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Fatigue

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On apprend hier que le congrès américain ne vote pas les crédits de guerre pour l’Ukraine. Gageons qu’ils seront tout de même reconduits à la marge, les livraisons étant supportées par d’autres fournisseurs de matériel d’origine US qui sera évidement facturé ensuite à la maison mère par le biais d’un effacement de dettes, par des leasing interrompus et des remises de compteurs à zéro. L’OTAN ne peut pas prendre le risque de la défaite et va préférer éterniser le conflit pour éviter un constat funeste. La Pologne renâcle ? La Corée et le Pakistan feront le joint.

Avant que n’éclate à Washington le scandale du financement de l’État fédéral, voici une semaine environ, le juriste-philosophe V. Pastoukhov faisait ces réflexions :

« Le scénario le plus probable pour l'évolution de la situation actuelle est un pourrissement lent et douloureux jusqu'à ce que surviennent des changements révolutionnaires dans l'un des pays faisant partie du "triangle des Bermudes" politique, dans lequel la paix et la tranquillité de l'Europe moderne sont tombées. Par côtés du triangle, j'entends la Russie, l'Ukraine et les États-Unis.

L'évolution de la situation actuelle est déterminée par trois facteurs clés.

Premièrement, la transformation de la guerre en une guerre de position, voire en une "guerre de tranchées", est l'issue la plus probable (mais pas obligatoire) de la campagne militaire de l'été 2023.

Deuxièmement, l'intérêt tactique des dirigeants politiques des trois pays pour un répit temporaire, paradoxalement lié à l'agenda électoral qui, par coïncidence, est passé au premier plan simultanément aux États-Unis, en Ukraine et même en Russie, les poussera à chercher des moyens d'intensifier le processus de négociation.

Troisièmement, la demande publique constante en faveur de la poursuite de la guerre et l'attente d'une victoire militaire inévitable, illusions formées simultanément en Russie et en Ukraine au cours de l'année et demie écoulée (non sans forte l'implication de l'État), ne leur permettra pas de trouver un compromis sur la question territoriale, sans laquelle aucune trêve temporaire n'est possible. Ni Zelensky ni Poutine ne seront pardonnés pour des concessions territoriales à l'heure actuelle (Zelensky pour "les siens", Poutine pour "ceux des autres"), car les deux parties ont déjà payé pour ces territoires un prix exorbitant en vies humaines.

Une stabilité oppressive émergera dans le champ défini par ces facteurs. Mais il ne s'agira pas d'une stabilité solide, en mesure d’être reconduite pendant des décennies comme en Corée, mais d'une stabilité dynamique de décomposition. La guerre se transformera en une compétition entre la Russie et l'Ukraine sur le plan du rythme de dégradation de l'État. Elle sera perdue par celui qui sera le premier à atteindre la ligne rouge révolutionnaire. Cela ne prendra pas des décennies, mais très probablement plusieurs années.

Deux événements hypothétiques pourraient faire dévier ce scénario. Premièrement, un changement brusque et catastrophique de position sur le front pour l'un des deux camps. Deuxièmement, un changement radical de cap politique aux États-Unis après les élections de 2024. Les conséquences de chacune de ces circonstances devraient être analysées séparément et distinctement ». Traduit par Divide