Ce lundi 26 juin, les experts et commentateurs occidentaux produisent quelques analyses, sont interviewés, se disent à vrai dire rassurés. Dans l’ensemble, les réseaux sociaux donnaient déjà le ton hier, déplorant une foutaise maquillée en sédition. Ici, un lettré anonyme qui connaît ses classiques (Gorki, Olecha ? Sologoub?) n’épargne personne :
« Quoi qu'on en dise, Prigojine est la première personne qui ait, tout au long des 20 dernières années en Russie, fait preuve d'une audace et d'un courage sans précédent dans toute la région ; les qualités mêmes qui font cruellement défaut dans le cloaque russe vicié. Dans ce royaume de la lâcheté, de la fadeur et des testicules de rats ratatinés, la société était avide d'énormes œufs rouges gorgés de sang, comme deux pastèques de Bakhtchisaraï. Et en mettant publiquement la main dans le pantalon de Prigojine, la société a tâtonné pour trouver ces couilles mêmes.
L'enthousiasme qui a envahi la société à l'occasion de la parade d’esbroufe & enculage de Prigojine est inexprimable. À mon avis, ce débordement émotionnel a dû atteindre presque toutes les couches de la société russe, depuis gens ordinaires jusqu’aux libéraux. En tout cas, j'ai vu de nombreux libéraux s'agiter sur leur chaise, anticipant un coup dur pour le Kremlin. Ce n’est pas une blague : Khodorkovski lui-même a soutenu Prigojine. J'ai même perçu une onde d'espoir : "Et si le rusé Prigojine prenait le pouvoir maintenant, libérait les prisonniers politiques et parvenait à réconcilier la Russie et l'Ukraine de manière à ce que cela convienne à toutes les parties - vu son talent pour la démagogie, pourquoi pas ? Ce n'est pas pour rien qu'avant la marche, il a déclaré que les Forces Ukrainiennes n'avaient pas bombardé le Donbass depuis des années ; ce n'est pas pour rien qu'il ne s'est jamais permis une seule fois de faire des remarques insultantes sur l'Ukraine.
Prigojine a donné quelque chose que personne d'autre en Russie n'avait en réserve : l'espoir, l'espoir d'un changement. Chacun attendait son changement à soi : certains voulaient sortir de la crise géopolitique militaire, d'autres voulaient une "frappe nucléaire sur ces putains d’Ukros", d'autres encore voulaient enfin montrer aux arrogants "gosses de riches" qui était le patron, d'autres enfin se réjouissaient simplement que quelque chose ait commencé à se produire en Russie au moins. La Russie est pays de faiblesse stérile et impuissante, tout patriote en a conscience au plus profond de lui-même ; la Russie est un pays d'extrême mesquinerie, d'ignorance et de bourgeoisie dans ses manifestations les plus répugnantes ; la Russie, c'est quand, pour paraphraser le classique, "nous chantons les louanges de la mesquinerie des bas-fonds ; la mesquinerie des bas-fonds, voilà le sage enseignement de la vie !“ À cet égard, Prigojine portait dans son dos, comme un gros baluchon, un vaste ensemble de bulles d'espoir, de changement, de courage, d'insouciance, de bienveillance... »
Tout ce qui s'est passé par la suite ne peut s'expliquer que d'une seule manière : Prigojine n'a commencé la marche que parce qu'il a appris qu'on avait décidé de l’éliminer. Il y a mis fin parce qu'il a reçu des garanties de sécurité. Il aurait pu faire un coup d'État militaire, au quel cas le risque d'échec et de mort était extrêmement élevé, mais c'est précisément dans un cas pareil que vous pouvez prendre le risque et aller jusqu'au bout. Si vous réussissiez, votre récompense serait une place de choix dans l'histoire, vous seriez objet d’études dans le monde entier, vous deviendriez l'idole de la population pour les années à venir, remplaçant le culte de Staline par votre propre culte. Mais qu'a fait Prigojine ? Il a laissé tomber tous ceux qui croyaient en lui, il a lâchement tout balancé dans les toilettes, et pour quoi ? Par intérêt personnel mesquin. On se serait souvenu de lui comme du nouveau Napoléon, mais on se souviendra de lui comme d'un petit Juif sournois d'Odessa, sifflant sa mourka dans une taverne bon marché de Moldovanka. L'oncle Jenya ne s'est pas révélé être un nouveau Trotsky, mais juste une tortue échappée de sous la soutane du Pope Gapone. Comment ne pas se rappeler qu'il est possible de dissocier Prigojine de la restauration sur contrats d'État, mais qu'il est impossible de dissocier Prigojine de la restauration pseudo-bourgeoise ?
Dans une célèbre conversation téléphonique, décrivant l'ère Poutine, le mari de Valeria a lâché une phrase frappante par sa brièveté : "Commencer. Pas finir. Chier au lit !". Ce sont ces mots qui devraient être inscrits sur la pierre tombale de Poutine. Ils devraient également être inscrits sur la pierre tombale de Prigojine, située à proximité. Et ce sont ces mots qui devraient accueillir le voyageur sur les armoiries de la Russie elle-même. » Chaine Telegram anonyme DnoNovosti (nouvelles des bas-fonds) https://t.me/dnovos le 25 juin à 12:19
