Samedi 15 juillet, le porte-parole de la police iranienne a fait une annonce importante : le retour de la police des mœurs serait programmé pour le lendemain dimanche 16 (25 du mois de Tir). Dans une allocution longue et vindicative, l’officier a déclaré que des mesures drastiques allaient être prises "à la demande du peuple, de divers groupes sociaux et instituts, avec l'approbation du président du pays et du chef du pouvoir judiciaire". Cette mention désigne Eje’ï, l’homme qui avait déclaré au plus fort de la crise de l’automne que le régime islamique pouvait renoncer à une obligation qui ne peut être définie comme un pilier de la religion. De fait, un grand nombre de patrouilles opéraient ce dimanche pour contrôler le respect du code vestimentaire islamique dans le pays. À Téhéran, des bandes de filles non voilées ont été raflées en conduites en prison. La police des mœurs n'avait pas été formellement abolie après les manifestations de l'automne dernier, mais elle avait disparu des rues des villes iraniennes. Pour contrôler le respect du hijab, des caméras de surveillance enregistrant les jeunes filles sans foulard dans les voitures ont été mises en service depuis la fin du mois d'avril. En outre, les autorités ferment régulièrement les restaurants, les magasins et les centres commerciaux où des jeunes filles ne respectant pas le code vestimentaire islamique ont été repérées à plusieurs reprises.
L'économie iranienne va-t-elle mieux ? Non selon l'économiste Bijan Hadjepour, dont les analyses se distinguent par la profondeur et le soin méticuleux du détail : 1/ L'Iran est en pleine stagflation : une inflation énorme combinée à une croissance économique stagnante. 2/ Cette situation est essentiellement liée au déficit budgétaire. D'autres raisons, dont la corruption, s’ajoutent mais le déficit budgétaire est aujourd'hui le facteur déterminant. 3/ Le prix des denrées alimentaires monte plus vite que tous les autres prix. En conséquence, la culture de la consommation est en train de changer. Une famille moyenne ne peut plus se permettre d'acheter autant de viande qu'auparavant.
Pour faire face, la classe moyenne iranienne vend des actifs : pièces d'or, tapis, devises qui étaient autant de moyens traditionnels d'investir dans le pays. En d'autres termes, les Iraniens disposent de mécanismes pour compenser la baisse des revenus réels, mais plus la situation perdure, plus il leur est difficile d’y avoir recours. Pour la première fois dans l'histoire de l'Iran, l'inflation est plus élevée dans les zones rurales que dans les villes. En d'autres termes, toutes les tentatives des autorités pour protéger les pauvres des fluctuations économiques ont échoué. La base sociale du régime est ébranlée.
Les sanctions bancaires sont aisément contournées mais induisent un surcoût difficile à porter à long terme : le prix moyen du contournement est évalué à 6 %. Si le commerce extérieur de l'Iran pèse environ 120 milliards de dollars par an, cela signifie que 7 milliards sont perdus. C’est pourquoi l’Iran continue de proposer un moratoire de son programme nucléaire. Un accord intermédiaire avec les États-Unis pourrait libérer plusieurs milliards de dollars d'actifs gelés. Cela permettrait de couvrir en partie le déficit budgétaire et de réduire quelque peu l'inflation.
Face à l’imminence d’un accord dont les attendus sont tenus secrets, certains milieux politiques estiment nécessaire de geler toutes les conversations en cours. À Londres l’humeur serait à l’imposition de sanctions pour "activités hostiles" ou "mauvaise gestion". Selon le Times du 6 juillet, le Royaume-Uni a élargi le champ d'application des sanctions contre l'Iran parce que ce pays représente un danger direct pour la Grande-Bretagne. Cette fermeté inédite est sans doute liée à l’aide militaire que l’Iran fournit à la Russie contre l’Ukraine. Officiellement, c’est la détention arbitraire de ressortissants étrangers en Iran et les attentats contre des Iraniens en Europe qui justifient la sévérité. Le Times déplore aussi que les employés de la chaîne d’opposition Iran International, soutenue par l'Arabie Saoudite, aient été invités à quitter Londres pour les États-Unis pour des raisons de sécurité. Cet article révèle un inconfort britannique alors que Londres se sent obligé de maintenir le dialogue avec ses adversaires stratégiques. D’autant que le Kenya, bon élève du libéralisme africain demeuré lié à Londres, vient d’annoncer un programme de coopération avec l’Iran. Ebrahim Raïssi et son homologue kenyan William Ruto ont annoncé la construction d’une usine automobile à Mombasa ! Un dérivé des Peugeot que fabrique la firme Iran-Khodro sera produit au Kenya sous le nom de Kifarou qui signifie rhinocéros en langue locale… Ruto a également exhorté les entrepreneurs iraniens à investir dans les secteurs de la pharmacie et de l'équipement médical, précisant que l'Iran a déjà construit deux centres médicaux à Nairobi.
Cette offensive relève de la concurrence avec la Turquie voisine dont l’activité en Afrique est démultipliée. On voit ainsi que le risque de ruine et de nouveaux désordres internes ne conduit pas l’Iran à renoncer à son rayonnement international. Les ventes de drones au Venezuela et à d’autres clients plus discrets en témoignent. Une chaîne de montage de ces drones va ouvrir en Russie dans la banlieue de Kazan. Divide
