Le mythe de la guerre juste a la vie dure, il s’épanouit dans le conflit ukrainien. On en oublie les trafics et combines inhérents à toute guerre. La guerre juste est toujours belle et joyeuse, on ne saurait en salir l’image par la révélation de similitudes avec les guerres injustes, coloniales ou d’agression. Dans le cas ukrainien, on a un agresseur qui gouverne par la corruption autant que par la terreur politique. L’armée de cet agresseur manque de motivation, elle ne cesse donc d’accumuler des erreurs et d’être humiliée ; ce qui a pu nous réjouir un temps et faire perdre le sens des proportions. Cette horde intègre un pourcentage inouï de repris de justices et de toxicomanes (nous y reviendrons). Les Forces armées ukrainiennes, rempart des libertés de l’Europe, sont au contraire composées de vertueux républicains insurgés, investis du feu sacré, comme on en vit à Valmy et Fleurus, des guerriers de légende.
Mais voilà que ces soldats de la liberté s’avèrent moins enthousiastes qu’on ne nous le dit ! On parle d'un "énorme problème" de drogue sur la ligne de front. Aussi gros que celui qui ronge les Russes. Le scandale arrive par des enregistrements de vidéos émanant de sous-officiers ou de politiques ambitieux faisant mine de lâcher Zelenski après avoir été lancés avec lui ou par lui. Yaroslav Hodounok est de ceux qui ont mauvaise presse : ancien secrétaire du conseil municipal de Boryspil (banlieue de Kiev), il a été expulsé d'une réunion par le président Volodymyr Zelensky en 2019, et traité de « forban ». Le mot est devenu son nom de guerre.
Ce forban affirme que les drogues ne sont pas consommées seulement par les combattants ordinaires, mais par les commandants et jusqu’aux agents du renseignement : « vos pensez que c’est normal de tuer des gens ? Et ramasser des morceaux de compagnons de votre âge dans un sac plastique, c'est normal ? Bien sûr qu'ils boivent et que certains prennent des produits chimiques. Ce problème existe et personne ne lutte contre l'offre. Je ne connais pas un seul cas d’arrestation d’un fournisseur ». Le forban raconte que de nombreux toxicomanes sont arrivés sur la ligne de front avec les mobilisés, car la police ukrainienne, après avoir arrêté un toxicomane, lui propose le choix entre "aller en taule pour une longue période" et aller sur le front. « Sur les dix dernières personnes admises à la brigade, il y avait cinq toxicomanes ! Je maintiens. Où les mettre ? Le militaire se fout de la recrue. Et c'est un problème énorme, soyons honnêtes", a déclaré Hodounok. Il a également indiqué qu'un nouveau décret a été publié et que le sang de chaque soldat décédé est désormais testé pour détecter la présence de "tord-boyaux et de drogues" et que, si l'on en trouve, les parents se voient refuser tous les paiements dûs…
Hodounok ne désigne pas le cartel de la drogue qui opère à l’arrière du front. Des journalistes de RTVi en ont parlé, de même que des blogueurs et des enquêteurs impartiaux des sites de l’opposition russe, plutôt favorables à l’Ukraine. Tout le monde est unanime : il s’agit du cartel Khimprom. Cet acronyme signifie industrie chimique. On parle d’un groupe de racketteurs originaires de Bashkirie (Russie) et adossés à un cartel mexicain. Le chef du groupe s’appelle Egor Bourkine, il est réfugié au Mexique après avoir eu des ennuis en Russie. Au début des années 2010, il a organisé dans la ville bashkire de Sterlitamak la production et la distribution de drogues de synthèse, qui n’inondaient pas seulement des régions de Russie, mais aussi la Biélorussie, le Kazakhstan, l'Ukraine et même l'Europe. En 2017, le chiffre d'affaires annuel de Khimprom, selon le ministère russe de l'Intérieur, dépassait les deux milliards de roubles, et la structure employait au moins un millier de personnes.
Anatoly Shariy, blogueur ukrainien basé en Espagne, accuse de complicité des personnalités haut placées dans le gouvernement d’Ukraine, notamment le député Mykola Tishchenko qui est un cousin du principal conseiller et chef de cabinet de Zelenski, Andriy Ermak. Bourkine leur accorderait un soutien financier à l’effort de guerre contre la Russie. Très fâché avec Moscou, il aurait en effet pris la nationalité ukrainienne en 2017 et se nommerait maintenant Egor Leshchenko… Mais Leschenko a dû quitter l’Ukraine en 2019, pressé par l’équipe Zelenski, moins composante que la précédente avec le crime organisé. Il souhaite rentrer et se pose en bienfaiteur au travers d’une vaste campagne de relations publiques pour améliorer son image : les réseaux sociaux font état de généreux dons à l'armée et d’une campagne de cotisation de type Téléthon.
Suite à ses révélations, la maison d’Anatoly Shariy en Espagne a été la cible de cocktails Molotov. Et Mykhaïlo Maïman, un ancien commandant d'un bataillon de défense, ayant accusé Bourkine d'avoir fourni de l'amphétamine et d'autres drogues de synthèse aux combattants du front, a été emmené dans la forêt, battu et violé. Cette ambiance peu ragoutante suggère à l’artiste et blogueur Dadakinder cette diatribe où l’on évoque Leshchenko et quelques autres tristes personnages :
« Comment voulez-vous que se sente un Ukrainien qui a été attrapé dans la rue et envoyé au front, tandis que son président se dispute avec le commandant en chef au beau milieu d'une invasion militaire et alors que tous les médias occidentaux annoncent que le soutien à l'Ukraine est sur le point de prendre fin ?
