" /> Une sanctionnite modérée - Dombast

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Une sanctionnite modérée

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Zelenski faisait voter ces jours-ci par le parlement ukrainien une loi stupéfiante qui prescrit que l’Iran sera “sanctionné pour 50 ans par l’Ukraine“ c’est à dire que tout commerce sera prohibé entre les deux pays, toutes les sociétés mixtes démantelées, au motif que l’Iran se conduit en belligérant et allié actif de la Russie. Le motif se comprend et la décision aurait même pu intervenir plus tôt si l’Ukraine n’avait pas continué à vendre ses céréales à l’Iran après que son avion civil ait été abattu le 8 janvier 2020. La loi qui vient d’être votée a ceci de bizarre qu’elle prévoit une suspension complète des relations diplomatiques et consulaires pour une durée très longue, comme si l’équipe Zelenski pariait sur une grande longévité du régime iranien, triste calcul qui lui est sans doute inspiré par Londres dont l’expertise prévaut à Kiev sur toutes les autres... Que le peuple iranien ait peu de chances de se libérer bientôt, admettons, mais n’est-il pas incroyablement grossier de lui signifier ainsi qu’il est définitivement à la merci de ses bailleurs chinois très pingres et de douteux “ingénieurs coopérants“ russes ? La finesse ne fut jamais la qualité première des Cosaques zaporogues.

Les sanctions, invention américaine récente que les bien-pensants croient désormais judicieuse et efficace, ne font pas recette dans les trois-quarts du monde parce que tout régime rebelle du type “rogue-state“ se sait à la merci de leur extension à ses élites. Elles ne plaisent pas non plus à tous les Russes qui militent contre Poutine, bien qu’elles semblent convaincantes aux générations montantes, fortement influencées par la rhétorique de Navalny. On peut constater que les partisans des sanctions et de l’isolement politique accru, d’un “cordon sanitaire“ autour du Kremlin, sont les mêmes justiciers qui souhaitent que la guerre conduise à la chute du régime et ne voient dans la cause ukrainienne que le dernier recours pour en finir avec la terreur politique sévissant en Russie. Les opposant à Poutine sont ainsi tous devenus des partisans de la victoire de Kiev, un peu comme les gaullistes de 1943 ne pouvaient qu’espérer une victoire anglaise pour débarrasser la France de Pétain. Et l’opposition russe toute entière d’applaudir au nationalisme ukrainien, au particularisme de tout opposant à la centralisation autoritaire…

Cette belle unanimité en faveur des cultures locales, des institutions ouvertes et démocratiques, etc. cesse dès lors qu’il devient question de renoncer aux fondements ultra-libéraux de la société russe, chevillés au régime depuis 1992. Pour le dire nettement : la bourgeoisie s’effraie des conséquences de la défaite militaire. Elle craint une remise générale des fondements de sa prospérité au moment où il apparaîtra que sa domination n’est justifiée que par son allégeance au régime policier. Sans surprise, le juriste libéral Pastoukhov s’inquiète à l’avance des rigueurs bolchéviques qui viendraient couronner la sanctionnite à tout va :

« Les supposées "sanctions de principe" imposées aux membres de l'élite russe au motif de leur "commune allégeance " au régime ont commencé à être imposées immédiatement après le déclenchement de la guerre - d'abord individuellement, puis en vertu de " listes " ; lesquelles sont devenues la principale source de scandales publics, doublés de peu d'effets bénéfiques réels. L'idée centrale qui justifiait ces sanctions était l'hypothèse selon laquelle leur mise en œuvre diviserait les élites et conduirait à un soulèvement contre Poutine. Un an et demi après le début de la guerre, on peut dire que cette hypothèse n'a pas été confirmée empiriquement. On peut même affirmer que les sanctions ont contribué à la consolidation des élites autour de Poutine.

Si la politique de sanctions se fonde sur le simple ressentiment, il n'y a pas de doute : presque tous les membres de l'élite russe sont responsables de ce qui se passe, d'une manière ou d'une autre ; il est donc facile de justifier la nécessité de sanctions "contre tout le monde". Mais si les sanctions ont des objectifs politiques, il est nécessaire de dissocier deux "profils" de responsabilités : - celle de complicité dans la formation du régime militariste de Poutine et celle des crimes de guerre de ce régime - et de les classer par ordre de priorité. Une part importante, voire écrasante, de l'élite russe actuelle (financière, politique, médiatique) a participé à la formation du régime. En même temps, seule une petite partie de cette élite soutient la guerre, et il y a peu de partisans de la guerre dans les échelons supérieurs. La question qui se pose est la suivante : que faire de la partie de l'élite qui a sans aucun doute contribué à façonner le régime de Poutine, mais qui est aujourd'hui extrêmement négative à l'égard de la guerre et, par conséquent, à l'égard du régime lui-même ?

L'approche dominante aujourd'hui est que toutes ces personnes devraient faire l'objet de sanctions, à moins que l'une d'entre elles n'ait ouvertement et activement critiqué le régime (mais dans les faits, cela ne constitue pas non plus un motif d'exemption des sanctions). Dans quelle mesure cette approche est-elle appropriée ? Tout dépend de l'horizon de planification qui nous importe. Le rôle politique des anciennes élites dans la Russie actuelle de Poutine est proche de zéro. Elles sont mises à l'écart des processus décisionnels et ne sont préservées, d'un point de vue politique, qu'en tant que "produits en conserve". En ce sens, les sanctions n'ajoutent ni ne retranchent rien à la situation. Toutefois, au moment de la transition entre la Russie de Poutine et la Russie post-Poutine, leur rôle dans la prévention de l'accession au pouvoir des factions les plus réactionnaires du régime pourrait être tout à fait significatif. Il est très probable qu'un dialogue avec ce segment anti-guerre (qui n’apparaît pas publiquement) de l'élite de Poutine produira à long terme de meilleurs résultats que son aseptisation totale.

À mon avis, la politique de sanctions à l'égard de la Russie est dans une impasse logistique. Nous devons décider ce que nous attendons des sanctions. S'agit-il d'un outil d'influence ou d'un moyen de demander des comptes à quelqu'un ? S'il s'agit d'un moyen de demander des comptes, de quoi s'agit-il : de complicité dans la formation d'un régime criminel ou de complicité dans le déclenchement d'une guerre ?
Ce sont des questions complexes et chacune d'entre elles peut avoir des réponses différentes. Ma réponse est que les sanctions sont avant tout un instrument d'influence. Les sanctions sont nécessaires, mais en temps de guerre, elles doivent être spécifiquement liées à la guerre, c'est-à-dire appliquées à des individus qui ont contribué par leurs actions au déclenchement de la guerre, qui soutiennent actuellement la guerre ou qui en sont les bénéficiaires directs. Et la question de la responsabilité de ceux qui ont contribué à l'émergence de ce régime, qui ont été ses poches, qui ont tiré les marrons du feu et ainsi de suite, peut et doit être résolue plus tard [...] »

Cette position vous choque ? Préparez-vous à ces discours et à l’adoption de mesures “chèvre-chou“ car les Occidentaux vainqueurs s’y retrouveront mieux avec le marais des affairistes qu’avec les militants intransigeants qui essaieront de nettoyer le pays au nom de la morale et la justice.