" /> Autoritarisme linguistique - Dombast

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Autoritarisme linguistique

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« Les députés du conseil municipal de Kiev viennent d’interdire l'usage public de productions culturelles en langue russe dans la capitale ukrainienne. J'ai relu plusieurs fois cette nouvelle, espérant discerner dans cet arbitraire anticonstitutionnel une clause précisant qu'il s'agissait là des produits issus de Russie ou du monde russe, en vain...

"Il est nécessaire de limiter définitivement les produits culturels en langue russe sur le territoire de la capitale de l'Ukraine", a déclaré le chef de la commission de l'éducation et de la science, Vadym Vassiltchouk, illustrant par son propre exemple la méthodologie du Kremlin et le peu de distance qui sépare la culture politique ukrainienne de la "rashka" et de la "sovka" (de la russité et du soviétisme NdT).

L'interdiction s'applique aux livres, aux films, à la musique, aux représentations théâtrales, aux concerts, aux événements culturels et éducatifs, aux objets de la culture matérielle et spirituelle...

Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie que ni les héros russophones de la guerre de résistance, ni les habitants des régions les plus touchées par l'agression russe, ni aucun autre citoyen ukrainien dont la langue maternelle est le russe, ne peuvent s'exprimer en public dans la capitale de leur propre pays, lequel exige, en même temps, d'en être aimé, protégé et... qu’on y paye des impôts.

La question qui se pose est la suivante : pourquoi le feraient-ils ? Pourquoi un citoyen devrait-il soutenir un État qui restreint ses droits, lui dit ce qu'il est autorisé à penser, entendre et regarder, qui il doit aimer, quelles chansons il doit chanter et dans quelle langue ? C'est comme aller au restaurant, payer son déjeuner et ne pas pouvoir choisir un plat sur la carte parce que le chef a tout décidé pour vous, sans tenir compte de vos désirs, de vos besoins et singularités. On sait que de tels lieux existent. Mais qui, à part les masochistes et les cocus, veut manger dans de tels endroits tout le temps ? “Mange donc de la viande, végétalien !“

La décision de discriminer les citoyens ukrainiens sur la base de leur appartenance ethnique a été soutenue par la majorité des députés de Kiev (71 sur 120), sans toutefois préciser comment leur lobby antidémocratique contrôlera la mise en œuvre de cette décision et punira les Ukrainiens " défaillants " pour usage de la " langue de l'agresseur ". 32 morsures de la langue, une pour chaque année d'indépendance ?

Très bien, messieurs les députés ! Tout est clair pour ce qui est de ces gens. La guerre est le moment idéal pour capitaliser le "patriotisme". Le silence des agneaux s’y incarne par la voix des "démocrates" des organes publics sur fond de cascade de commentaires joyeux sous l'actualité de ces violations des droits de l'homme : "Enfin !", "Il était temps !" Ainsi se révèle une laitière stalinienne sous le pèle mêle d’oripeaux européens (la laitière battant des records fut une héroïne du réalisme socialiste beaucoup statufiée sous Staline et après NdT)

Qui sont ces gens qui veulent vivre dans un monolithe ethnique ? Quel est leur nombre réel dans la société ukrainienne ? Et que peut offrir une telle société à l'homme moderne ? Le slogan "Tout sera Ukraine" ? (Все буде Україна paroles d'une chanson devenue un hymne NdT) Merci, mais j'aimerais qu'elle soit diversifiée. Sinon, les jeunes continueront à quitter l'Ukraine à la première occasion pour s’établir loin. Aucun d'entre nous ne veut vivre dans un second système (autoritaire NdT). L'unité imposée par le fusil du Kremlin et le fouet autochtone ne durera pas longtemps.

La démocratie, c'est le choix. De telles interdictions n'ont rien à voir avec ses valeurs. Le fait d'être agressé ne dispense pas du respect de la Constitution. La "décolonisation" est autant une "décolonisation" que la rue Ronald Reagan est le résultat d'une révolution nationale. » dadakinder le 14/07/23 à 8:28

Depuis le début de l’année 2023, on ne compte plus les prises de positions publiques d’artistes se prononçant contre le principe d’une langue nationale unique. Certains comme Girya ironisent en chansons sur le patriotisme douteux des gens de Lviv qui, locuteurs natifs de la langue officielle, ont poussé le patriotisme jusqu’à faire du trafic et revente d’aide humanitaire alors que des locuteurs de la “langue maudite de Poutine“ se font tuer sur le front pour la liberté des autres…

Que faut-il craindre de cette politique linguistique absurde ? 1. Qu’elle contribue à un exode massif des russophones qui appartiennent aux élites urbaines éduquées, 2. Qu’elle isole le pays du reste des anciennes républiques soviétiques pour une ou deux décennies (le temps que l’anglais supplante le russe comme le préconise Zelenski) 3. Qu’elle interdise aux Russes opposés au régime de Poutine et aux Biélorusses dissidents de s’établir en Ukraine alors qu’ils pourraient y amener un savoir-faire technique et scientifique très utile au relèvement.

Pour mémoire, la politique d’éradication du russe et de son remplacement par l’anglais n’a rien donné en Géorgie, sinon des chômeurs parmi les anciens enseignants de la langue coloniale. Certes, les générations montantes manient aisément l’anglais et y prennent un plaisir évident mais faute de s’employer efficacement sans l’usage du russe, elles continuent d’apprendre la langue des maudits Moscovites qui est un sésame pour les pays voisins, l’Asie centrale et surtout pour l’Ukraine… Au Kazakhstan comme en Ouzbékistan, on est pas mécontent d’apprendre l’anglais mais il sert surtout à s’adresser aux Turcs et aux Chinois, pas à la majorité des interlocuteurs économiques… au vrai, on aurait même plus intérêt à faire de l’allemand car la République fédérale est la seule terre d’accueil, le seul débouché possible en dehors de la Russie. Sauve qui peut ! Divide