La pantalonnade est navrante à pleurer, les acteurs sont de mauvais comiques… la société russe choisit tout de même d’en rigoler, car rire fut toujours chez elle la politesse du désespoir. Nous traduisons deux posts qu’on s’est beaucoup repassé sur la Toile :
Le premier dès dimanche « Ce furent deux jours extraordinaires, remplis de contenu et d'attentes joyeuses. Ils nous ont été offerts par le principal animateur de 2023, Evgueniy Viktorovitch Prigojine, qui a été possédé pendant un certain temps par l'esprit de son homonyme Joseph Prigojine, producteur et animateur lui aussi, mais moins célèbre. Personne ne comprenait ce qui se passait, mais tout le monde regardait en retenant son souffle, car ça ressemblait à la vie. En somme, comme le chantait Lioubov Ouspenskaïa, stylistiquement proche de Prigojine : "C'était une chevauchée fascinante, Personne n'a jamais plaisanté comme lui et moi...".
Au début, une intrigue banale qui ne promet pas une suite solide : quelqu'un a bombardé quelqu'un, mais au fait qui a attaqué qui ? Voilà qui n'est pas encore très clair à ce jour. Mais ça n'a pas d'importance, car c'est alors que retentissent les monologues d'un auteur puissant, Prigojine, sur un thème général : "Nous sommes offensés... Pour l'État". Personne n'a compris comment ces monologues ont permis de prendre le contrôle de Rostov (la capitale d’un district fédéral, soit dit en passant). Mais lorsque, dans la soirée, il est apparu que Rostov avait été prise, tout le monde a été gonflé à bloc, bien entendu. Sur ce, les spectateurs, un peu exaltés mais heureux, sont allés se coucher pour l'entracte, et au matin, ils se sont réveillés pour découvrir qu'on était au milieu du deuxième acte, et qu'il s'avérait que Voronej était bombardée. Ce n'est qu'à ce moment-là que l'on a commencé à douter qu'il s'agisse vraiment d'une comédie. De plus, la scène était masquée par la fumée des moteurs de chars et nous n'avons rien pu voir de toute la journée. C'était déjà un théâtre d'ombres de chars. Ils se dirigeaient soit vers Lipetsk, soit vers Toula (depuis la salle il était impossible de comprendre) et tout le temps, au-dessus de la scène, il y avait une affiche "A Moscou, à Moscou ! La voix de Prigojine en coulisses devenait de moins en moins audible, mais personne n'y prêtait attention. Tout le monde regardait les chars et comptait les mètres qui les séparaient de Moscou. Au milieu de la journée, Poutine, qui avait disparu au premier acte et s’était entouré de procureurs en rouge, est soudain sorti des coulisses et a déclaré qu'il s'agissait d'une mutinerie. Mais tout le monde n'attendait que cela et s’est mis à applaudir bruyamment et à crier : " Allez, on se mutine ! " Puis les lumières se sont éteintes et Peskov est apparu au centre de la scène, tout de blanc vêtu. Il a dit, comme font les poètes : " Tout est fini ". Puis précisé qu'il s'agissait d'une blague, d'une plaisanterie, et a demandé à tout le monde de rentrer chez soi. Quoi qu'il en soit, à la fin du deuxième jour, le public était rentré chez lui dans ses habituels intérieurs lugubres. Il s'est avéré que ce n'était pas la vie, mais seulement une illusion. La vie est restée telle qu'elle était. Mais ne nous laissons pas abattre : tant que le théâtre est avec nous, il y a de l'espoir. V. Pastoukhov
Le 25 juin 2023 à 12:07 :
Second post de la même veine, d’une chaîne Telegram dont l’objet est de se payer la tête de la présentatrice du 20h de la Première chaîne TV russe: « Les moustaches de Kourakina » (39 mille abonnés) https://t.me/FSBRyazan
« Dans la soirée du 23 juin, le chef des mercenaires, Evgueni Prigojine, a rompu la trêve du Sabbat et a déclaré qu'il allait chercher le ministre de la défense, Sergueï Shoïgou, et que quiconque se mettrait en travers de son chemin serait tué. Dans la nuit, Rostov a été prise. Tôt dans la matinée, le quartier général du district militaire sud a été pris.
Le général Yunus-Bek Yevkurov (vice-ministre NdT) est resté assis tranquillement et n'a pas essayé d'étrangler à mains nues ou au moins de mordre la pomme d'Adam du rebelle Evgueniy Prigojine afin d’obtenir une deuxième étoile de Héros de la Russie, méritée au vu de la forte probabilité d'une issue fatale pour lui-même.
Le général Vladimir Alekseiev s'est filmé en train d'autoriser Evgueniy Prigojine à s’emparer de Sergueï Shoïgou, ce qui pourrait être considéré comme une participation à un attentat contre la vie d'un homme d'État.
À Rostov, la police n'a pas vérifié les papiers de personnes qui camouflaient leurs visages de bandages et avaient des armes à la main. La Rosgvardia n'a pas essayé de disperser le flash-mob militariste. Personne n'a été arrêté pour avoir participé à un rassemblement non autorisé, défilé dans les rues ou piétiné les pelouses. La police de la circulation n'a pas infligé d'amende aux conducteurs de poids lourds pour avoir pénétré dans le centre-ville.
Le 24 juin au matin, le président Vladimir Poutine prend la parole et déclare que c’est une mutinerie. Les fonctionnaires sur le terrain se sont immédiatement empressés de poster leurs clips. Pas un seul fonctionnaire ne s'est dressé en bouclier humain devant les colonnes armées. Pas un seul député n'est passé sous la chenille des engins. Pas un seul oligarque n'a bloqué la route avec ses voitures. Pas un seul char n'a été déployé devant eux. Pas une seule batterie d'artillerie ne se trouvait dans les buissons. Aucun cadre militaire n'était retranché derrière une barricade.
Comme les clips enregistrés par les fonctionnaires ne sont pas en mesure d’arrêter qui que ce soit, les routes sont bloquées par des camions et l'asphalte est défoncé. Dans la soirée, Prigojine et ses mercenaires ont atteint Lipetsk et s'approchent de la région de Moscou. En chemin, plusieurs personnes sont abattues, six hélicoptères et deux avions sont abattus.
Dans toute l'histoire de la Russie, jamais aucun individu animé d'intentions hostiles n'est parvenu aussi rapidement de la frontière à la capitale. À Moscou, le maire Sergueï Sobyanine a déclaré la journée de lundi fériée. Apparemment, en l'honneur de l'apparition d'Evgueni Prigojine.
Le 24 juin au soir, Evgueni Prigojine a annoncé à l'improviste qu'il faisait demi-tour et partait en colonie de vacances. Le 26 juin au soir, le président Vladimir Poutine a répété son discours et expliqué qu'il s'agissait en somme de consolider la société russe toute entière... 26 juin 23:19 (461mille vues)
