Voici deux textes glanés dans les réseaux sociaux russes, de plumes qui ne sont pas du tout propagandistes, plutôt pacifistes, au pire des panslaves, anti-Ukraine par rejet de l’Occident, pour autant nullement favorables à la folle entreprise guerrière :
1. « Il semble parfois que l'Occident comprenne mal le fonctionnement de la Russie et la manière dont elle est affectée par les influences extérieures. Raison pour laquelle de nombreuses actions réussies de l'Occident ont exactement l'effet inverse de celui qui est attendu. Par exemple, le démarrage très raté de l’Opération spéciale avec ses nombreuses vidéos de colonnes incendiées n'a pas convaincu les dirigeants russes de renoncer à la poursuite de la campagne ni retirer leurs troupes. Le conflit militaire s'est prolongé, ce qui a nécessité une plus grande implication des États-Unis, de l'Europe et de la Grande-Bretagne.
Quant à la société paraissant sans illusions sur les menées de ses chefs, les préparatifs de guerre, l'inefficacité et la corruption, elle a fait preuve au contraire d'un soutien manifeste. Qui plus est, des volontaires ont commencé à saturer les unités avec des dons de mini-drones hélicoptères achetés avec de l'argent collecté auprès du public, surmontant ainsi les inhibitions du commandement. En bref, l'hypothèse d'une instabilité à l'intérieur du pays due aux échecs des premières semaines ne s'est pas vérifié.
Les calculs concernant la pression exercée par les sanctions n'ont pas non plus été concluants. On a supposé, apparemment, que les sanctions entraîneraient une baisse des revenus de la population et qu'elle se révolterait. Cela n'a pas été le cas. Les revenus de la population, prise dans son ensemble, sont si faibles qu'elle n'a pas remarqué la baisse. Elle s'est un peu serré la ceinture, comme on dit. En application du dicton : "Vu que tu n'as jamais bien vécu, ne commence pas maintenant !". Les sanctions ne touchent que les couches les plus aisées et les entreprises. Elles envisagent de se délocaliser. C'est tout.
Et maintenant, la décision de la Cour internationale de justice ne peut que renforcer le pouvoir du président et rallier les masses autour de lui. Désormais, il n'y aura plus de passation de pouvoir, c'est certain.
Soit l'Occident met en œuvre un plan très astucieux et de longue haleine, soit il a tout simplement oublié comment fonctionne la Russie. Les anciens soviétologues qui ont fait s'effondrer l'URSS sont vieux ou disparus, et les nouveaux ne savent tout simplement pas comment ça marche ici. »
2.
« Je pense de moins en moins que la Russie va se désintégrer, se décoloniser, etc. Pour cela, il faut un changement de pouvoir, mais les conditions ne sont pas réunies. Après 1991, la Russie ne peut se désintégrer qu’en raison de causes internes, ou plus précisément, elle ne peut être désintégrée de l'intérieur que par une nouvelle classe remplaçant l'ancienne. Si, en 1991, c’était la nomenklatura elle-même, qui s'efforçait de devenir une oligarchie; on n’a pas aujourd'hui de classe de ce type en vue ni même à horizon plus éloigné. La pyramide est stable, malgré tous les problèmes auxquels elle doit faire face, parce qu’elle en fait très habilement de simples caractéristiques nationales. Plus important encore, ses actions profitent aux intérêts américains, qui ne soutiendront pas un nouveau gouvernement confronté aux risques de la transition et à la nécessité de multiplier les contrôles en cas d'effondrement (contrôle de la dispersion des armes de destruction massive NdT).
La catastrophe russe sera probablement silencieuse. La densité de la population russe va diminuer radicalement et son niveau général d’éducation baissera. Un grand nombre de personnes sont déjà parties et d’autres continueront à le faire. Resteront essentiellement ceux qui se sont casés dans une pyramide et ne peuvent pas en partir : les fonctionnaires à revenus faibles ou moyens, les vieillards, les pauvres et les lumpen. À eux s'ajouteront les migrants, dont de nombreux musulmans venus de toutes parts ; ils se déverseront librement dans le vide social ainsi créé, en provenance de pays où la vie est pire qu'en Russie.
La vie publique sera éteinte, primarisée et fragmentée. La propagande va s’épanouir, l’aigreur de propager, l'apathie et l'absentéisme atteindront des niveaux prohibitifs – tout la vapeur pressurisée sera soufflée vers l'étranger en même temps que ses porteurs. La vie des enclaves de migrants occupera une part accrue dans l’information : ici on a célébré une fête musulmane, là des Afghans ont déclenché une bagarre avec des Tadjiks, ailleurs une nouvelle mosquée a été construite.
Le niveau général d'éducation et d'alphabétisation diminuera. Les Russes restants tenteront de se regrouper en communautés, mais cela ne résoudra guère l’ensemble des problèmes. L'élite fortunée se retirera dans ses petites oasis, d’où elle s'envolera vers l'Europe pour "respirer la civilisation".
La Russie dépérira tranquillement jusqu'à ce qu'elle se dissolve dans quelque chose de nouveau. Mais cela s'est déjà produit dans l'histoire. Car il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Mais ce n'est bien sûr qu'une des éventualités. Personne dans le passé n'a vu l'avenir. » https://t.me/tenirusi
Nous n’émettons pas de jugement sur ces textes, n’en proposons pas d’exégèse, notre propos se limite à faire connaître une Russie qui n’est ni celle du Kremlin, ni celle des “interlocuteurs valables“ que des instances décisionnaires, comme par exemple le Conseil de l’Europe, ont désigné pour représenter une alternative politique. Interlocuteurs dont on a pourtant mesuré les faibles compétences, l’impopularité et l’absence de projet de société au-delà du laisser faire et laisser dire…
Il semble qu’on attende de cette classe instruite qu’elle débauche les puissances d’argent afin que les “200 familles“ russes se désolidarisent de Poutine. Calcul erroné : les riches sont déjà contre Poutine mais n’ont aucun moyen de peser sur lui à moins de perdre ce qu’il leur a concédé. Où est le levier d’Archimède ?
