamais été question de plus que d’un coup d’épingle pour signifier aux Iraniens que les adresses de leurs usines secrètes étaient connues et qu’en cas de bêtises, on allait les terrasser. Message évidemment reçu par un régime qui n’a pas besoin de guerre, tant il craint que la population ne se conforme pas à son ordre de mobilisation. Si la guerre fut pour Khomeini une bénédiction, elle pourrait être une damnation pour son successeur.
Outre le collectif anonyme kurde, le bouc émissaire choisi pour étancher la colère du régime aura été le conseiller militaire de Zelenski, pour s'être imprudemment réjoui d'une claque majeure infligée à une ennemi de l'Ukraine. Rien de tel ! et les Iraniens de se moquer.
