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Vu de Pékin

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La visite du Président chinois à Moscou a été une victoire incontestable pour Poutine. Comme l’ont noté la plus part des blogueurs russophones, le Russe a évité l’humiliation de devoir de rendre à Pékin en quémandeur. Le Chinois s’est posé en sauveur et pris la pause avantageuse de l’artisan de la paix. Magnanime, il n’a rien exigé en retour. Mais son calme apparent signifiait deux choses : 1/ la Chine est assez peu enthousiaste à l'idée de soutenir la Russie, n’y voyant pas d’avantages financiers, 2/ elle se range à son côté dans le seul but de s’assurer contre un renversement éventuel du régime russe, qui ramènerait Moscou dans le camp occidental.

Si des libéraux pro-Europe prennent la relève du clan Poutine (comme l’espèrent l’Ukraine, la Pologne et quelques autres alliés du Royaume-Uni), la Chine se sentira encerclée et devra renforcer sa très longue frontière nord. Il convient donc d’éviter cette rotation de même qu’il faut empêcher le retour de l’Iran dans la roue des alliances militaires que les Etats-Unis ont mis en place en Asie et sur le pourtour de l’Océan indien. En même temps, cette volonté de maintenir les tensions ne se veut pas agressive ; il faut à la fois éviter la guerre et bloquer tout véritable processus de paix. Rien ne vaut une paix l’arme au pied ! D’autant qu’en Chine même des voix s’élèvent pour critiquer cette tendance à privilégier les tensions parce qu’elle nuit aux affaires. Ainsi que le disait quelques jours avant la visite de Xi une source très suivie, le blog "Les commentaires de Zhou Xuan" :

"Depuis le début de la guerre entre la Russie et l'Ukraine, nous avons eu en Chine un débat animé sur cette guerre. Ce débat est devenu encore plus vif lorsqu'il s'est avéré que la Russie a été repoussée et que ses performances sont médiocres.

La perception publique dominante est que la Russie, seule contre l'OTAN et les États-Unis, nous a fait gagner un temps précieux pour notre développement pacifique et a contribué à alléger la pression sur nous. Une fois la Russie effondrée, les États-Unis et l'OTAN se reporteront en Asie forts d’une grande victoire, et alors la Chine devra faire face seule à leur pression. C'est pourquoi nous devons faire tout ce qui est possible pour aider la Russie.

Les arguments en faveur de la Russie ont prévalu surtout au cours des derniers mois, lorsque la Russie a obtenu des résultats très médiocres sur le champ de bataille et a même subi un revers après l'autre.

Or, curieusement, notre État n'a pas suivi ce point de vue, mais a adopté une position strictement neutre, traitant le soutien à la Russie avec peu d'enthousiasme et faisant même preuve d'une certaine distance à son égard. Pourquoi en est-il ainsi ? L'une des principales raisons est que la Russie n'est pas un bon partenaire pour la coopération et le soutien. La Russie n'a jamais voulu coopérer sincèrement avec nous.

Premièrement, le cœur de la Russie a toujours été du côté de l'Occident. La propension des dirigeants russes à s'incliner devant la culture occidentale est quelque chose qui dépasse notre entendement. À l'époque de la Russie tsariste, on se moquait des nobles russes s'ils ne parlaient pas français. Aujourd'hui encore, presque tous les hauts dirigeants russes aiment l'Occident, aspirent à l'Occident, tous les biens de leurs familles se trouvent en Occident, et leurs fils et filles vivent en Occident.

La Russie a jusqu'à présent placé tous ses espoirs dans l'Occident et n'a jamais songé à coopérer véritablement avec nous.

Et non seulement elle ne veut pas coopérer, mais elle prend aussi des précautions contre nous. Quand nous voulons construire un chemin de fer pour desservir l’Asie centrale en passant par le Kirghizstan et l'Ouzbékistan, la Russie est inflexible. Nous voulons construire un pont entre le Heilongjiang et la Sibérie mais la Russie est également réticente depuis longtemps. Tout cela parce qu'elle a peur que nos forces pénètrent en Asie centrale et en Sibérie.

Si nous aidons et soutenons unilatéralement la Russie, dès que la situation de la Russie s'améliorera, la première chose qu'elle fera sera de nous abandonner et de retourner dans les bras de l'Occident. La Chine, rejetée par l'Occident, se retrouvera alors toute seule.

Deuxièmement, les Russes sont un peuple très arrogant, qui, au fond, méprise les Asiatiques. Les seules personnes que les Russes parviennent à admirer sont les Européens de l'Ouest et les Américains. Les Russes méprisent les Asiatiques. Cela les fait paraître arrogants à bien des égards.

Par exemple, lorsque la Russie a voulu attaquer l'Ukraine, elle ne nous l'a pas dit à l'avance, mais nous mis devant le fait accompli. Lorsqu'ils ont besoin de l'aide de la Chine, ils ne nous la demandent pas, mais donnent l'impression que nous sommes honorés de les aider. Comme si c'était ce que nous devions faire en premier lieu. Ils nous voient toujours comme le petit frère que nous étions autrefois.

Troisièmement, la Chine a le plus à gagner si elle s'en tient à la neutralité. En fait, la Chine bénéficie de l'implication de la Russie dans une guerre aussi malheureuse. D'un côté, nous sommes strictement neutres et permettons à la Russie de retourner son feu contre elle-même; d'un autre côté nous faisons des affaires avec l'Occident et gagnons beaucoup d'argent.

Ainsi, non seulement nous maintenons une stricte neutralité, mais nous repoussons également la Russie de temps en temps, l'aidant ainsi à prendre conscience de sa véritable place. »