" /> Petits trafics entre vieux camarades - Dombast

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Petits trafics entre vieux camarades

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En quoi le Sud de l’Ukraine est-il un secteur stratégique ? Ce n’est pas bien expliqué au citoyen lambda auquel on n’a montré que des champs de blé et tournesol. Oh, bien sûr, il va se trouver des militaires et des historiens pour vous exposer que la Mer Noire serait bien mieux gérée si elle devenait une mare réservée aux canards de l’OTAN, sous quasi tutelle turque, chose qui fut de tous temps le projet de l’Europe « libre », dès la première guerre de Crimée en 1853 (à laquelle on doit un boulevard de Sébastopol au coeur de Paris et qu’un faubourg de Vanves soit renommé Malakoff). Plein de gens savent tant de choses... mais n’en voient pas de plus évidentes sous leur nez.

Or, les frontières méridionales de l’Ukraine ne sont pas seulement disputées pour des raisons de grande politique mais aussi pour des picaillons : Odessa, Kherson et sans doute un ou deux autres ports sont des points d’entrée de grandes quantités de stupéfiants orientaux en Europe. Le malheureux Saakashvilii, qui se croyait niaisement un chevalier de la vertu, se mit en tête de gêner les trafics du port de de la vieille Odessa-mama (dont on sait en yiddish reconnaître tous les mérites sur un air connu « sie ist mir teuer wie die Geld »). La vertu a failli lui coûter la vie. Il lui doit une très mauvaise réputation dans les milieux qui entreprennent...

Les ports ukrainiens ne sont pas que des portes d’entrées, ils sont aussi des lieux d’exportation de toutes sortes de marchandises moins prohibées, des matières premières entre autres et des céréales pour des pays avec lesquels nul n’est censé commercer (comme l'Iran). C’est ainsi que le SBU, héritier ukrainien du KGB, vient de mettre la main sur une cargaison de minerai de fer appartenant à l’oligarque ouzbeko-russo-londonien Alisher Ousmanov d'une valeur de près de 2 milliards de Hryvnias (51 millions d’Euros). Divers lots de ce minerai se seraient trouvés prêts à embarquer dans plusieurs ports maritimes ukrainiens. Comment s’y trouvaient-ils ? Si le fer est bien extrait de la région de Krivyi Rog en Ukraine, pourquoi avait-il été revendu à un “Moscovite“ ? Mystère. Le SBU estime le total des réserves achetées à 160 mille tonnes dont une bonne part ont été entreposées en Russie et peut-être dans des zones d’Ukraine occupées par l’armée russe. Dans le cadre des sanctions applicables contre “l'entourage le plus proche des hauts dirigeants militaires et politiques du Kremlin“, ces dépôts ont été confisqués. Comment se fait-il qu’on ne s’en aperçoive qu’après un an de conflit ? Motus.

Autre affaire, plus minable mais très symptomatique : le scandale de la Direction principale du ministère de l'Intérieur, nommée par les Russes, pour la région de Kherson. Un groupe très conséquent et tout à fait crédible d'officiers de cette structure a accusé le chef du département de police, Vladimir Lipandine, de les avoir enlevés, torturés, emprisonnés dans un lieu secret en sous-sol et de les avoir dévalisés avant de les laisser partir.

L’affaire se déroule entre les 15 et 27 novembre derniers. Une escouade de policiers du département de police locale, incluant des officiers supérieurs et un militaire de l'équipe d'assaut de l'unité 13140 menaient une opération pour enrayer un trafic de drogue. Les voilà arrivés à un point névralgique dans le village de Strelkovoye où, d'après leurs informateurs, se trouvait une voiture très chargée. Et en effet, il trouvent bien une Mercedes conduite par une fille qui s'est présentée comme Ekaterina. Il n'y avait pas de drogue dans l'habitacle, mais la voiture avait une fausse plaque d'immatriculation et on la soupçonnait d'être volée. Ekaterina a immédiatement prévenu que si les agents ne quittaient pas la zone immédiatement, ils auraient des problèmes car elle était la petite amie de Lipandine. La police a réagi en convoquant une équipe d'enquêteurs pour saisir la voiture volée.

Vingt minutes plus tard, ce n’est pas la saisie de la voiture qui s’opère mais deux véhicules transportant des hommes en tenue de camouflage et armés de fusils mettent les agents et le soldat à terre, les attachent avec du ruban adhésif, leur mettent des sacs sur la tête et les conduisent vers un "bâtiment inconnu". Lequel s'est avéré être la résidence privée de Lipandine, et les inconnus en tenue de camouflage étaient des hommes de l'unité spéciale GROM (sorte de GIGN russe NdT). Les flics se sont rebellés, ont pris quelques claques, ont été mis au trou dans un sous-sol qui avait été auparavant incendié (peut-être y avait-on déjà fait disparaître des témoins). Ils y sont restés 25 heures, délestés de leurs espèces et objets de valeur. Lipandine est ensuite venu voir les captifs en personne avec Igor Sobol, chef du service de sécurité du ministère de l'Intérieur : “ Katya pas touche !“

Sobol les a prié de se trouver un nouvel emploi car la police n’en voudrait plus. Le 27 novembre, ces policiers tentent de faire ouvrir un dossier contre Lipandine et Sobol. Ils n’ont pas été licenciés mais il ne se passe rien et comme ils restent menacés, ils alertent la presse de Moscou pour se couvrir. Ce n’est que le 13 février qu’un juge est effectivement saisi. Que s’est-il passé en haut lieu ? Qui lâche soudain ce sinistre Sobol ? Qui considère qu’il ne faut pas étouffer l’affaire ? Sans doute de très importants décideurs russes comprennent-ils qu’il faut faire un peu de ménage entre soi car, la ville de Kherson étant redevenue ukrainienne, il se trouvera peut-être des bavards intra-muros ? Quelle direction devait prendre la poudre emmagasinée dans la villa du village de Strelkovoye ? Celle de l’Europe en traversant un large fleuve qui est actuellement ligne de front ? Rien ne le prouve encore mais tout le laisse flairer. Oh, tout cela est à prendre avec des pincettes ! Divide