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Au Moyen-Orient, les vrais arguments de la Chine, ceux qui pèsent lourd dans la balance, ne sont peut-être pas seulement commerciaux : une véritable bataille rangée se dessine, celle de la généralisation des programmes nucléaires civils, toujours vecteurs d’un risque important de dérive… La Turquie, les Emirats et l'Arabie Saoudite veulent un accès aux technologies. Leur soudain pacifisme tous azimuts est motivé par la promesse qu’ils seront aidés par les USA ou à défaut par la Chine, voir la Russie...

Hier 8 juin 2023, le prince Faiçal bin Farhan al Saoud, ministre des affaires étrangères du royaume d’Arabie a déclaré, lors d'une conférence de presse conjointe avec le secrétaire d'État américain Anthony Blinken, que le royaume serait ravi que les États-Unis soient l'un des soumissionnaires pour le développement du vaste programme nucléaire civil du pays.

Le transfert d'une partie de la technologie nucléaire civile des États-Unis vers l'Arabie saoudite était une contrepartie e l'adhésion aux traités de paix avec Israël (les accords d'Abraham). L'un des thèmes du voyage de Blinken semble avoir été de biaiser ou temporiser mais Riyad indique par ce rappel très poli sa volonté d’avancer. En clair, venez vite monter une centrale clefs en mains, sinon les Chinois la construiront.

Et les ingénieurs iraniens nous indiqueront comment en tirer le meilleur parti : selon l’agence de presse iranienne Nour- News les autorités des deux pays examinent la possibilité d'une coopération entre Téhéran et Riyad dans le domaine nucléaire. L'Iran se dit prêt à transférer des technologies nucléaires pacifiques à l'Arabie saoudite. Et pourquoi pas des centrifugeuses nord-coréennes ?

Les Saoudiens sont impatients de signer l'accord intergouvernemental avec les États-Unis mais ces derniers imposent des restrictions dictées par Israël. Alors que la Russie a proposé ses services à l'Arabie saoudite sans aucune restriction, sur le modèle adopté récemment avec la Turquie. En fait, le programme nucléaire saoudien est déjà discrètement mis en œuvre. Pas avec la Russie, ni avec les États-Unis, mais avec la Chine. Au cours des trois ou quatre dernières années, la Chine a aidé l'Arabie saoudite à identifier six à huit gisements d'uranium dans l'ouest du pays. On manque de précisions sur ces chantiers, peu de journalistes en régions isolées ?

En 2017, la China National Nuclear Corporation et la Commission géologique d'Arabie saoudite ont signé un protocole d'accord sur l'exploration de l'uranium. En 2021, le service géologique saoudien a remercié par écrit l'Institut de recherche géologique sur l'uranium de Pékin pour l'avoir aidé à explorer les ressources en uranium et en thorium.

Jusqu'à présent, la coopération avec la Chine a été très limitée ; on ne sait si Pékin va ou non aider à l'enrichissement de l'uranium. Mais on sait que les Iraniens se sont passés de l’aide chinoise en la matière : il y avait pour cette tâche d’autres amis ponctuels, Coréens et/ou Pakistanais. Le tableau est le suivant : la Chine coopère déjà avec les Saoudiens ; non seulement ils ont signé des accords intergouvernementaux, mais ils ont déjà une certaine expérience du travail conjoint au niveau des organisations sectorielles ; la Russie et l'Iran proposent activement leurs services ; les États-Unis discutent, mais ne sont pas encore prêts à assouplir les termes de la coopération...

La Chine n’a pas fait de geste spectaculaire mais le terrain est prêt depuis 2016, puisque Xi de passage à Riyad, avait alors signé un protocole d'accord évoquant la possibilité de construire des réacteurs chinois dans le pays. Le moment est donc venu pour les États-Unis de faire une nouvelle offre et cesser de biaiser. Il est évidemment difficile d’admettre que, dans les vingt à trente années à venir, deux ou trois puissances moyen-orientales accèdent à des technologies porteuses de risques majeurs. Mais comment expliquer à Riyad, au Caire, à Ankara et à Téhéran que les droits accordés à Islamabad ne leurs sont pas extensibles ? Pour ne rien dire des prérogatives de Tel Aviv, bénéficiaire dans les années 1956-1960 d’une exceptionnelle générosité française dont l’ancien Shah d’Iran fut informé et se crut digne de mériter… Divide