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Capitalisme au Kazakhstan

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Ce dimanche 29 octobre était journée de deuil national au Kazakhstan. Il s’agissait d’honorer les victimes d’une explosion souterraine à Temirtaou, la « montagne de fer » dans la région de Karaganda.

La veille, samedi 28, la mine « Kostenko » a été le théâtre d’un incident d’ampleur : au moins 28 mineurs sur les 252 travaillant dans cette mine sont décédés. 208 ont pu être évacués, 16 seraient portés disparus. Cet accident a provoqué la colère du président du Kazakhstan, Kasym-Jomart Tokayev, qui a exigé l'arrêt de toute coopération avec l’exploitant étranger, le fameux consortium luxembourgeois ArcelorMittal. Du côté de la multinationale, on fait remarquer que la procédure de restitution des mines à l’État est entamée depuis un mois environ, les principaux actes étant signés depuis quelques jours. Il est vrai que conflit avec ArcelorMittal est ancien, très vif et médiatisé depuis le 22 août, jour où les autorités kazakhes ont demandé à la société luxembourgeoise de préparer son départ du pays.

On se souviendra qu’Arcelor, groupe sidérurgique français, avait eu de telles pertes au début du siècle qu’il avait été question de le céder au plus offrant, le trust russe Severstal’ mais que, pour des raisons stratégiques, les Européens lui avaient préféré le moins disant Indo-Britannique Mittal. À la même époque, Mittal avait pu évincer Severstal’ de diverses autres contrées, dont le Kazakhstan. Aux yeux de ce dernier pays, la coopération avec une société de droit européen semblait promettre un traitement plus humain de la force de travail, un développement plus harmonieux, voir un embellissement des villes concernées. Il n’en fut bien-entendu rien. La voracité de l’investisseur apparut au contraire sans commune mesure avec ce que les Kazakhs avaient connu auparavant (mis à part les dizaines de milliers de détenus du Goulag auxquels on doit la première mise en valeur des mines et la construction d’un barrage dans les années 1950). https://fr.wikipedia.org/wiki/Temirtaw

« Trop de gens meurent pour Mittal » Tels sont les mots imprimés par un quotidien kazakh après qu’un incendie se soit déclaré à Temirtaou le 17 août dernier. 227 personnes sont concernées, 222 parviennent à remonter à la surface, 11 d’entre elles sont blessées et hospitalisées. Le 18 août au matin, les sauveteurs annoncent avoir retrouvé les corps de deux mineurs décédés, et poursuivre les recherches pour retrouver trois autres personnes. "La persistance d'accidents dans des entreprises appartenant à une société étrangère indique que cette dernière a gravement violé ses obligations en matière d'investissement et autres, ce qui aura des conséquences sur son maintien ultérieur sur le marché kazakh", indique le surlendemain un communiqué mis en ligne sur le site web de la présidence du pays. Enfin libre d’évoquer un sujet censuré, la presse annonce que de 2004 à 2021, 127 personnes sont mortes à la suite d'accidents dans les mines de la compagnie, en 2022, 10 personnes et 5 de plus donc en août de cette année. Craignant une colère populaire qui s’exprime rarement de manière pacifique dans le pays, le ministre des finances annonce la décision politique de tractations pour un départ à l’amiable de la firme étrangère. Le premier vice-premier ministre Roman Sklyar est commis pour négocier avec la direction d'ArcelorMittal. Le discours officiel devient alors plus offensif, presque xénophobe et néo-socialiste : « la société de l'homme d'affaires indien Lakshmi Mittal s’est conduite en colonialiste au Kazakhstan ».

