" /> Union et concorde - Dombast

Dombast

Si vous fermez la porte à toutes les erreurs, la vérité restera dehors.

Union et concorde

- Posted in Lettres internationales by

L’Ukraine n’a pas perdu la guerre, et ne la perdra pas au sens littéral car il n’y aura pas défaite. Celle-ci est exclue car l’admettre, c’est poser la question de la crédibilité du G7, de ses règles, de l’ordonnancement du monde que ce club impose. La garantie de non-victoire russe est donc quasi certaine. Il suffira de trouver un narratif porteur : « nous n’avons pas repris la Crimée, ni Donetsk, ni Marioupol, ni… mais nous avons paralysé l’agresseur et l’avons ridiculisé ». Ces mots seraient suffisants ? En Occident oui, en Afrique et Amérique latine aussi où l’on a cru la Russie plus puissante qu’elle n’est. L’Asie ? Elle ne se nourrit pas de mots mais de réalités… et se moque de ce qui advient des Européens. On pourra donc s’épargner de lui préparer le moindre habillage des faits.

Par contre, il est un pays où ces mots ne vont pas passer : l’Ukraine. Comment dire qu’on se contente du statu-quo après avoir claironné des mois durant qu’on allait jeter les “orcs“ moujiks/ vatniks/ katsaps à la mer, les poursuivre dans leurs steppes, aller jusqu'à Moscou... Impossible de rétropédaler à un tel degré sans risquer des troubles internes de grande ampleur. L’Ukraine est en souffrance. Pas seulement parce que la guerre est sans issue, parce que la reconstruction sera éprouvante, mais parce que les divisions de la société n’ont pas été surmontées. La guerre les a mises en pause. Assez pour que les grands reporters, - une presse française qui ne fut peut-être jamais aussi cocardière depuis 1914-, ne les remarquent pas : « tout va bien, le moral est bon, les jeunes gens ne veulent pas déserter, Zelensky est tellement populaire que nul ne se permet un mot sur lui ou son équipe » etc. etc. Vous avez lu ces affirmations à longueur de colonnes.

Pas un bouton de guêtre ne manque ! La guerre le sourire aux lèvres, la certitude d’être dans le vrai, une société unie qui ne connaît plus de hiérarchies, de classes, de voyous, de vendus ni de corrupteurs… qui ne vit que de fraternité ! Ces certitudes parisiennes ont stimulé un vaste mouvement de bien-pensance dans notre société. Les réalités n’en paraîtront que plus cruelles. Elles se dessinent déjà : les dissensions sont de plus en plus patentes dans la société ukrainienne. Il ne faut pas s’en étonner ; ce peuple nous ressemble, l’un des mérites essentiels de cette nation est de constituer une sorte d’exception démocratique dans un univers de docilité et sujétion.

Voyez plutôt sur quel ton se parlent ces gens quand ils sont en désaccord, mesurez les degrés de rage et de haine, prenez la température du volcan social. Voici un exemple parmi d’autres de ce qui s’échange sur la Toile entre Ukrainiens de souche, excédés… Je prends un type de gauche bien que je craigne que ce soit de droite que Zelensky doive craindre les coups les plus durs, ceux que porteront les vétérans :

« Je viens juste de réaliser pour quelle raison il était nécessaire, soudainement, dans un flux d'événements bien plus importants, de démonter l'étoile de la stèle décommunisée sur l'avenue de la Victoire qu’on vient de rebaptiser à Kiev. Ils ont fait cela juste le jour du 80e anniversaire de la libération de Kiev de l'occupation nazie.

Pouvez-vous imaginer à quel point leur cerveau doit être malade ? Il y a vraiment, collé comme un cafard sur une tartine, un mec en train de se demander comment faire pour pisser au visage de compatriotes indésirables, pour qui ces stèles, ces étoiles et ces victoires ont une certaine signification – font du moins partie de l'histoire de leur famille et de leur nation.

Et maintenant, que va-t-il se passer ? Dans une ville grise d'un pays pauvre, où les querelles préélectorales ont déjà commencé par des explosions de grenades aléatoires dans les mains, il y a un obélisque dépouillé – sans inscription ni étoiles, sans signification, un simple mât de pierre sale, et qui fait la joie d'un cafard à mandibules crochues. De quoi d'autre pourrait-on se réjouir ? De l'absence totale d'une cartoucherie alors qu’on en est à la deuxième année de guerre ? Eh bah, oui, bâtir une usine dont dépend la vie de ceux que toute cette médiocrité nationale envoie à l'abattoir, c’est plus difficile que scier une étoile.

