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Si vous fermez la porte à toutes les erreurs, la vérité restera dehors.

What hasn't happened

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Vladislav Inozemtsev n’est pas un grand producteur d’analyses rapides telles qu’en produisent les journalistes. Ce n’est pas sa profession : docteur en économie, il est plutôt analyste financier, consultant, et il dirige le Centre de recherche sur la société postindustrielle. Libéral et opposé à la dérive dictatoriale du régime depuis plus d’une décennie, il a été gratifié dès le début de la guerre du qualificatif infamant « agent de l’étranger ». Comme beaucoup d’universitaires de l’opposition, de gauche comme de droite, il s’enorgueillit de cette flétrissure et ne manque pas de l’afficher en exergue de ses papiers. https://en.wikipedia.org/wiki/Vladislav_Inozemtsev

Nous proposons aujourd’hui de brèves remarques assassines sur l’alignement des nouveaux riches sur le projet d’agression. Un alignement qu’une majorité d’experts russes et étrangers croyaient improbable, misant sur la défection massive des puissances d’argent :

« CE MATÉRIEL (CES INFORMATIONS) A ÉTÉ PRODUIT, DIFFUSÉ ET (OU) ENVOYÉ PAR L'AGENT ÉTRANGER VLADISLAV LEONIDOVITCH INOZEMTSEV OU EST LIÉ AUX ACTIVITÉS DE L'AGENT ÉTRANGER VLADISLAV LEONIDOVITCH INOZEMTSEV.

L’Opération spéciale dure depuis près d'un an et demi et beaucoup de choses ont changé en Russie au cours de cette période. Toutefois, il y a une tendance à laquelle peu de gens ont prêté attention. Je veux parler de “l'entente cordiale“ (en français dans le texte NdT) consolidée entre les autorités et les entreprises.

Si nous revenons à l'époque bénie où les libéraux de toutes obédiences, les activistes politiques pro-occidentaux et les artistes décadents non seulement couraient en liberté, mais recevaient parfois des prix, et où des opposants notoires, abusant de leurs droits, se présentaient à la Douma d'État et aux assemblées régionales... la dissonance évidente avec ce beau tableau était constituée des rapports faisant état d'arrestations et de poursuites d'hommes d'affaires. Rappelons cette horreur : en mars 2018, Ziyavouddin et Magomed Magomedov sont "enfermés" (19 et 18 ans de prison), en octobre 2018, Valery Markelov, le "roi de l'ordre public" (8 ans), en mars 2019, Mikhail Abyzov (toujours en détention provisoire), en avril 2019, Alexei Khotin (Banque "Yougra"),en juin, Vasily Boiko-Velikiy, en janvier 2020 Boris Mintz a fait l’objet d’un mandat d’arrêt et de recherche Interpol ; en automne 2020, Mikhail Khabarov (Trust Bank) a été placé en détention ; en 2021, les forces de l'ordre ont arrêté Alexander Lefel (PIK), August Meyer (Youlmart) et - en décembre - Olga Mirimskaya (Russian Product and BCF Bank), qui est toujours en détention provisoire. Après cela, le silence s'est installé. Un calme étonnant.

Nous nous souvenons que Dmitri Medvedev et de nombreux autres responsables avaient déclaré qu'ils condamneraient quiconque perturberait le bon ordre de défense de l'État. Tout est-il si sûr dans ce domaine qu'il n'y ait personne à condamner (après tout, l'augmentation des bénéfices du complexe militaro-industriel de plus de 50 % est déjà proverbiale) ? Eh, il semblerait que non. De nombreux hommes d'affaires ont rencontré toutes sortes de problèmes en Occident - tous sont les bienvenus à Moscou et aucune plainte n'a été déposée contre eux – y compris contre ceux qui ont "traîtreusement" pris leur jet privé juste après la rencontre avec le président le 24 février 2022 pour revenir six mois plus tard. Non qu’on leur ait fait grâce de leurs impôts, mais les jugements portés par qui vous savez (Lui-même en personne !) sur les oligarques sont oubliés, évaporés comme s’ils n'avaient jamais été prononcés : Farhad Akhmedov et Roman Trotsenko sont en liberté, tandis qu'Igor Guirkine est en prison, et même dans le cadre d'une affaire classée (un ex-militaire extrémiste de droite qui voulait châtier les hommes d’affaires qui est emprisonné au secret NdT)

