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Un sondage

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S’agissant de la révolte iranienne, désormais étouffée, les gouvernements occidentaux s’avouent “dans le brouillard“ : dans l’incapacité d’en évaluer les dimensions réelles, les conséquences à long terme, les possibles changements de personnes à la tête de l’État iranien. Cette opacité présumée d’une société qualifiée d’imprévisible et insondable a servi de justification à une ahurissante inertie, ponctuée de rapports abscons attribués aux services spéciaux israéliens que l’on estime les mieux à même de sonder l’opinion et mesurer la solidité du régime religieux.

La question était : « est-il temps d’aider la jeunesse insurgée par des mesures qui relèvent de l’ingérence ? » Il y fut tacitement répondu que non, que cette belle jeunesse pouvait crever dans la mesure où elle n’avait pas de représentants légaux, qu'aucun des divers partis politiques et groupes armés en exil n’était de taille à affronter les paramilitaires du régime ; bref qu’on n’avait personne à qui parler et qu’il ne fallait surtout pas isoler plus encore des autorités solidement implantées, qu’il ne fallait pas précipiter les mollahs dans les bras de Moscou, qu’il fallait conserver les voies du dialogue, dût-on en abandonner l’essentiel aux bons soins du Qatar, dernier médiateur apprécié des parties en conflit.

N’étant pas persuadés que les serments d’amitié et compréhension mutuelle que viennent d’échanger le Président français et le Premier ministre israélien puissent déboucher sur une action déterminée contre les entreprises armées de l’Iran, n’étant pas certains que les espions de l’État hébreu soient mieux renseignés que les millions d’Iraniens de la diaspora demeurant en contact permanent avec leurs familles, nous serions bien étonnés si une ou plusieurs puissances occidentales prenaient maintenant la décision de venir au secours d’une société martyrisée et désarmée ; juste au moment où le soulèvement est défait et alors qu’il est peu probable qu’il trouve la force de renaître. Néanmoins, nous essaierons de contribuer à faire mieux percevoir les réalités de la Perse insondable. En donnant la parole à ceux qui savent la sonder : il existe aux Pays-Bas un institut pour la recherche sur l'opinion publique en Iran, nommé Institut Gamān.

Cet organisme a réalisé un sondage plutôt fiable sur l'attitude des Iraniens à l'égard des manifestations de masse qui ont débuté en septembre et viennent de se terminer. Le sondage a été réalisé du 21 au 31 décembre 2022 ; plus de 158 000 personnes en Iran et 42 000 autres à l'étranger ont été interrogées. Notamment sur la pérennité du régime de la République islamique.

Lorsqu'on leur demande comment elles voteraient lors d’un référendum posant cette question "République islamique : oui ou non", la plupart des personnes interrogées répondent non. En Iran même, 81% des personnes interrogées voteraient contre le régime, dans la diaspora, 99%. Un peu plus de 15% des personnes vivant dans le pays seraient favorables au maintien de la République islamique.

Si 60 % se déclarent partisans d'un changement complet de régime, 16 % soutiennent les réformes structurelles, 11 % veulent préserver la République islamique dans sa forme actuelle et 6 % souhaitent des réformes progressives au sein du système existant.

Selon Gamān, 80 % des Iraniens en Iran soutiennent les protestations tandis que 15 % les désapprouvent. Plus étrangement, 67 % pensent qu'elles atteindront leurs objectifs même si une majorité de résidents ne s’y joignent pas. En effet, seules 22% des personnes interrogées admettaient avoir participé à des manifestations, arguant du coût élevé de l’engagement : risque de meurtre, d'arrestation, de torture. Cependant, 53% ont déclaré qu'elles pourraient se joindre à des manifestations à l'avenir. Dans le même temps, 44% des personnes interrogées ont participé à des grèves.

Dans la diaspora, 52% des personnes interrogées sont descendues dans la rue, 44% se sont adressées aux autorités de leur pays de résidence pour exprimer leur position sur les événements en Iran et 33% auraient apporté une aide financière aux manifestants en Iran.

85% des personnes interrogées en Iran soutiennent l'idée de constituer un "conseil de solidarité" (une large coalition de l'opposition), qui pourrait diriger le pays à l'avenir pendant le transit (59% le souhaitent). Les trois premières personnes que les Iraniens aimeraient voir siéger dans cette instance sont Reza Pahlavi (héritier de la dynastie renversée en 1979) et les footballeurs Ali Dāe’i et Ali Karimi (exilés depuis peu). Les femmes les plus fréquemment citées sont l'actrice irano-britannique Nāzanin Boniadi, la militante et prisonnière politique Fatemeh Sepehri, et la journaliste et militante Masih Alinejad, que les services de sécurité iraniens ont tenté de tuer sur le sol américain, où elle réside.

73 % des personnes interrogées en Iran estiment que les pays occidentaux devraient exercer davantage de pression sur la république islamique pour la répression des manifestations ; 19 % pensent qu'il s'agit d'une question interne aux Iraniens et que les gouvernements étrangers ne devraient pas intervenir.

Les avis sont toutefois partagés quant à la forme de gouvernement qui convient le mieux à l'Iran. En Iran, 28% préfèrent une république présidentielle (32% dans la diaspora), 22% une monarchie constitutionnelle (25% dans la diaspora), et 12% une république parlementaire (29% dans la diaspora).

En ce qui concerne les attitudes à l'égard des fonctionnaires et des forces de sécurité responsables de la répression des manifestations, 29% des personnes interrogées en Iran accepteraient des peines de mort si elles étaient prononcée à l'issue de procès équitables, 24% se disent favorables à d'autres formes de sanctions et 16% ne sont pas opposées aux exécutions sommaires révolutionnaires. Les Iraniens de la diaspora étaient deux fois plus susceptibles d'être favorables à des alternatives à la peine de mort et deux fois moins susceptibles d'être favorables aux exécutions révolutionnaires. Seuls 3,2% en Iran et 1% dans la diaspora soutiennent l'idée d'une amnistie des paramilitaires coupables de crimes et tortures.

Voici dressé un portrait plausible d’une société orientale moins archaïque et impénétrable qu’on ne se plait à vous le persuader. Divide