" /> De Damas à Sanaa - Dombast

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De Damas à Sanaa

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Trois soldats américains sont tués et trente-quatre blessés en Syrie, en lisière de la frontière jordanienne…. Ce n’est pas Daesh mais d’autres fanatiques, mercenaires chiites de l’Iran, genre « fatemiyoun » afghans ou bien une milice chiite irakienne. Ces derniers revendiquent en dernier lieu.

Aussitôt, tout le monde se réjouit en Israël, car Biden va frapper directement l’Iran et / ou autoriser une offensive de Tsahal en territoire libanais. Mais déléguer l’administration de la punition à Israël est embêtant pour deux raisons : cela peut faire durer trop longtemps une guerre dont Washington n’a pas voulu et deuxio cela prive Biden d’une belle démonstration de puissance et de savoir-faire des États-Unis, à destination de l’électorat américain, utile dans le contexte de la campagne présidentielle. On se prépare donc doucement, cinq-six jours de réflexion. Des experts ont eu communication d’une liste des scénarios envisagés par le Pentagone ; elle comprend une frappe sur les installations navales iraniennes dans le golfe Persique. Ce qui ouvre la voie à une confrontation entre Washington et Téhéran suivant un modèle expérimenté dans l'arène yéménite (rotations ascendantes). Finalement, on va y renoncer, préférant frapper des Iraniens mêlés à la préparation des attentats que l’Iran même. On se retient parce qu’on ne voit pas bien ce que rapporteraient des frappes ciblées en Iran, tout dépend du type de site frappé, ou des sites si on envisage une ampleur maximale. Mais les Iraniens ne craignent pas les désastres matériels et assez peu les pertes humaines. Et si les frappes américaines n'ont en rien dissuadé le Yémen, il est peu probable qu’elles dissuadent l'Iran de continuer.

Il faut pourtant punir les coupables ! Et donc épargner les milices qui ne sont pas directement impliquées. On ne touchera pas les Syriens et les Libanais qu'Israël pilonne, car il faut éviter que la Jordanie de paie la facture de ses choix d’alignement : la Jordanie est le centre d’écoute anti-syrien, QG de tous les services de renseignement hostiles à Damas. Ainsi, on a choisi de tuer ces jours-ci quelques coupables sur place, sans toucher l’Iran. 85 objectifs ont été atteints. Belle opération à tous points de vue puisque le résultat provisoire est un retrait des Iraniens. Leurs officiers supérieurs ne sont pas en sécurité, leurs domiciles identifiés, leurs bunkers touchés. Les voici donc en fuite. Ce succès permet de ne pas poser la question ouverte de la nécessité d'une présence américaine continue dans la région bien que d’un point de vue budgétaire, les coûts étant croissants, notamment en raison des pressions exercées constamment sur eux en Irak…. C’est un peu le même scénario sur tous les fronts : le nombre d'attaques a augmenté et avec utilisation d'armes plus sérieuses. Par exemple, alors qu'au départ les drones kamikazes utilisés étaient principalement les simples drones Ababil-2 (& Ababil-2T), des drones Shahed-101 employés en Ukraine ont fait leur apparition. Les frappes de représailles occasionnelles des Américains contre les positions des milices irakiennes n'ont fait qu'entraîner de nouvelles attaques contre les bases américaines. Dans un contexte de lente montée en puissance à la fois qualitative et quantitative, la qualité des attaques augmente, une défaillance des systèmes de défense aérienne américains qui couvrent ces bases peut intervenir à n‘importe quel moment.

Dans ce contexte difficile, le bilan provisoire que l’on peut dresser le 2 février est positif pour les États-Unis : les assaillants sont intimidés et il ne va plus se passer grand-chose en Irak ni Syrie. Il en va tout autrement en Mer rouge : les Houthis menacent de **couper un **câble**** sous-marin !

Rien moins qu’une atteinte au système Asia Africa Europe-1 (AAE-1) qui relie Hong-Kong à Marseille. D’une longueur totale de 25 000 km, son débit est de 40 térabits par seconde. Cet AAE-1 n'est qu'un des 16 câbles sous-marins qui passent à proximité de la côte yéménite. La capacité totale de tous ces câbles est de 180 térabits par seconde. Ces 16 câbles transportent 17 % du trafic Internet mondial.

AAE-1 appartient à un consortium de 17 opérateurs de télécommunications, chacun contrôlant et étant responsable de sa propre section de la route. La route régionale de la mer Rouge est attribuée à l'opérateur égyptien Telecom Egypt (EGX : ETEL), China Unicom (SEHK:762) jouant un rôle de coordination au sein du consortium. En 2022, le tronçon terrestre égyptien a connu un accident qui a provoqué une chute du trafic de plus de 90 % en Éthiopie, par exemple.

Le problème que pose la section yéménite est sa faible profondeur et la forte concentration de câbles sous-marins au même endroit. En fait, la menace des Houthis est bien réelle : ils sont en mesure d'endommager la plupart des câbles en transit au moyen de quelques explosions à faible profondeur.

La réparation d'une section endommagée serait problématique, les équipes de réparateurs pouvant être attaquées à tout moment. Si les Houthis ne se contentent pas de bluffer, ils peuvent couper en plusieurs points de sorte que les réparations mobilisent une flotte de défense et des équipes au mouillage sur des mois, peut-être plus d’une année. Il vaut mieux sécuriser avant la tentative d’attentat. Quelles mesures de prévention prendre sans le secours de Pékin et Téhéran ? Arrêter la main des Houthis aura en ce cas un coût politique.

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