« Le ministre russe de la défense, Sergeï Shoïgou, a exigé que toutes les "unités de volontaires" présentes sur le front en Ukraine soient transférées au ministère de la défense et signé une directive stipulant qu’elles doivent être contractualisées d'ici le 1er juillet.
L'africanisation de la Russie se poursuit. La même histoire s'est produite au Soudan il n'y a pas si longtemps. Au début, il était très pratique pour le gouvernement soudanais et son armée d'utiliser les unités paramilitaires de la milice indigène Djandjawid dans les opérations de combat contre les rebelles au Darfour, contre ceux du Sud-Soudan, et les autorités ont fermé les yeux et même encouragé les atrocités des Djandjawid allant jusqu'au génocide de la population locale. C'est d'ailleurs au titre du génocide au Darfour que l'ancien président soudanais Omar al-Bashir a reçu une invitation à se présenter devant la Cour internationale de justice. Presque comme le nôtre, et sur un sujet tout aussi trivial.
Les Djandjawids ont rapidement pris le dessus et sont devenus une armée parallèle dotée de chars, d'avions et de pièces d'artillerie. À un moment donné, les commandants des Djandjawids ont cessé d'apprécier leur statut obscur et la structure a été rebaptisée Force de réaction rapide soudanaise - ce qui correspondait globalement à sa fonction : il s’agissait bien d’un sonderkommando punitif classique.
En somme, rien de nouveau - des SS, mais cette fois sans contrôle de l'État. L'armée a donc décidé de mettre fin à ces absurdités et d'incorporer la Force de réaction rapide au ministère de la Défense. C'est la raison de la mutinerie de cette structure, qui contrôle aujourd'hui environ un tiers du Soudan.
En Russie, Wagner n'est pas encore devenu une force égale à l'armée en termes de capacités, surtout si l'on considère sa genèse : c'est de fait une armée, qui n'a pas été créée par le commandement central mais par l'ancien GRU, qui contrôle cette structure.
En fait, le conflit entre le ministère de la défense et Wagner est un conflit entre la direction centrale du ministère de la défense et le renseignement militaire. L'appareil central étant composé de fonctionnaires, le corps des officiers militaires professionnels, n’ayant aucun respect pour ses talents de chef militaire et affichant son dédain à son égard, n’est certainement pas prêts à obéir à une personnalité militaire aussi éminente que Shoïgou (qui n’est pas militaire NdT).
En cela, le conflit russe n'est donc pas exactement semblable au conflit soudanais – leurs histoires sont très différentes. Mais structurellement identiques. L'État a déjà accumulé tant de structures de pouvoir qu'il est impossible d'éviter les conflits dans cet espace. Et plus on avance, plus ils seront vifs et implacables. »
Anatoli Nesmiyan le 11 juin 2023
PS = Prigojine a déclaré que le PMC Wagner ne suivra pas l'injonction de Shoïgou et ne signera aucun contrat avec le ministère de la défense. Ni à titre personnel, ni à quelque autre titre que ce soit.
L'espace du conflit est en train de se constituer. Le Soudan à l'état pur. La deuxième armée du monde contre le premier corps mercenaire du monde. Reste à savoir quel lieu sera choisi pour les hostilités. Je suggère Novo-Ogarevo, bien sûr (où se trouve la datcha de Poutine NdT). Et aussi la zone de l'autoroute Novorijskoe (datchas d’autres dirigeants et oligarques NdT). Mais ce serait trop beau pour être vrai. »