Je ne comprends pas pourquoi, dans un pays où n’importe quelle bouche peut être fermée sur ordre d'en haut, elle ne l'est pas aux fonctionnaires qui, sur fond de situation difficile au front, traitent les soldats russophones des FAU de "populace" et de "non-ukrainiens", mais j'espère vraiment que lorsque la "populace non-ukrainienne" reviendra du front, cette question sera résolue par une série de coups de crosse bien appliqués dans les dents des rats ukrainophones qui n’ont d’autre fonction que de servir le café aux Polonais.

En attendant, le nouvel article de Zaboujko est entièrement consacré à l'argument selon lequel les Ukrainiens ne sont pas des mendiants "de couleur" comme les Syriens ou les Afghans, mais ressemblent à Israël (lol) qui conduit une guerre de "civilisation riche et développée". Peut-on se figurer pour quel bétail à cornes vous tenez votre propre peuple pour vous sentir libre d'écrire de telles choses, sans aucun regard pour l'économie de votre pays ? Il y a aussi une scène hilarante où Zabuga accuse le maire d'une "ville suisse" en disant : "Pourquoi vous étonnez-vous que nos réfugiés viennent chez vous dans des voitures de luxe - oui, nous sommes des maîtres blancs, donnez-nous de l'argent de poche et une chambre ! (il s'agit d'une plume de poids NdT) https://fr.wikipedia.org/wiki/Oksana_Zaboujko

En clair, l'Occident lâche Zelensky. À moins qu’il ne vous semble que l'aide militaire soudain en suspens, la colonne dans TIME (article de Simon Shuster NdT), l'interview de Zaloujny qui donne à réfléchir, et Arestovytch qui, après s'être promené à Washington, s'est "soudainement" mis en colère et parle déjà de paix avec les "orcs" – oui, toutes ces choses ne sont que des coïncidences ?

L'hiver va arriver, qui sera pour beaucoup, je pense, l'heure des révélations et mutations. Les autorités devront alors, soit corriger l'agenda en un marathon continu et expliquer aux gens ce qu'il en était, pourquoi et comment l'avaler... Soit on assistera à l'agonie du tsar soudé, vissé au siège de son cirque évaporé. Je prédis une clameur universelle de Munichois, des giclées de chiasse des Zaboujko divers et variés, et un retournement général de vestes au sein de la "société civile".

Bien sûr, on aimerait du peuple ukrainien que le diable sorte d'une tabatière. Un accident de l'histoire pour contrarier les plans impériaux. Apparemment, les seuls à être encore en phase avec la réalité sont les soldats sur la ligne de front. Je ne sais pourquoi, mais je continue de croire en eux. C'est probablement la faute de ce maudit cinéma soviétique, où le soldat a toujours été présenté comme la figure immuable de l’idéal moral. Qu’à cela ne tienne. On va l’étêter bientôt lui aussi, de manière que l'espoir n'ait nulle part où aller dans ce vol au-dessus du nid de coucou.... »

@dadakinder Traduit par Divide Contexte : la colère de l’auteur est suscitée par une sortie scandaleuse de la députée nationaliste de Lvov Irina Dmitrievna Farion (Ірина Дмитрівна Фаріон), qui siège à l’assemblée régionale après avoir été membre du groupe parlementaire Svoboda à la Rada de Kiev. Elle est proche de Oleh Tyahnybok, dirigeant de Svoboda, un parti politique classé à l’extrême-droite dont les prises de positions heurtent non seulement les russophones du sud-est du pays, mais aussi les officiels hongrois et polonais. Les nationalistes ukrainiens justifient la participation de leurs partisans à des crimes de guerre allemands durant la seconde guerre mondiale. Née en 1964, Farion est une linguiste enseignant en université qui s’est distinguée par une ambition démesurée, adhérant très jeune au PCUS (ce qu’elle a tenté en vain de nier). Son itinéraire et ses affirmations scandalisent la presse mais n’enraînent aucune sanction des instances étatiques ou juridiques. Le 20 décembre 2016, sur sa page Facebook, elle soutient publiquement l'assassinat de l'ambassadeur russe en Turquie Andrei Karlov et exprime sa gratitude envers le meurtrier. Bien qu’elle se soit attaquée au fameux journaliste D. Gordon dans des termes qui relèveraient en Europe de l’antisémitisme avéré, ni le SBU ni la Procurature générale n’ont réagi. Alors même qu’au cours de la campagne électorale de 2019, Farion avait qualifié Volodymyr Zelensky, alors candidat à la présidence, de "baratineur" et les personnes ayant l'intention de voter pour lui de "crétins"… l’Ukraine est parfois plus libérale que nos démocraties, la sévérité de ses services spéciaux est à géométrie variable.