Nous sommes plongés dans une multiplication de guerres : Afrique, Caucase, etc. Et très mal renseignés sur l’ampleur réelle des conflits. Parce que nous minimisons d’instinct ceux qui se déroulent dans des univers lointains. Au fond, seule l’Europe nous importe et seuls des Européens nous émeuvent. Il est vrai que la grande guerre, celle que l’on pourra bientôt désigner en lettres majuscules, se déroule sur notre sol. La crise d’Ukraine n’a pas seulement provoqué un mouvement de réfugiés sans précédent, bien plus fort que la crise de Syrie, elle ne fait pas que nous coûter bien plus. Elle génère un nombre de victimes bien plus considérable que toutes les guerres depuis une cinquantaine d’années. Depuis la fin de celles du Vietnam du moins.
La chaîne Telegram russe “Wyortska“ révèle ces jours-ci des ordres de grandeur que le Kremlin n’évoque guère tandis que l’Ukraine tente aussi de ne pas effrayer son peuple avec le coût humain de l’aventure. Nous traduisons ici un extrait du communiqué de la chaîne d’opposition. Ses chiffres ne concernent que la Russie : « Deux cent trente mille certificats pour les membres des familles de combattants décédés.
Le ministère du Travail et de la Sécurité sociale de la Fédération de Russie a commandé près d'un million de certificats pour les vétérans des opérations de combat et les proches des vétérans de guerre décédés et handicapés. "Wyorstka" a déniché cet appel d’offres sur le portail des marchés publics. Ces chiffres confirment indirectement l'ampleur approximative du corps russe impliqué dans les batailles et de ses pertes.
Le ministère a commandé 757 305 certificats pour anciens combattants et 230 000 certificats pour les "membres de la famille d'un ancien combattant handicapé ou bien décédé". Le coût initial de cette confection est estimé à 79 millions de roubles.
Auparavant, en mai 2023, le Département avait signé un contrat d'État d'une valeur de 14 millions de roubles pour l'impression des documents, qui comprenaient également 95 907 certificats pour les anciens combattants et 23 716 pour les membres de la famille des défunts.
L'année dernière, l'impression des certificats a été beaucoup moins importante. Au cours de l'été 2022, le ministère du Travail a commandé l'impression de 82 840 formulaires de certificats pour les vétérans des opérations de combat et de 5 777 certificats pour les membres de la famille des défunts, le montant du contrat s'élevant à 9,8 millions de roubles. Au total, le ministère du Travail aura commandé 936 052 certificats pour les anciens combattants de la guerre. » Fin de citation.
On a ainsi une idée plus précise du nombre de soldats engagés dans le conflit et revenus chez eux ainsi que du nombre de ceux qui n’en sont pas revenus. 450 000 mille Russes sont en permanence sur le front.
Une phrase prononcée le 4 septembre par le maire de Moscou S. Sobyanine donne une estimation plus élevée : selon lui, 45 mille Moscovites combattent en Ukraine. Or, selon Rosstat, la population de Moscou représente près de 9 % de la population russe totale, soit environ 13 millions d'individus. Si la proportion de Moscovites est conforme à l'appel, le nombre d'hommes mobilisés par la Fédération de Russie s'élève à environ 500 000 militaires. Cependant, la population est dans l'ensemble convaincue, à raison, du fait qu'un pourcentage moindre de Moscovites est enrôlé dans l'armée par rapport aux Russes des provinces, plus pauvres et désoeuvrés. On dépasserait donc assez largement les 500 000.
Coté ukrainien, on a un nombre très supérieur de mobilisés, environ un million en permanence mais pas plus de la moitié en première ligne ; beaucoup de militaires déplorent que seuls 300 000 hommes soient engagés dans les combats et les rotations rares. On aurait un nombre de décès bien moindre mais de l’ordre de 180 000 au moins, cependant un chiffre supérieur de blessés demeurant handicapés (les brigades de soignants seraient plus efficaces).
Tout ceci reste terriblement flou ; on peut tenter de compiler pour obtenir une somme totale des militaires et conscrits morts de part et d'autre – entre 360 et 380 mille- ainsi qu’une somme totale des blessés réformés et demeurés handicapés - 80 mille environ. Des éléments sont donnés par les fabricants de prothèses, les vendeurs béquilles, etc. Ces chiffres ahurissants n’incluent pas les victimes civiles dont le nombre total est lui public.