Comment évaluer les perspectives de l'armée, qui manque toujours de quelque chose et pour les besoins de laquelle le peuple doit se cotiser, dont les dirigeants peuvent se permettre de démanteler des monuments et de renommer des rues, mais surtout de faire rouler des flottes de voitures d'élite que - allez savoir pourquoi-, nul ne démolit ?
Les visages des Leshchenko de ce monde, qui clignotent devant les écrans d'un marathon exceptionnel et qui, la bouche pleine de dents qui n'ont pas été arrachées, parlent de la nécessité de renforcer les mesures visant à mobiliser les restes de la population, sont tout aussi intacts. Tout cela après la rave sur la ruine.....
La Pologne fraternelle regarde les camionneurs ukrainiens geler à la frontière ; Klitschko (maire de Kiev NdT) sombre dans la stupeur dans les vestiges inondés du régime totalitaire - les tunnels du métro de Kiev ; le député Hontcharenko suggère que l'Ukraine s'engage à se battre aux côtés des États-Unis dans n'importe quel conflit - en lisant ces nouvelles, je ne vois pas la lumière au bout du tunnel où se trouve Klitschko. Et je ne comprends pas ce qu'un tel État peut offrir à quiconque, si ce n'est un petit quatrain vide de sens ? Une autre loi sur la langue, qui humilie une grande partie des citoyens ukrainiens ? Ou un décret sur ce qu'ils doivent regarder et écouter ?
J'écris cela avec amertume, en séparant la société de l'État ; souhaitant qu'à la place de l'État défaillant, on ait une Ukraine colorée et prospère, où chacun puisse s'épanouir, quelles que soient ses particularités. Mais cela n'arrivera pas. Ce qui existe, c'est une chimère qui ne peut que mendier et bannir, en mettant tous ses problèmes sur le compte d'ennemis extérieurs. Ah oui, elle sait aussi vendre des "sels" à ses soldats, mais ils ne vous le diront pas sur les ondes en direct d'un seul marathon.....
En écoutant les discours de Podolyak (conseiller de Zelenski NdT), je me rends compte que je les ai déjà entendus dans les émissions de Solovyov (propagandiste du Kremlin NdT), qui exige des Russes une caution solidaire, arguant que si la société ne se bat pas, l'ennemi pendra tout le monde, jusqu'au simple concierge.
Non, messieurs, c'est VOUS qui serez pendus. Et c'est bien pour ça que vous secouez tant le peuple, parce que vous vous souciez de votre propre peau. Si vous vous préoccupiez de la peau de l’Ukrainien lambda, vous ne l'auriez pas négligée pendant toutes ces années, bien avant la guerre. Et vous auriez créé les conditions pour qu'un arc-en-ciel de ses citoyens puisse prospérer, et non pas ficelé, sen guise d’État-nation, un trou néocolonial à feu et à sang.
Pourquoi faudrait-il que quelqu'un meure pour votre chimère ? Quel bien a-t-elle fait et à qui a-t-elle profité ? Chaque gouvernement fut un échec. Chaque Maïdan un échec. 30 ans d'indépendance et la moitié de la population a tout simplement disparu. On a une guerre et un texte sur les Nouvelles Contines sur de l'argent américain.
Si l'aide occidentale s'épuise et qu'il ne reste plus chez nous que des souris en doudoune, la Bankovaya (Quai de la Banque, siège de la Présidence NdT) sera contrainte de s'asseoir à la table des négociations avec l'agresseur. Le résultat sera la perte d'une partie des territoires et un nouveau Maïdan. Ensuite, une guerre civile conduira à l'émergence des "deux Corées". Il n'y aura pas de Liberty-Land. Tous ceux qui nous ont parlé de l'avenir européen radieux se réfugieront dans leurs entreprises ou bien seront abattus. Et par des balles ukrainiennes. Car nos "SEALs", qui ont enterré leurs parents et amis, pourraient poser la question : "Qu'est-ce qui s’est vraiment passé ?". C'est alors qu'il sera temps de mettre une mitrailleuse à la place du président de la Verkhovna Rada, de prendre du thé, le temps de la bonne humeur, et de sortir Leshchenok de sa rave. Tout le monde le fera : aussi bien un nazi qu'un vatnik et un orc, qui, bien sûr, ne se réconcilieront pas, mais mettront à l'unisson également les uns les autres, des juntes concurrentes, basées sur la fraternité du fusil et du sang, trouvée dans les tranchées.
Que sera l'Ukraine sans le Donbass ? Un moignon endetté sans ressources et privée de son ancienne diversité, dilapidée sur la ligne de front ? Un monde de jeunes unijambistes pauvres qui veulent regarder "La parole d'un Patsan" (série russe sur les gangs des années 1990 NdT) plutôt qu’un sirop patriotique évoquant un pays rancunier auquel le monde entier doit quelque chose ? Et puis sur quoi fonder le patriotisme ? Sur notre État corrompu, ou bien la société, les gens vivants ? Si c’est c’est sur les gens, alors être patriote veut dire envoyer son enfant loin de ce tourbillon dès que possible, et subordonner la politique à la tâche de sauver autant de vies ukrainiennes que possible. »
@dadakinder le 10 décembre
