" /> La star-up et ses bailleurs - Dombast

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La star-up et ses bailleurs

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Dimanche 4 mai, avant l’annonce de la catastrophe écologique générée par la rupture du barrage de Kakhovka, vidant soudain un réservoir de 1850km2 sur des zones habitées dix fois plus vastes, V Pastoukhov émet un billet en deux parties à quelques heures d’intervalle. À mille lieues des rodomontades belliqueuses et des assurances la main sur le coeur, il évoque des réalités dont on évite débattre. Du moins dispose-t-il d’informations qui, sans être fracassantes, ne nous parviennent pas par d’autres voies :   « Il me semble que la signification métaphysique du jeu politique dénommé “contre-offensive ukrainienne“ commence lentement à devenir claire.   Le pivot autour duquel semble tourner l'intrigue de ce thriller politique désormais sans fin n'est pas une compétition entre renseignements militaires ou un affrontement des récits de propagande, mais plutôt un désaccord entre l'Ukraine et certains de ses alliés et donateurs occidentaux quant à la durée de la guerre et aux conditions auxquelles une trêve avec Poutine est possible.   À mon avis, ce sont précisément les frictions entre les partenaires de la coalition anti-Poutine qui provoquent l'étincelle qui alimente les controverses sur une "offensive presque inévitable, à laquelle l'Ukraine n'est une fois de plus pas préparée". Pour cette raison même, je pense que l'offensive a finalement plus de chances de se produire que de ne pas se produire, quel que soit le degré de préparation de l'Ukraine.

L'Ukraine estime que la guerre peut et doit être menée jusqu'à ce qu'elle parvienne à vaincre militairement la Russie, victoire qui se matérialise par la libération de tous les territoires occupés, y compris la Crimée. L'Ukraine ne reconnaît aucune contrainte de temps ou de ressources. Le seul problème est que ses ressources sont empruntées.

La Russie fait mine d’avoir déjà gagné et veut consolider le résultat obtenu. En d'autres termes, la Russie veut mettre fin rapidement à la phase militaire ouverte du conflit qu'elle a provoqué et revenir à une "guerre hybride". La condition d'une telle paix est la reconnaissance de nouvelles frontières, ce qui équivaut à une capitulation partielle de l'Ukraine et de l'Occident qui la soutient. Partielle parce que les objectifs initiaux de la guerre - l'établissement d'un gouvernement contrôlé par Moscou en Ukraine - n'ont pas été atteints.

L'Occident, tant en paroles qu'en actes, soutient l'Ukraine et souhaite sa victoire. Mais ce soutien n'est pas inconditionnel. Contrairement à l'Ukraine, l'Occident ne considère pas cette guerre comme existentielle pour lui et compte donc l'argent. Dans son esprit, tout a un prix, et la victoire aussi. En anglais, on emploie en de tels cas cette expression : "this is not the mountain on which I am prepared to die". Le conflit russo-ukrainien, malgré toute son importance, n'est pas la montagne sur laquelle l'Occident est prêt à mourir.

L'Ukraine, qui ne sera pas solvable du prix de la victoire, ne laisse aucune place au compromis. De son point de vue il n’y a qu’une paix, en noir et blanc – une fois libérés ses territoires.  L'Occident conserve une "vision en demi-teinte" de la situation ; pour lui, de nombreuses nuances de paix continuent d’exister. En principe, il recherche la même chose que l'Ukraine, mais son prix importe pour lui.

L'Occident observe que la préservation de l'État ukrainien a un prix tandis que la récupération par l'Ukraine de ses territoires occupés en a un autre. Je pense qu'il s'agit du point le plus délicat et le plus sensible dans les relations entre l'Ukraine et ses partenaires de la coalition. Je suppose que l'Occident est désormais prêt à payer sans compter pour la préservation de l'Ukraine indépendante, alors qu'il se prépare à allouer des ressources limitées pour la récupération des territoires, sur la base du principe de suffisance raisonnable. Arrêter l'agression (l'expansion) de Moscou est une chose - à cette fin, l'Ukraine sera soutenue autant que nécessaire. S’agissant d'une Russie sur la défensive, qui s'accroche à la nouvelle frontière que l'Ukraine tente de franchir, c'est autre chose et dans ce cas, les donateurs voudront limiter le montant de l'investissement dans la guerre à une certaine limite (temporelle par exemple).

L'Occident est prêt à investir dans un projet réussi, mais n'est pas disposé à financer éternellement des tentatives infructueuses de reconquête d'un territoire. Non pas parce qu'il aime ou craint Poutine, mais parce qu'il a l'habitude de compter l'argent. C'est à ce moment-là que la question de la contre-offensive se pose. On comprend d’ailleurs mieux pourquoi on parle toujours de contre-offensive, pour éviter de souligner le passage de la Russie à une stratégie défensive (du moins à ce stade de la guerre).

La discussion entre l'Ukraine et l'Occident ressemble de plus en plus à un "bras de fer" entre un investisseur et les dirigeants d'une "start-up". L'Occident demande à Zelensky de confirmer que le plan de libération des territoires n'est pas une utopie. Zelensky présente un tel plan et demande qu’on le finance intégralement par les armes. L'Occident fait ses propres calculs et accorde quelque chose, ou pas, et demande en même temps qu'on lui montre un résultat intermédiaire pour s'assurer que la "start-up" n'est pas improductive. Zelensky répond qu'il n'y a "absolument pas assez de ressources" et donc pas de résultat intermédiaire, ce qui fait que l'offensive est à chaque fois reportée "à plus tard". En somme, le marchandage commence juste.

Quelle est la prochaine étape ? L'expérience des business-plans montre qu'il existe deux scénarios pour résoudre ce conflit d'intérêts. Soit le management de la startup implique l'investisseur dans son système pyramidal, soit l'investisseur introduit un management externe dans la startup. À ce stade, il est difficile de prédire la direction que prendront les négociations entre l'Ukraine et l'Occident. Il est très probable que Kiev doive exhiber un résultat intermédiaire, passant à l'offensive pour continuer à bénéficier d’investissements. »