Début février 2022, Poutine rencontre des juges et des procureurs et se fait octroyer un rapport sur le renforcement de la lutte contre les crimes économiques ; en février 2023, lors de la même réunion, le président déclare que "dans les conditions de l'agression, des sanctions.... la question des garanties législatives visant à protéger les entrepreneurs contre les poursuites pénales injustifiées se pose à nouveau". J'avoue ne pas avoir vérifié si le législateur l'avait déjà fait, mais on sait qu'en 2022, pour 27 % des entrepreneurs, les affaires engagées ont été classées et que des peines d'emprisonnement ont été prononcées à l'encontre de .... 6 % des accusés. Source : https://www.vedomosti.ru/society/news/2023/02/14/962967-sudi-prekratili-presledovanie (dans le système judiciaire russe la quasi totalité des accusés sont habituellement condamnés NdT)

Le contraste avec les incendiaires des portes des centres de recrutement militaire et les personnes qui aiment faire pipi sur Telegram est évident. Aujourd'hui, des scientifiques accusés d'espionnage meurent dans des centres de détention provisoire avant leur procès, tandis que les personnes condamnées pour non-paiement d'impôts sont libérées en toute sécurité pour simples raisons de santé.

Récemment, de nombreux amis ont attiré mon attention sur des rapports faisant état d'une forte augmentation de la fortune des "oligarques" russes au cours des derniers mois. C'est vrai, mais l'essentiel, à mon avis, ne réside pas dans les milliards, mais dans le fait que le gouvernement et les entreprises sont aujourd'hui plus unis que jamais. Malgré les délocalisations, la question de la double nationalité et même les insultes. Au moins jusqu'à la fin de l'"opération spéciale", la paix aura régné dans ses profondeurs. Et ce n'est qu'à Vilnius et à Londres, à Berlin et à Paris que les opposants rêvent béatement de la "scission inévitable des élites"… Traduit par Divide le 8/08/23

NB : Inozemtsev nous semble avoir raison de pointer une grave erreur des penseurs libéraux et des analystes occidentaux. Il n’y a pas eu de divorce entre les nouveaux bourgeois avides de propriétés en Europe et le Kremlin belliciste. Au grand dam des ultras de la réaction anti-libérale, tels que Douguine ou Guirkine-Strelkov qui espéraient que le Kremlin choisisse l’option populiste. Le même argumentaire “anti-bourgeois“ a été servi par Prigojine qui a dû sans doute à sa rhétorique “soviétique“ une bonne part de sa popularité et de l’inertie des masses et des soldats censés lui barrer la route. Prigojine disait vouloir nettoyer la Roublyovka, fameuse banlieue de Moscou où résident les plus nantis. Les masses le veulent, Prigojine non. Il a des biens à conserver...

V. Inozemtsev a par ailleurs déclaré que les sanctions ne convaincraient pas les Russes de se débarrasser de Poutine, car la plupart d'entre eux croient réellement que l'Ukraine fait partie de leur pays. Il a suggéré que l'Occident s'efforce d'inculper Poutine pour crimes de guerre, ouvrant par ce projet une perspective pour les élites financières et entrepreneuriales : la fin des sanctions sitôt que Poutine et ses généraux seront transférés à la Cour internationale de justice et réputés seuls coupables… Le subterfuge consoliderait la mafia en la désolidarisant des bellicistes. Il garantirait les Occidentaux contre le mauvais exemple des désordres d’une nouvelle révolution partageuse dans le pays vaincu, offrant de nouveaux interlocuteurs fiables et supposés pacifistes.

Hélas, bien qu’ Inozemtsev ait le nez creux, il ne peut aucunement garantir que les mafieux deviendront d’honnêtes partenaires en affaires. Ils semblent au contraire prendre un vif plaisir au contournement des sanctions et à la prolongation de la guerre. La non-victoire ne les affecte pas, ils ne sont pas anéantis par les confiscations. Des rivaux coriaces, haineux... inébranlables.