Nous reprenons les détails suivants de divers sites locaux d’information tels que « FerghanaNews » : Lakshmi Mittal, qui, en 2008, occupait la quatrième place sur la liste mondiale de Forbes et qui, avec une fortune d'un peu plus de 16 milliards de dollars, figure aujourd'hui dans le deuxième tiers de cette liste, a commencé à s'intéresser à l'économie du Kazakhstan au milieu des années 90 du siècle dernier. L'homme d'affaires a acheté l'actif dans le cadre d'un appel d'offres fermé et on ne sait pas combien l'opération lui a coûté. Toutefois, le fait suivant témoigne de la rentabilité de l'achat : l’ex-gendre de l'ancien président du Kazakhstan Noursoultan Nazarbayev, Rakhat Aliyev, a noté dans ses mémoires que l'oligarque indien a donné au président de l'époque 50 % des actions de l'entreprise et 50 millions de dollars pour le contrôle de l'usine.

En septembre 2006, un accident s'est produit à la mine Lénine de Shakhtinsk. À l'époque, 41 personnes sont mortes et sept autres ont été blessées. Il s'est avéré par la suite que l'accident était dû à des défaillances techniques et à une erreur humaine. Un ventilateur local a été arrêté dans le front de taille pour des réparations programmées, ce qui a fait que la teneur en gaz dans l'une des impasses a dépassé la norme en l'espace d'une demi-heure. Les ingénieurs n'en ont pas tenu compte et ont alimenté cette section en électricité. L'équipement a produit des étincelles et une explosion s'est produite.

La version d'un dégagement soudain de méthane a également été envisagée, cette mine étant considérée comme l'une des plus dangereuses de la région. Quoi qu'il en soit, la police a ouvert une enquête pour violation des règles de sécurité, et plus de 20 personnes, dont la direction de la société étrangère, ont été accusées. Mais aucun des cadres supérieurs n'a été poursuivi ; ce sont les mécaniciens, ingénieurs et chefs d'équipe qui ont été sanctionnés - seulement six personnes, dont la plupart ont été condamnées à deux ou trois ans de colonie pénitentiaire.

En janvier 2008, une explosion s'est produite dans la mine Abayskaya, située dans la ville d'Abaï, dans la région de Karaganda. Bien que les mineurs aient averti la direction du niveau excessif de gaz, personne ne s'est empressé de résoudre le problème. 191 mineurs ont été confrontés à un blocage suivi d’un claquement sourd. 30 personnes ont perdu la vie, 14 autres ont été blessées. Les sauveteurs ont réussi à ramener les corps de sept d'entre eux à la surface, les autres ont brûlé sans laisser de traces dans la longue paroi en ébullition, qui s'est transformée en "charnier" pour eux. Cette section de la mine a été hermétiquement fermée après l'accident.

"Un porte-parole du département a déclaré qu'il était impossible de pénétrer dans la galerie et de récupérer les corps. Ils ont choisi la solution de facilité : ils ont laissé les gars brûler vif et scellé toutes les preuves", a commenté Olga Kinal, épouse d'un des mineurs décédés. On pourrait penser que ces accidents majeurs ont amené ArcelorMittal Temirtaou à reconsidérer son attitude en matière de sécurité ou à auditer d'autres installations industrielles. Pas du tout ! Les accidents faisant des victimes humaines ont continué. Par exemple, en 2021, six mineurs sont morts dans la même mine Abayskaya.

L'année dernière, deux incidents ont été signalés simultanément. En juin, les autorités ont constaté la mort de cinq employés de Mittal Corporation en l'espace d'une semaine. Tout d'abord, à l'usine métallurgique de Temirtaou, lors du démontage de la maçonnerie réfractaire d'un four de l'atelier de forgeage, le toit s'est effondré, laissant sous les décombres cinq travailleurs, dont un seul a survécu. Quelques jours plus tard, un homme est mort dans l'une des chaudières de CHPP-2, également fleuron des structures de la société ArcelorMittal Temirtaou.

Le départ précipité d’ArcelorMittal ne va pas faire la une de nos journaux. Il constitue une défaite britannique et européenne, ouvrant la voie à d’autres co-investisseurs, chinois peut-être puisque les aciers produits sont largement destinés à ce pays. Dans les circonstances actuelles et compte tenu des tensions avec la Russie, il est peu probable que l’État kazakh cède la majorité des parts de la société à des étrangers, quels qu’ils soient.