" /> « LA POIGNE ET LE BON FILS DE PUTE » - Dombast

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« LA POIGNE ET LE BON FILS DE PUTE »

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Tel est le titre d’une tribune de V. Pastoukhov dans le quotidien exilé Novaya Gazeta (celui dont le rédacteur en chef a reçu le prix Nobel) https://novayagazeta.ru/articles/2023/11/30/nasilnaia-ruka-i-khoroshii-sukin-syn

Comme nous l’avons souligné à diverses reprises, l’opposition démocratique russe, si courageuse qu’elle soit, s’est souvent montrée velléitaire et surtout incapable de proposer au petit peuple un projet réellement fédérateur. Cette opposition, dont le programme commun se borne au démontage des outils de la dictature et à la réduction de la corruption, a espéré la victoire complète de l’Ukraine dans la guerre en cours au motif compréhensible que seule une défaite totale de l’appareil militaro-policier allait ouvrir la voie à des scrutins équitables, à l’élargissement des prisonniers d’opinion, la réforme complète du système judiciaire vicié.

Or cette victoire tarde et son report sine die remet en cause la vieille certitude d’une supériorité intrinsèque de l’Occident (le camp du bien qui ne se trompe jamais). Un éventuel armistice sans vainqueurs ni vaincus jette de surcroît un doute sur les calculs et les espérances des gouvernements défenseurs de la démocratie. Une majorité de libéraux russes se sont ainsi choqués de l’intérêt porté à Alexeï Navalny par certains gouvernements et parlements européens. Avec le recul, certains comprennent que Navalny serait une sorte de Eltsine-bis très appréciable pour le grand capital industriel de certains pays. « Sur qui comptez-vous pour conduire la Russie ?» se demandent quelques penseurs aigris, pourtant des plus favorables à nos idées, tel Pastoukhov, abondamment traduit et cité sur ce blog.

Nous reprenons ici quelques éléments de ce texte précédés de la quintessence qu’il en a donné dans un bref post sur sa chaîne Telegram, texte comme toujours énormément lu et partagé : « D'une certaine manière, les plus grands succès de la propagande de Poutine n'ont pas été remportés en Russie, mais en Occident. Les réussites de son règne ont été si impressionnantes que les élites occidentales sont tacitement revenues au consensus d'avant Gorbatchev, selon lequel la Russie est un pays qui n'est pas fait pour la démocratie et qui ne peut être gouverné que par un tsar. La discussion sur l'avenir de la Russie (pas celle qui se déroule dans les salles des forums géants, mais en aparté de couloirs) se résume principalement aux termes du choix entre un "bon tsar" et un "mauvais tsar". Le mauvais tsar est celui qui est en guerre contre l'Occident, qui utilise ouvertement la répression et qui crée des problèmes. Un bon tsar est celui qui est amical avec l'Occident, maintient l'illusion de la démocratie et ne crée pas de problèmes. En ce sens, Poutine n'est pas encore le pire ; tout le monde attend de la Russie un mal plus grand, un mal absolu. Quoiqu’il en soit, tous les tsars, qu'ils soient bons ou mauvais, répondent à une seule exigence : maintenir ce pays terrible et incompréhensible serré dans leur poing avec l'aide de la toute puissante bureaucratie moscovite - sinon, c'est la pagaille.

En ce sens, Navalny est certainement meilleur que Poutine, mais ceci seulement dans l’exacte mesure où il conservera un zeste de Poutine, c'est-à-dire dans sa capacité à donner des garanties qu'il empêchera la Russie de sombrer dans le chaos par la violence. Il lui suffit d'être une "bonne machine à violence". Ces attentes m'ont toujours semblé utopiques. Les "fils de pute" ne sont, en fin de compte, jamais des nôtres. On ne peut empêcher la Russie de sombrer dans le totalitarisme et le militarisme (qui sont des choses inséparables) qu'en la transformant en un État véritablement fédéral (ce qui est l'essentiel) et, par conséquent, démocratique. Même si cela est très déplaisant. 30 novembre à 12h04

