« L'épaule des "partenaires" occidentaux devenant de moins en moins fiable, la menace d'une catastrophe s'accroît. Les Ukrainiens sont pris entre le Scylla de l'État (qui ne dispose d'aucune ressource pour l’offensive mais continue à pousser les gens dans les tranchées) et le Charybde de l'agresseur qui bombarde les villes ukrainiennes. Des centaines de milliers de vies supplémentaires pourraient être perdues dans les atermoiements à ce dangereux carrefour. Comment éviter cela ?
1) Tout d'abord, et c'est le plus important : l'individu importe plus que l'État. L'Ukraine n'a pas d'importance hors de ses ressortissants, dont la vie a une valeur suprême et devrait être l'épicentre des politiques visant à produire et à préserver le plus grand nombre de personnes possible. Cela signifie que le plus grand nombre possible de corps doivent être tirés vers l'arrière et en dehors de l'Ukraine, où ils s'intégreront dans des systèmes économiques étrangers et formeront une base matérielle extérieure pour soutenir leurs familles. En termes pragmatique, les femmes, les enfants et les jeunes hommes sont d'une valeur primordiale pour la survie de la nation. Plus nombreux seront les jeunes Ukrainiens à sortir du maelström, plus la nation aura de chances de survivre à la guerre et de poursuivre sa route.
2) Il est impératif d’arrêter de gonfler les citoyens d'un faux optimisme et d'une volonté "patriotique" de se faire griller "au nom de la nation". Toute nation est une fiction. Ce qui est réel, c'est le corps, l'individu. Chacun de nous est le fruit de l'amour de ses parents. Ils ne nous ont pas donné la vie pour que nous mourions héroïquement "pour la patrie", alors que les caïds, faisant dégouliner la graisse sur leurs chemises brodées, nous narrent depuis leur table de restaurant un beau conte de fées sur une "nation de chevaliers", pour laquelle il meurt malheureusement des chatons à la place de bêtes d’abattoir. Les gens qui croient que "l'Ukraine l'emporte sur tout" ont le droit de penser ainsi, mais seulement et exclusivement depuis la tranchée. Tous ceux qui, de l'arrière, scandent "en avant !" devraient être temporairement limités dans leurs moyens de donner de la voix, et les diplomates devraient avoir une chance de travailler.
3) La chimère qui pousse les Ukrainiens à l'abattoir a trois têtes : l'État oligarchique, la "société civile" coloniale et les patriotes galiciens Knaipa mélangés à la Marichka canadienne (diaspora ancienne influente NdT). Leur association, loin d'être sans nuages, produit une hégémonie qui doit être neutralisée en tant que projet politique servant surtout à nourrir son alternative antinomique pro-russe, consumant l'Ukraine et la rendant vulnérable à l'agression impériale.
4) Qu'est-ce qui pourrait s'opposer au monstre mourant, qui recouvre ses parkings d'un patriotisme de kvass ? (allusion aux achats massifs de berlines de luxe par les profiteurs de la guerre, le kvass est une sorte de cidre local NdT) Soit un fascisme de Hetman (ancien nom des chefs cosaques), soit la fusion entre la majorité laborieuse et le soldat ukrainien, parachevant leur État par le biais d’organes de démocratie directe : les radas du peuple (assemblées NdT).
5) La majorité est élevée dans l'ordre actuel et le reproduit automatiquement. La tentative de résoudre ce problème au moyen d’une prise de contrôle par un Guide, un Parti ou un Parlement constitué des "personnes les plus dignes" fait courir le risque de la bureaucratisation, de l'autoritarisme et de la restauration d'une hiérarchie conservatrice. La démocratie ouvrière nécessite donc l’épanouissement du pluralisme, de l'autogestion civique, l'inclusion sociale, la transparence systémique, l'adaptabilité et la création de départements consultatifs et éducatifs au niveau des radas, subordonnés à elles, limités en pouvoir et utilisant leurs ressources de classe accumulées pour soutenir les radas ; et la mise en œuvre de programmes visant à développer les compétences politiques et professionnelles dans les rangs de leurs participants.
6) Il existe en Ukraine trois plates-formes qui ont une grande expérience de l'organisation et sont potentiellement capables de mettre en œuvre l'une ou l'autre alternative à l'état actuel : le mouvement du volontariat, les syndicats et les Forces armées. Dans les circonstances actuelles, une figure possible de la transition d’un pouvoir des caïds à un pouvoir du peuple pourrait être, par exemple, Valeriy Zaloujny, dont la voix et l'organisation derrière lui ont le pouvoir et l'autorité nécessaires pour fournir au peuple un soutien militaire et émettre un signal de coordination légitime. Ces deux éléments sont importants pour stabiliser le chaos qui peut résulter d'un changement de pouvoir et augmenter le risque d'une occupation russe. » @dadakinder le 17 décembre 2023
Cet appel d’un Ukrainien d’extrême-gauche semble irréel, réminiscence intempestive de paroles et d’usages oubliés. Il n’en est pas moins révélateur d’une approche qui se veut une alternative aux solutions autoritaires que préconisent beaucoup d’opposants au régime actuel (que certains voient déjà terrassé par la défaite). Beaucoup pensent que le sort de l’UKraine ne se joue pas seulement sur la ligne de front ni à Bruxelles. Il convient que la société civile ait un projet de démocratie authentique et se donne les moyens de contrôler l’évolution souhaitable des institutions, l’adoucissement des mœurs, etc. On ne saurait contester qu’une révolution de soldats mutins de type portugaise (1974), intervenant après l’armistice, soit bénéfique à l’Ukraine. Mais est-elle vraisemblable ? Pas encore.