Le consensus en faveur d’une Russie autoritaire

Je me rends compte que la deuxième option que j'ai esquissée (l'effondrement de la Russie) ne dérangera pas beaucoup de gens en Europe aujourd'hui, en particulier en Europe de l'Est. Mais je vous assure qu'il s'agit là d'une grave erreur. À mon avis, il s'agirait d'une catastrophe aux proportions épiques. Comme mon fils (Boris NdT) aime à le dire : "Vu la taille et la masse corporelle d'un rhinocéros, sa myopie inhérente n'est pas son problème, mais celui de ceux qui l'entourent". L'appliquant à notre cas, je peux paraphraser cette saillie comme suit : "L'effondrement de la Russie, compte tenu de sa taille et de la masse d'armes qu'elle a accumulées, n'est pas tant son problème que celui des pays qui l'entourent, proches ou lointains."

Une Russie tentaculaire, c’est de la petite bière. Une Russie en voie de désintégration, les cerises sur le gâteau. Dont il est fort probable qu'elles soient radioactives. La probabilité n’est pas très élevée, mais demeure palpable, qu'en cas d'effondrement de la Russie, le monde connaisse un Tchernobyl civilisationnel, qui remplira l'Europe d'isotopes sociaux dont la durée de demi-vie sera celle du XXIe siècle tout-entier.

Cependant, d'après ce que j'ai compris, il existe toujours un certain consensus non public sur la question de l'effondrement de la Russie, aux États-Unis et dans l'ensemble de l'Occident : il n'y a pas beaucoup de personnes dans la communauté des experts qui en rêvent vraiment. Mais s'il existe un consensus sur la manière d'empêcher cette désintégration, et il est très étrange. Pour autant que je sache, l'opinion dominante aujourd'hui, même si elle n'est pas proclamée, est que la Russie a été créée pour l'autoritarisme et qu'elle ne peut pas être autre.

Il n'y a aucune transparence en la matière. Lors des "réunions de parti" où le public libéral se réunit, tout le monde est prêt à se tuer pour la démocratie en Russie. Mais lorsque les portes se ferment et que les discussions se déplacent dans les couloirs ou les salles de banquet, les orateurs, qui venaient tout juste de plaider en faveur d'un avenir démocratique radieux pour la Russie, admettent à demi-mot que seule une "main ferme" peut arrêter le pire, et que, soit dit en passant, Poutine n'est certainement pas le pire.

L'autoritarisme de Poutine était inévitable. Mais après la révolution Gorbatchev-Eltsine, il a pris la forme d'un autoritarisme décadent, incapable de se renouveler. En d'autres termes, nous avons affaire à la dernière et ultime étape de la décadence de l'impérialisme russe, qui se caractérise par une très grande instabilité.

Je ferai une comparaison avec le secteur pharmaceutique. Ceux qui y ont été confrontés savent que l'un des plus grands problèmes dans la création d'un médicament est la stabilité de la pilule. Vous pouvez créer un ingrédient actif très efficace, mais qui se décompose avant d'arriver à la consommation. Poutine est un médicament efficace, mais instable. Le stade actuel de l'autoritarisme se caractérise par un système très instable qui ne peut se maintenir sans guerre. Tout le monde se souvient des difficultés rencontrées par le vaccin Pfizer contre le Covid qui, dans ses premiers temps, nécessitait la réfrigération pour être stable. L'autoritarisme de Poutine est un vaccin de ce type, contre la révolution, dont la stabilité nécessite un autoritarisme "de combat" très spécial. À ce stade de l'histoire russe, on tombe très vite dans la confrontation armée, dont l'issue, tôt ou tard, sera la révolution. Et la sortie de la révolution, c'est soit la désintégration, soit un autoritarisme encore plus dissimulé, sous un régime toujours aussi mal consolidé.

Surtout gardez bien en tête qu’un fils de pute de Russie ne sera jamais le bon valet pour l'Occident, parce qu'aucun fils de pute ne survivrait aujourd'hui en Russie sans faire la guerre à l'Occident ; fils de pute et guerre sont éléments inséparables du menu ».